Festen: entre la réalité et la folie

Trois-Rivières — Le Théâtre des Nouveaux compagnons termine cette 99e saison avec une pièce dramatique qui expose les secrets sinistres d’une famille bien nantie et en apparence irréprochable.

Festen navigue en eaux troubles, entre les problèmes de santé mentale et la dénonciation d’actes criminels. Le propos de la pièce est très sombre. Lors d’une fête d’anniversaire organisée pour célébrer les 60 ans du patriarche de la famille, l’aîné Christian décide de prononcer un discours qui assombrira les festivités. Dit-il la vérité ou bien est-il en plein délire?

La tâche de jouer cette folie revenait à Samuel Fortin qui avait un mandat considérable dont il s’acquitte honorablement. On sent sa vulnérabilité dans sa gestuelle et tout son être incarne cet état de fragilité.

Claude Rioux a l’aplomb du père de famille qui est fier de sa réussite et des apparences enviables qu’il réussit à préserver. Le registre d’émotions qu’il doit jouer est large et, malheureusement, on le sent parfois moins solide dans certains extrêmes.

Gros coup de cœur pour Roxanne Pellerin et Basile Moutuan Seni qui incarnent Hélène et Gbatokaï, un couple tout à fait charmant. La première offre une prestation à laquelle on croit. Elle est assurée et convaincante. On l’adopte rapidement même si à la vue de ses habits très stéréotypés on craint la caricature trop grossière. Elle évite le piège et elle nous transporte habilement dans le tourbillon d’émotions qui ralentira passablement les élans de la célébration. Basile Moutuan Seni apporte une belle fraîcheur et surprend par son aisance. Bien qu’on perde parfois quelques répliques qu’il ne projette pas suffisamment, on apprécie sa présence qui apporte, à certains moments, une agréable légèreté et même de savoureux éclats de rire. La pièce atteint un autre niveau dès qu’il entre en scène.

La distribution de Festen compte une quinzaine de comédiens.

Éric Ahern signe ici une quatrième mise en scène. Celui qui se dit «antidécor» propose un environnement bien défini malgré son dénuement. Les éclairages sont un élément majeur et l’utilisation brillante qui en est faite permet d’oublier rapidement les petits pépins techniques qui ont pimenté le soir de la première. Le scénario d’éclairage est appuyé par des projections bien choisies et utilisées intelligemment. Le multimédia, présenté au moment où Christian (Samuel Fortin) craque, permet de propulser la scène à un niveau supérieur. Définitivement une de ces petites perles qui se retrouvent dans ce spectacle. Au chapitre des bons coups, on aime la dynamique qui se crée lors d’une scène entre Christian et son père alors qu’ils font tournoyer Linda (Pascale Magny), la sœur décédée, sur une plateforme rotative. Par contre, le choix de faire dormir tout le monde par terre est un peu douteux.

Festen a d’abord été un film primé à Cannes puis repris sur les planches. Le scénario est, à la base, très intéressant et les histoires familiales tordues sont généralement un excellent départ pour établir un cadre dramatique. Par contre, plusieurs faiblesses de la pièce semblent venir du scénario. Certaines scènes sont troublantes mais n’apportent que bien peu dans la montée dramatique. À titre d’exemple, une scène de violence conjugale éclate en début de soirée entre Michaël (Marc Lachance) et Mette (Camille Beauchemin) et se résume grossièrement par un feu d’artifice de mots d’église mitraillés sur un ton criard. Le tout se termine par une réconciliation bien sentie. La scène fait réagir, certes, mais ne contribue pas à soutenir le drame qui se joue dans cette famille. Elle permet de mieux définir les personnages impliqués mais la charge émotionnelle qu’elle génère est disproportionnée par rapport à sa contribution dramatique.

D’ailleurs, la quantité de blasphèmes lancés durant la soirée est impressionnante mais est-elle nécessaire?

Les comédiens remonteront sur les planches de la salle Anaïs-Allard-Rousseau les 5, 6, 11,12 et 13 avril à 20 h et le 7 avril à 14 h. Ce sera la dernière chance de voir la troupe en action avant le 100e anniversaire.