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Joanne Lapointe récupère de vieux objets promis aux rebuts pour en faire des œuvres très accessibles et à la beauté singulière dans le cadre de son exposition Avatar présentée à la Galerie d’art du Parc.
Joanne Lapointe récupère de vieux objets promis aux rebuts pour en faire des œuvres très accessibles et à la beauté singulière dans le cadre de son exposition Avatar présentée à la Galerie d’art du Parc.

Exposition AVATAR de Joanne Lapointe: le pouvoir d’un regard neuf

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
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La Galerie d’art du Parc présente jusqu’au 30 mai prochain les expositions de Jacques Desruisseaux, Oeuvres en continu, et de Joanne Lapointe, Avatar. La seconde retient davantage notre attention puisqu’elle est consacrée à une artiste établie en Mauricie, à Saint-Boniface, plus précisément.

Le titre d’Avatar vient de ce que les œuvres qui la composent sont constituées d’objets hétéroclites ramassés un peu partout et auxquels l’artiste donne une nouvelle existence, une nouvelle fonction, une nouvelle identité. Une nouvelle vie certes moins utilitaire mais probablement plus réjouissante.

L’expo est généreuse : 31 œuvres, toutes bien différentes les unes des autres. Même qu’il est difficile d’y déceler l’identité propre de Joanne Lapointe tellement elle se renouvelle dans pratiquement chaque tableau.

S’agit-il vraiment de tableaux, du reste? Tous sont bien cadrés comme des toiles de peintres pour délimiter clairement la zone de jeu mais tous ont des éléments en relief qui les font s’apparenter à des sculptures. Quoi qu’elles soient, les œuvres sont alimentées par l’évident sens esthétique de l’artiste, graphiste de carrière. D’où, peut-être, une rigueur constante dans la conception. Rien n’est laissé au hasard. Tout est minutieusement construit sans pour cela entraver la liberté créatrice.

Si ce n’est pour un hommage à Gustav Klimt dans le tableau le plus monumental de l’exposition et une référence à Monet et ses nymphéas, Joanne Lapointe donne libre cours à une vision assez singulière mais très accessible. Entre autres raisons: l’utilisation de matériaux et d’objets sortis d’ateliers, d’usines ou de la nature. Des éléments qui nous sont vaguement familiers mais ici détournés de leur usage premier. Ça intrigue.

La présence de clous, de vis, de barrettes de métal, de grillages ou de simples morceaux de métal rouillés rend tout ça proche de nous, quotidien. En même temps, les éléments sont magnifiés, détournés de leur vocation initiale dans une suggestion de porter un nouveau regard sur ce qui ne sert plus. Leur valeur est dans nos yeux, dans notre ouverture à en apprécier la pudique beauté. Derrière l’approche somme toute ludique de l’artiste, cette seule leçon. «Je ne veux pas imposer une vision ou un point de vue au spectateur, plaide Joanne Lapointe. Je veux que ça reste positif, amusant.»

Chaque œuvre se caractérise par un travail de peintre puisque les surfaces sur lesquelles les objets sont apposés sont toujours minutieusement peintes pour donner une texture de base. «J’appelle les œuvres des tableaux de sculpture parce qu’il y a de l’assemblage mais beaucoup de peinture également. Cette peinture initiale est extrêmement importante, c’est pourquoi je les considère vraiment comme des tableaux. Le fond place l’objet dans son nouveau rôle, change son identité initiale. Parfois, j’utilise les objets intégralement comme je les ai trouvés, d’autres fois, je les transforme un peu.»

«J’offre une autre vie aux objets d’une façon ludique et poétique. Je pense que ça peut montrer aux spectateurs qu’on peut voir autrement les choses qui nous entourent. On est porté à jeter les objets quand ils ne nous servent plus alors qu’on peut se les réapproprier selon notre imagination. Moi, je regarde toujours au sol quand je marche pour y trouver quelque chose d’intéressant. Je suis toujours à l’affût.»

Elle est attentive à la beauté propre de chaque petit rebut. «À la base, poursuit-elle, je ramasse des trucs simplement parce qu’ils m’attirent, que je les trouve beaux, sans avoir la moindre idée de ce que je pourrais en faire. Souvent, quand j’ai une idée d’oeuvre en tête, je fouille dans mes objets amassés pour voir ceux qui pourraient s’y intégrer.»

La rouille, souvent présente dans les œuvres, la présence d’objets anciens, le bois ayant manifestement servi auparavant, la patine font que les œuvres parlent du temps, presque toujours. Celui qui passe et préfigure celui à venir. Des tableaux évoquent la mer, d’autres, la terre, l’usine ou la nature. Une de leurs forces, c’est, justement, qu’ils évoquent, tout simplement. Chaque spectateur y verra ce qu’il veut. La magie, c’est que ça nous rejoint, nous appelle à faire nos propres liens. Qu’on soit amateur d’art ou pas. Pour être d’apprivoisement facile, les tableaux sculptures sont bien loin d’être banals. Ils sont beaux, d’une esthétique très actuelle, mais ont amplement de substance pour nourrir une observation prolongée.

Celle-ci est conseillée : elle permettra d’observer au plus près les multiples détails, les divers éléments insérés dans le tableau de même que sa fabrication extrêmement minutieuse. Chaque élément est fixé avec un soin carrément maniaque qui ne prend jamais le pas sur l’élan esthétique. Tout au cours du fastidieux processus d’élaboration, Joanne Lapointe reste rigoureusement fidèle à son inspiration et à son approche esthétique. «C’est toujours un mélange de folie et de rigueur, résume-t-elle. J’ai un plaisir fou à faire ça.» On a envie de dire que ça paraît.

L’exposition propose des œuvres créées sur un horizon de trois ans. Ça peut expliquer la variété des thèmes et des propositions qui rend Avatar d’autant plus intéressante. C’est une exposition qu’il serait vraiment dommage de ne pas aller explorer. La Galerie d’art du Parc est ouverte du mardi au dimanche, de 12h à 17h. L’entrée est toujours gratuite.