Le duo 2Frères s’est produit devant une foule nombreuse qui couvrait le site de la scène du parc portuaire, vendredi soir.

Festivoix: Humidex, vous dites? [VIDÉOS]

Trois-Rivières — Avouez qu’on a eu peur. À 16 h 45, devant l’intensité de l’averse, la plupart des festivaliers étaient en train de planifier leur soirée télé. «Chéri: piscine, spa, Netflix, ou spa, piscine, Tou.tv?» Trente secondes plus tard, il faisait plein soleil et le FestiVoix était redevenu une option.

La pluie avait pour fonction de chasser l’humidité mais la pluie chasse comme un aveugle à la perdrix. Elle est revenue bredouille. Heureusement, elle était tellement honteuse de son manque de résultat qu’elle ne s’est pas montré le nez du reste de la soirée. Personne ne s’est plaint. Sauf qu’il a fait deux fois plus chaud et humide qu’avant les averses de l’après-midi. Un indice humidex autour de 250, genre.

C’était si humide et chaud que même le député Robert Aubin frisait. J’ai appris de source sûre que la corporation québécoise des fers à friser a déposé une plainte auprès du ministre du Travail Jean Boulet pour concurrence déloyale.

Harry Manx a débuté à l’heure dite dans la cour de la vieille prison. Le vieux routier a dit que c’était sa première visite au Québec en été. «Je ne savais même pas que vous aviez un été au Québec!» Maintenant, il sait.

Manx se produisait dans un groupe on ne peut plus intrigant: lui et un quatuor à cordes. Quand je suis arrivé, il était au banjo. Banjo et quatuor à cordes: une première pour moi et je ne suis pas le seul. C’était magnifique.

L’auteure, compositrice et interprète française Lou Doillon a conquis à force de bras un petit public réuni dans la cour du couvent des Ursulines mais celui-ci a quitté totalement sous le charme.

Il y a quelque chose d’assurément émouvant à voir un bonhomme qui a depuis longtemps franchi la limite de ce que certains, dans l’arrogance de leurs jeunes années, appellent avec mépris la vieillesse, éprouver toujours autant de plaisir à gagner modestement sa vie en jouant de la musique. En créant de la beauté partagée en portions d’émotions. L’homme est non seulement un musicien touchant mais il a de l’esprit. Après avoir dit qu’il adore le banjo, il a expliqué: «Le banjo, c’est comme un mélange de guitare et de pauvreté.» Moi, ça me plaît beaucoup.

Il joue et chante avec la même bonhomie brillante, modeste et inspirée. Avec le quatuor à cordes, maudit que c’était beau! Disons que ça sent le spectacle par excellence de cette année au FestiVoix dans mon p’tit cœur qui palpite encore rien que d’y repenser.

J’aurais bien aimé que le temps s’arrête là mais d’autres aventures m’attendaient. Je pense surtout à Lou Doillon dans la cour du couvent des Ursulines. Une grosse vedette en France, Lou Doillon, mais pas ici. Le site était occupé à peine au tiers de sa capacité. Pour Cœur de pirate, rappelez-vous, il y avait une file d’attente qui allait jusqu’à Winnipeg.

La fille de Jane Birkin est apparue dans un costume crème. De loin, elle m’a fait penser à un Mick Jagger d’à peu près 35 ans. En 1920, donc. Jagger avec des cheveux très longs. Elle, pour sa part, n’a pas été longue à tomber la veste. «J’adore vos extrêmes de température», a-t-elle menti.

En entrevue, elle est toute douce mais la scène fait surgir la bête en elle. Elle sait donner du chien à son espèce de folk rock souvent indolent et lascif qui se marie parfaitement à sa voix pour le moins singulière. Oui, son papa lui a légué une voix parce que du côté maternel, on sait que cette fonction est inopérante. Mais ça reste une voix capricieuse bien que sexy à mort.

Roxane Bruneau a beau être encore toute nouvelle dans le métier, elle a déjà beaucoup de fans et une remarquable présence sur scène comme elle l’a démontré vendredi soir sur la grande scène du FestiVoix.

Au départ, il lui a fallu ramer un peu pour aller chercher ce public et elle ne s’est pas ménagée. Tant et si bien qu’elle l’a conquis. Mais alors là, complètement. Vers la fin, quelques chansons entraînantes en ont poussé quelques-uns à danser ce qui a vachement plu à la demi-sœur de Charlotte Gainsbourg. Elle avait le sourire glorieux en voyant ce public de plus en plus enthousiaste. Quand elle a quitté la scène avant le rappel, l’ovation que lui ont réservé les fans était la plus enthousiaste entendue sur ce site depuis longtemps. Autre scène, autres mœurs. Roxane Bruneau n’a pas grand-chose de commun avec Lou Doillon mais elle, elle a une horde de fans. Beaucoup de jeunes filles. Sa prestation en première partie des 2Frères s’est faite devant un public déjà très nombreux. La jeune femme a été parfaite: drôle, charmante, dynamique, en parfaite maîtrise. Contrairement à Lou Doillon, on distingue très bien les paroles de ses chansons extrêmement accrocheuses. Pire que l’héroïne: tu les écoutes deux fois et c’est un billet pour la Maison Jean-Lapointe pour soigner ta dépendance.

Tout ça s’est poursuivi avec le sympathique folk feu de camp de 2Frères devant une foule pas mal dense. Ce n’était pas Offspring mais c’était aussi plus sain. De la musique bonne pour la santé, sans gluten, à consommer sans modération. Le tout s’est terminé avec Fouki à des heures indues. Trop tard pour moi.