Pour son tout premier spectacle au FestiVoix, la Trifluvienne d’origine Julie Massicotte a chanté avec une très touchante passion sur la scène du couvent des Ursulines.

FestiVoix: il a fait très chaud [vidéo]

Trois-Rivières — On a chaleureusement fêté les 385 ans de Trois-Rivières jeudi au FestiVoix. M. Celcius a même envoyé en cadeau un tas de ses degrés dont il ne se servait pas. C’était gentil.

Notre ville adorée n’a que trois rivières mais beaucoup de visages musicaux. On l’a constaté jeudi: elle peut jouer de la harpe, jouer des hanches, de la guitare manouche, des cordes vocales, des claviers. Tout ça avec un égal bonheur. Il suffisait de se promener d’un site à l’autre du FestiVoix pour célébrer le talent d’ici.

Comme je suis malin comme un singe, et ce n’est pas la seule caractéristique que je partage avec ces primates, je suis d’abord allé à la salle Anaïs-Allard-Rousseau dès 16 h pour entendre la céleste harpe Apollonia mais surtout, celle qui en joue si admirablement: Valérie Milot. Je me disais que c’est sans nul doute le seul site du FestiVoix qui soit climatisé. J’avais tort, ce qui ne m’a pas empêché de savourer pleinement L’amant jaloux, adorable spectacle de musique classique à la fois drôle et accessible. Harpe, basson et cordes vocales forment un ensemble irrésistible. C’est drôlement joli, de la harpe, quand c’est joué par Valérie Milot.

Il avait beau faire chaud dans la salle, c’était plus confortable que dehors et ça explique pourquoi il y avait si peu de monde dans la cour de la Vieille prison pour écouter le Hot Club de Trois-Rivières. Les gens ont, de toute évidence, préféré rester à la maison la tête dans le congélateur. Ce n’était pas bête. Dans la cour de la Vieille prison, les moindres coins d’ombre se négociaient à vil prix.

De l’ombre, il y en avait beaucoup dans le parc des Ursulines où Manon Brunet a régalé un public nombreux avec son blues lourd et senti. La Trifluvienne de naissance a atteint la cinquantaine mais son niveau d’énergie l’ignore totalement. Flanquée des neuf musiciens de son Ma Blues Band, elle a donné libre cours à son goût pour une soul francophone viscérale. Pour une chanson, elle a fait monter sur scène ses comparses Julie Massicotte et Fabiola Toupin en avant-première du spectacle Les Trifluviennes arrivent en ville qu’elles présenteront en septembre à l’église St. James pour six représentations. Puis-je me permettre de vous dire que ça promet? Bien sûr que je le peux. Je viens même de le faire.

Martin Levac a présenté son hommage à Phil Collins sur la scène principale du FestiVoix jeudi soir.

Il faisait tellement chaud jeudi soir dans la cour du couvent des Ursulines que les saules pleuraient. Je le sais parce que j’y étais pour entendre la Julie Massicotte ci-haut mentionnée qui offrait son spectacle Je ne suis qu’une chanson consacré au répertoire de la grande Ginette Reno. Petit aparté pour vous dire que j’ai rencontré Ginette Reno il y a quelques mois et que j’ai été déçu: elle n’est pas si grande qu’on le dit tout le temps. Je dirais qu’elle est plutôt bien en chair; mais grande, ça, non.

Colin Moore

Je reviens à Julie Massicotte qui m’a beaucoup impressionné. Je ne suis pas amateur du répertoire de Ginette Reno mais à travers cette voix prenante, il a pris une autre dimension. Je préfère la Trifluvienne à Mme Reno, pour être parfaitement honnête avec vous. Elle a une voix magnifique qu’elle dose admirablement. Et puis, j’ai senti un petit surplus de quelque chose d’autre difficile à définir. Elle était heureuse d’être là et chantait ce bonheur. Sans jamais chercher à imiter Mme Reno. Non plus qu’à s’en éloigner. En chantant simplement comme elle sait le faire un répertoire qu’elle aime, manifestement.

Elle avait choisi la formule la plus simple: piano-voix. En fait, c’était voix-piano. Avec beaucoup de cœur. «C’est comme mon Centre Bell de chanter ici», a-t-elle dit après que ses deux comparses trifluviennes soient venues la rejoindre sur scène pour interpréter la bien jolie Ma Mauricie qu’elles présenteront en spectacle en septembre. Puis-je me permettre de vous dire que ça promet?

Par ailleurs, je me dois d’exprimer une déception: l’interprète n’a pas chanté le plus grand succès de Ginette Reno: l’hymne national.

Une injustice a donc été effacée jeudi puisque Julie Massicotte a chanté pour la toute première fois au FestiVoix et que ce fut un très beau moment. «Il n’y a nulle part sur la planète où j’aurais préféré être ce soir qu’ici, dans ma ville», a-t-elle dit avant de quitter la scène. Je suis convaincu que personne n’aurait préféré être ailleurs qu’en votre touchante compagnie, chère madame.

Pour son 385e, Trois-Rivières n’a pas reçu plus beau cadeau d’anniversaire que ces 90 minutes de passion.