La chanteuse trifluvienne Fabiola Toupin consacre un spectacle entier aux chansons d’Aznavour, spectacle qui connaît beaucoup de succès à travers la province.

Fabiola Toupin et Aznavour: partager l’amour des mots

TROIS-RIVIÈRES — La chanteuse trifluvienne Fabiola Toupin a consacré son dernier album aux chansons d’Aznavour et promène toujours le spectacle bâti sur son répertoire avec un constant succès. C’est donc un petit morceau de sa propre carrière qu’elle voit disparaître avec le grand artiste.

«Bien sûr, j’ai été surprise par la nouvelle mais en même temps, je pense bien qu’Il aura eu une vie bien remplie et il aura fait de la scène jusqu’au bout selon son souhait, indiquait-elle, fataliste, lundi. Quelle carrière, quel parcours incroyable il a eu! Je me demande qui, désormais peut être considéré comme le doyen des grands artistes qui ont le mieux porté la parole francophone. Vigneault, peut-être?»

«Aznavour nous a donné une leçon de persévérance parce que le succès ne lui est pas tombé dessus sans effort. Il a travaillé longtemps et a subi des critiques très sévères avant d’être enfin reconnu. C’est aussi un modèle de rigueur au travail sans compter que c’était un homme d’affaires aguerri. Il a bâti tout un empire et pour un fils d’immigré, c’est quand même assez remarquable.»

Elle est elle-même la preuve que les chansons de ce grand artiste transcende les époques. «C’est tout à fait vrai et ça continue. Je ne pense pas que son oeuvre va un jour tomber dans l’oubli. Comme Piaf, Brel, Ferré et certains autres. Je ne pense pas qu’on puisse oublier une oeuvre comme celle-là. Moi, c’est l’amour des mots qui m’a amenée vers Aznavour. Je l’ai entendu à la radio étant enfant et à mes débuts, avec Manu, il me faisait chanter certaines de ses chansons comme Emmenez-moi, La Mamma, Comme ils disent, etc. Et j’ai été frappée par la qualité de ces textes-là qui, à chaque fois, m’apparaissaient comme des monuments de beauté et de justesse.»

«C’était un fabuleux parolier en plus d’avoir composé des musiques magnifiques. Aborder son répertoire, en tant qu’interprète, c’est en même temps un immense défi et une part de facilité parce que tu n’as pas besoin d’en mettre beaucoup comme interprète: les chansons sont tellement fortes qu’elles parlent d’elles-mêmes. La beauté de sa langue est tellement extraordinaire. En spectacle, au terme de certaines chansons, je répète simplement certaines phrases pour que les gens s’arrêtent à la beauté ces mots-là, de ses tournures de phrases. Tout cela en demeurant hyper accessible.»

«Il a même su suivre des tendances tout en restant fidèle à son art; je pense aux Plaisirs démodés, par exemple. Dans les dernières années, il a fait des projets avec Grand corps malade et des jeunes. Encore il n’y a pas si longtemps, il a sorti un album de compositions. Il faut l’écouter pour constater que jusqu’au bout, il a eu des choses à dire.»

«Le prochain spectacle que je vais présenter, je vais devoir modifier des choses: il n’est plus là mais je ne sais pas ce que ça va susciter dans le public. Ce que je sais, c’est que le public l’adore et je ne vois pas comment ça pourrait changer.»