Le plus souvent confinée à son atelier, l’illustratrice trifluvienne Mathilde Cinq-Mars sera présente au Salon du livre trifluvien en tant qu’invitée d’honneur vendredi et samedi.

Faire parler des images

Trois-Rivières — Quand il est question de bouquins, on ne pense jamais d’emblée aux illustrateurs, pourtant souvent mis à contribution et pas que dans les livres jeunesse. Le Salon du livre de Trois-Rivières a depuis longtemps reconnu leur apport et va même plus loin en ayant parmi ses invités d’honneur l’illustratrice trifluvienne Mathilde Cinq-Mars.

La jeune femme de trente ans, bachelière en arts visuels de Strasbourg, en France, se réjouit évidemment de cette reconnaissance qu’elle savoure mais tout autant du fait qu’elle arrive à gagner sa vie dans ce créneau relativement restreint. Pour y arriver, elle fait d’un peu tout ce qu’un illustrateur peut faire. Des livres jeunesse, bien sûr, mais aussi des romans graphiques pour adultes, des illustrations pour périodiques, papier comme web, du graphisme pour des entreprises, des publicités commerciales, des affiches, dépliants, etc. Volet désormais obligatoire, elle a sa boutique en ligne sur laquelle elle vend affiches et cartes de souhaits dans le genre qu’elle affectionne particulièrement: la flore et la faune québécoises. Le tout lui permet désormais le luxe de choisir ses projets.

La vocation s’est dessinée d’étonnante façon. «J’ai toujours dessiné mais je n’ai jamais pensé que j’allais faire de l’illustration, révèle-t-elle. Je m’étais même inscrite en géographie à l’UQTR avant qu’une opportunité d’aller en France se présente. Je regarde aujourd’hui comment vont les choses pour moi et je me dis que je réussis peut-être mieux que si j’avais vraiment planifié une carrière dans ce domaine.»

Elle convient, comme la très grande majorité des artistes qui réussissent bien, qu’elle est très organisée et efficace. Exit l’idée de l’artiste bohème et rêveur qui attend d’être touché par la déesse inspiration. Et pourtant, quand on regarde les œuvres de Mathilde Cinq-Mars, sur et autour de sa table de travail, on découvre une artiste évoluant avec grâce dans des coloris charmants, des traits délicats et une iconographie qu’on associerait plutôt à une époque ancienne et romantique. C’est sa signature, son trait de crayon.

des valeurs

Si les illustrateurs sont le plus souvent reconnus pour leurs albums jeunesse, ça reste un type de production dont on ne peut guère espérer vivre. «Dans chaque chose que je fais, il y a un aspect que j’aime. C’est surtout au niveau de la thématique et des valeurs qui sont rattachées que je vais choisir les projets. J’aime beaucoup dessiner la botanique, par exemple, de sorte que je vais prioriser la réalisation de dessins de planches sur des sujets rattachés à la nature. Pour le reste, je vais vers ce qui est dans mes valeurs comme le féminisme, l’inclusion, l’environnement, par exemple. Une histoire qui ne fait pas avancer les choses de la vie, ça ne m’intéresse pas tellement.»

Elle avoue un faible pour l’illustration des articles de revues pour lesquels elle doit inventer une idée graphique pour représenter un texte complexe. «J’aime le défi de trouver l’image qui résume un propos et ouvre d’autres perspectives dans la tête du lecteur. À l’opposé, dans des albums, il y a bien sûr des images très intéressantes mais aussi assez souvent des images de transition qui sont moins intéressantes à faire pour moi.»

Comme elle est mère d’une fillette, elle sait l’impact extraordinaire que les livres peuvent avoir sur les enfants et c’est sa principale motivation à accepter des contrats de ce type. Elle estime à une dizaine le nombre d’albums illustrés jusqu’ici. Or, si elle adore son travail en atelier, rien n’est plus stimulant pour elle que de rencontrer ses lecteurs. «Les gens du milieu le disent souvent: on travaille le plus souvent seul dans notre bureau et on se demande toujours jusqu’à quel point ça touche des gens. C’est notamment dans les Salons du livre qu’on peut le constater. Ça m’aide beaucoup d’avoir des retours sur ce que je fais, ça me permet de m’ajuster et de voir comment les gens perçoivent mon travail. Que les commentaires soient positifs ou négatifs, c’est vraiment l’fun de les entendre.»

«Tous les Salons du livre ne sont pas pareils et moi, j’aime vraiment beaucoup celui de Trois-Rivières. Pas simplement parce que c’est ma ville mais parce qu’il est assez petit pour qu’on puisse rencontrer les éditeurs et d’autres illustrateurs et parler de notre boulot. J’aime aussi assister aux conférences, tables rondes et autres, comme simple spectatrice. Et puis, bien sûr, comme artistes, on a cette chance de recevoir des compliments des gens qui aiment notre travail et qui viennent simplement nous le dire. Ça fait toujours vraiment plaisir.»

Pour avoir une idée de sa polyvalence, on peut aller sur le site de la CBC et chercher la série Anne with an E. C’est elle qui, en compagnie de l’animatrice trifluvienne Suzie Bergeron, a réalisé le court métrage A Dignified affair qu’on retrouve sous l’onglet «Anne-imations». Les deux artistes ont remporté le Prix Arts-Excellence en arts visuels pour ce travail remarquable.

Mathilde Cinq-Mars sera présente au Salon vendredi et samedi, notamment aux kiosques de Isatis et Marchand de feuilles, elle sera à la table à dessin vendredi de 15 h à 16 h. On l’entendra également lors de la table ronde Le poids des mots, la force des images samedi à 11 h 30 à l’Espace Jeune Marmen de même qu’au Petit Salon du livre Marmen à 15 h 30 où elle racontera une histoire aux enfants.