Exposition posthume à la galerie R3

L'énoncé cliché «Il est mort en faisant ce qu'il aimait» peut s'appliquer au cas d'Olivier Chevrette, décédé subitement à 35 ans en pleine création artistique à l'Université du Québec à Trois-Rivières, où il étudiait.
Deux ans après ce départ subit, la galerie R3 de l'UQTR consacre une exposition à l'oeuvre et au parcours de l'artiste originaire de Saint-Ignace-de-Loyola.
L'une des deux commissaires de l'exposition L'univers O.C., Marie-Christine Turcotte, était la conjointe d'Olivier Chevrette.
«Il faisait un retour aux études pour établir des contacts dans le milieu de l'art, et éventuellement enseigner. Plus jeune, il avait déjà fait des études en art; il était un peu plus anarchiste et cadrait moins dans le système», raconte-t-elle en parlant de son amoureux décédé le 10 février 2015 en plein travail de création dans les ateliers du pavillon des arts de l'UQTR, probablement d'un trouble cardiaque non diagnostiqué.
«Il est entré au département des arts comme un raz-de-marée. Il est devenu rapidement le grand frère des étudiants, et les profs avaient des discussions sur l'art avec lui. Il était très cultivé, il avait lu énormément. Il avait fait sa formation par lui-même avant, donc il ne venait pas chercher le cadre académique. Il venait chercher des contacts et son papier pour se faire un nom dans le domaine de l'art», explique-t-elle.
À compter de ce jeudi et jusqu'au 13 avril, les visiteurs pourront découvrir le travail de cet artiste multidisciplinaire peu conventionnel. Marie-Christine Turcotte et la cocommissaire Maryse Chevrette, une cousine du père d'Olivier, ont réuni un échantillon de la création de l'homme décédé de façon prématurée. 
«Maryse est historienne de l'art et conférencière dans le domaine. Elle a vu Olivier petit, mais comme ils ne se fréquentaient pas beaucoup, elle ne le connaissait pas vraiment. Elle a découvert son oeuvre après son décès, et ça a piqué sa curiosité.
Elle m'a contactée et ça a cliqué. Elle a confirmé que mon sens critique de l'art n'avait pas été altéré par l'amour, mais que c'est vraiment une oeuvre incroyable», poursuit celle qui partageait la vie de l'artiste à la signature que l'on pourrait qualifier d'éclectique et d'éclatée.
Maryse Chevrette proposera un parcours commenté de l'exposition lors du vernissage, ce jeudi 6 avril de 17 h à 19 h, et lors du «happening» prévu le samedi 8 avril de 13 h 30 à 16 h 30. Ce «happening» mettra en lumière les diverses facettes de la créativité d'Olivier Chevrette.
«Il était multidisciplinaire. C'était un peintre, un sculpteur, un poète, un musicien, un performeur et un vidéaste, vers la fin. Il y aura projection de courts métrages, il y aura des musiciens qui joueront de sa musique, il y aura une réinterprétation d'une performance qu'il avait faite, avec projection de sa performance originale accompagnée d'une bande sonore de sa création», énumère Mme Turcotte en parlant de l'après-midi du 8 avril.
«Malgré le fait qu'il ait créé des oeuvres très fortes, très indignées, c'est un homme qui était d'une extrême douceur, d'une extrême sensibilité. C'est peut-être même ce qui lui permettait de survivre dans ce monde-là: utiliser son art pour dénoncer le fait que l'homme est un loup pour l'homme», analyse Marie-Christine Turcotte.
En préparant l'exposition posthume en hommage à son conjoint, Mme Turcotte a ressenti une certaine paix: «C'est méditatif, faire ça. Je me sens encore plus proche de lui, plus amoureuse. Je me dis: ''Il a créé tout ça!'' C'est un univers qui est très riche. C'est vraiment vivifiant d'être là-dedans. C'est apaisant. L'univers O.C. est tellement fantastique, que de m'y plonger me fait du bien.»
«Moi j'ai perdu mon amoureux, mais je considère que le Québec a perdu un grand artiste», estime-t-elle.