Le Festival d’été de Québec

Festival d'été de Québec: condamné à évoluer

TROIS-RIVIÈRES — Même les événements musicaux les plus populaires et les mieux ancrés sont amenés à s’ajuster. C’est le cas pour le Festival d’été de Québec qui, pour sa 51e édition, fait preuve de flexibilité pour répondre à la demande de son très large public.

«Aujourd’hui, explique Louis Bellavance, directeur de la programmation, il faut être à l’écoute des plus récentes tendances tout en continuant de satisfaire notre public fidèle. Le modèle évolue constamment et à une rapidité comme on n’a jamais vu dans le passé. Ce qui importe de plus en plus aux festivaliers, c’est l’expérience et plus particulièrement l’expérience VIP avec des spectacles de grande qualité mais dans des conditions plus confortables aussi des à-côtés intéressants. Il y a un appétit grandissant qu’on n’arrive même pas à assouvir pour des places plus rapprochées, des privilèges haut de gamme, etc.» Cela se traduit notamment par des services de bar plus complets avec cocktails, bières artisanales, de la bouffe recherchée par l’intermédiaire de restauration de rue.

Responsable de la programmation du Festival d’été de Québec depuis 2011, Louis Bellavance continue de s’adapter aux multiples tendances qui bousculent le monde volatil de la musique pour plaire à la plus vaste clientèle possible.

De l’autre côté du spectre, il faut plaire aux festivaliers réguliers qui ne paient que le passeport mais qui veulent néanmoins une expérience différente. Il faut être prêt à leur offrir des occasions de prendre des selfies dans des endroits inusités parce qu’il est important pour eux de témoigner de l’expérience qu’ils vivent au FEQ. Par ailleurs, on a agrandi la zone d’avant-scène pour que les fans puissent être plus nombreux à vivre les spectacles à proximité des artistes.

«En termes de contenu musical, on est un peu plus urbain cette année, dit Louis Bellavance. Nous n’avons pas le choix que de refléter le raz-de-marée mondial qu’est le hip hop et sa fusion avec la musique électronique et la pop qui sont en train de ne former qu’un. C’est ainsi qu’on retrouve dans la programmation des DJ en compagnie d’artistes pop et rappeurs dans une même prestation. Ce courant-là est le plus fort à avoir frappé le monde de la musique depuis l’émergence du rock autour de Woodstock.»

Il reste qu’au delà des phénomènes particuliers, le FEQ a pour mandat de rejoindre tout le monde «...de 7 à 77 ans, comme le dit le programmateur. Il y a des clientèles qui ont envie de contenus plus nostalgiques, des styles de musique comme le métal qui ont leur propre tendance dans les plates-formes de diffusion alors, on doit refléter ça aussi. Ainsi, on vient d’annoncer une soirée nostalgique avec Air Supply et America au Parc de la francophonie et c’est extrêmement important de refléter ça également. On ne peut tourner le dos à aucune clientèle.»

Il reste que le jeune public est précieux parce qu’il constitue un investissement dans l’avenir de l’événement. «Il faut que les gens de 12 à 25 ans viennent au Festival et vivent quelque chose d’énorme pour que, eux aussi, à 40 ou 50 ans, entraînent leurs enfants en leur disant qu’ils y ont vécu quelque chose de marquant. C’est une clientèle pour laquelle le FEQ n’est pas un automatisme présentement alors, ils exigent une attention spéciale. Dans ce groupe, on veut vivre l’expérience mais il faut que cette expérience les implique personnellement à travers les téléphones et les écrans. Il ne leur suffit plus d’être simplement spectateurs.»

Tout cela explique la programmation et l’affiche officielle de la 51e édition qui ne mise pas sur un ou deux noms en tête d’affiche mais sur plusieurs reflétant la variété de l’offre. The Weeknd, Lorde, Shawn Mendes, Future côtoient Neil Young, Beck, Dave Matthews Band, Foo Fighters ou Patrice Michaud. C’est le défi de l’équilibre.

La présence de Louis Bellavance à Trois-Rivières en tournée de promotion témoigne aussi de l’importance du marché de la Mauricie. «Notre vente de passeports se déroule très bien mais on est toujours un peu inquiet. Si on en vend 5000 de moins que ce qu’on espérait, ça nous fragilise financièrement. Les marchés comme la Mauricie deviennent très importants pour nous. On organise des stationnements en périphérie du centre névralgique pour faciliter les déplacements sachant que les gens de Trois-Rivières peuvent facilement venir voir un spectacle le soir et revenir dormir chez eux.»

«Ce n’est pas pour rien que nous insistons sur le fait que nos passeports sont transférables. Quelqu’un peut l’acheter en ciblant quelques spectacles et le refiler à d’autres. On l’encourage, en fait.» Puisqu’il en est question, indiquons que le passeport donne accès à quelque 250 spectacles en salles comme à l’extérieur pour un prix de 100 $, prix qui augmentera de 10 $ dès le 4 juin. «On a écoulé autour de 100 000 de nos 125 000 passeports mais on ne peut jamais prévoir à quel rythme la dernière portion va se vendre. Comme on n’a pas de billets journaliers, les gens intéressés ont intérêt à se procurer leur passeport rapidement», avertit Louis Bellavance. Toute la programmation est disponible au infofestival.com.