Yves St-Pierre, à gauche et Sylvain Poirier (Le Rouge de Mars, de leur nom d’artistes visuels), offrent leur vision des épreuves que la vie nous impose dans l’exposition Passage obligé présenté à la petite Place des Arts de Saint-Mathieu-du-Parc.
Yves St-Pierre, à gauche et Sylvain Poirier (Le Rouge de Mars, de leur nom d’artistes visuels), offrent leur vision des épreuves que la vie nous impose dans l’exposition Passage obligé présenté à la petite Place des Arts de Saint-Mathieu-du-Parc.

Exposition Passage obligé à Saint-Mathieu-du-Parc: les épreuves qui donnent du sens

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
SAINT-MATHIEU-DU-PARC — La petite Place des Arts à Saint-Mathieu-du-Parc fait de plus en plus parler d’elle et une exposition qu’elle présente jusqu’au 4 octobre prochain devrait y contribuer. Il s’agit de Passage obligé offerte par Le Rouge de Mars, un duo d’artistes établi dans la municipalité.

L’exposition se décline en une dizaine de sculptures de natures variées mais à travers lesquelles dominent deux matériaux: le fer et le bois. Le premier se présente sous la forme de fils tordus, roulés, manipulés pour créer de petits personnages qui reviennent dans différents contextes. Le bois apparaît plus brut, puisant dans sa forme modelée par la nature, sa puissance d’évocation et son sens.

Sylvain Poirier et Yves St-Pierre explorent aussi des avenues très différentes comme la photographie avec impression du tissu, la vidéo, l’installation autour de matériaux récupérés. Ils n’en ont pas moins une vision claire de cette exposition. «On propose une direction à la visite parce que nous lui concevons un sens narratif, dit Yves St-Pierre, un peu comme une histoire qu’on raconte. Par contre, ça reste suffisamment flou pour que chacun se fasse sa propre idée ou qu’il ne décèle aucune signification à la succession des œuvres, ce qui est très bien aussi. Je pense que c’est le fait qu’on vient du monde de la danse, des arts vivants qui nous a amenés à chercher un lien narratif liant les œuvres les unes aux autres.»

Pour ce qui est de l’interprétation, elle se trouve déjà dans le titre. Le passage obligé, ce sont ces épreuves que nous traversons et qui sont susceptibles de nous transformer. Chez ces créateurs, qui forment un couple, c’est le cancer vécu par Sylvain qui les a inspirés.

«Ce qui se passe ici, c’est une tranche de vie vécue ensemble, explique ce dernier. L’exposition débute sur Mauvais rêve qui est le moment où on apprend la nouvelle. Ensuite, on vit les traitements, puis dans l’étape suivante, on travaille à se relever.»

Le choix des fils de fer comme matériau est rendu intéressant par la présence constante de rouille qui témoigne de la vulnérabilité de l’homme alors que le bois, par opposition, donne l’impression de pouvoir durer malgré sa fragilité initiale. «À travers la maladie, on sent que notre corps se détériore comme la corrosion qui attaque le métal. Je pense que c’est ce qui m’attirait dans la rouille. Par contre, dans la dernière portion de l’exposition, on utilise le même métal mais on sent la vie qui s’impose malgré les traces d’usure.»

Le rapport au matériau est donc au centre de l’approche des deux artistes. «Il y a quinze ans, nous avons acheté une île au milieu du Lac Souris et tout part de ce lieu, explique Sylvain. Ce que j’aime, c’est aménager l’espace. Nous avons aménagé l’île comme nous avions envie qu’elle soit. Nous avons trouvé dans l’eau de beaux morceaux de bois aux formes étonnantes qui pouvaient devenir de magnifiques sculptures. Quand on nous a offert d’exposer ici, dans ce très bel espace, nous l’avons abordé dans le même esprit.»

La danse vient s’immiscer dans quelques œuvres par le biais de vidéos. Entre la sculpture et la danse, n’y a-t-il qu’un pas?

«On est partis de notre expérience personnelle pour créer cette exposition, explique Yves, mais j’espère qu’elle rejoint quelque chose de plus grand que notre histoire à nous, qu’elle peut toucher n’importe qui. Notre inspiration est tellement intime que la grande question qui nous habite, c’est de savoir si ça va toucher intimement les visiteurs. J’imagine que c’est le doute fondamental de l’artiste.»

L’œuvre intitulée 7e étage témoigne des traitements subis par Sylvain à travers des photos imprimées sur une surface légèrement translucide et qui pendent à différentes hauteurs dans un espace semi-confiné. «Ç’a été une expérience tellement personnelle que j’étais réticent à la mettre en scène mais Yves m’a convaincu parce que son idée était vraiment intéressante artistiquement. Je pense que ce qu’on en a fait transcende mon expérience personnelle pour devenir vraiment quelque chose d’universel.»

«Nous sommes au cœur d’une époque où tout le monde se met en spectacle, ajoute son compagnon, mais le défi était de parler d’une réalité dure et dont on n’est pratiquement jamais témoin mais d’une façon qui demeure respectueuse, pudique et significative.»

Le duo a sans aucun doute laissé au public tout l’espace pour sa propre introspection. Et derrière la réussite esthétique évidente de Passage obligé, il y a amplement matière à réflexion.

S’il n’en tient qu’à Suzanne Guillemette, propriétaire de la petite Place des Arts et présidente de l’organisme sans but lucratif qui gère la bâtisse, c’est tout à fait le genre d’exposition qu’elle souhaite voir dans la galerie. «La qualité de cette exposition nous donne un barème quant au niveau qualitatif que nous désirons maintenir. Les deux artistes font d’ailleurs partie de notre comité de programmation et ils ont sélectionné des expositions de très haut niveau pour ce qui s’en vient au cours des prochains mois. D’ici à juin, nous allons présenter des expositions au rythme d’une par mois.»

La galerie est ouverte du mercredi au vendredi, de 13h à 17h et les samedis et dimanches de 10h à 17h. Elle est située au 1781 chemin Principal, à Saint-Mathieu-du-Parc.