Denis Bouchard sera de passage en Mauricie pour présenter la pièce «Le dernier sacrement» qui aborde les thèmes de la religion et de la mort.

Explorer la mort et la religion avec légèreté

TROIS-RIVIÈRES — Denis Bouchard tire une immense fierté de la pièce Le dernier sacrement. Principalement en raison de son point de départ, une simple phrase et une page blanche. D’abord une phrase, lue quelque part, qui disait que les gens qui avaient la foi mouraient plus en paix que les autres. «Je me suis dit: «Merde! C’est mal parti pour moi! Qu’est-ce que je fais avec ça?»» Au fil des rencontres et des recherches sur ce sujet, il s’est retrouvé à visiter des lieux de soins palliatifs.

«J’avais peur d’aller là parce que je pensais que c’était des mouroirs et que c’était triste comme la mort, sans faire de mauvais jeux de mots. Au final, j’ai été fasciné par ce que j’y ai vu», raconte-t-il en mentionnant qu’il a découvert des endroits où l’on célèbre la vie dans la dignité.

«Finalement, la phrase n’est pas vraie. Ce sont les gens qui ont fait la paix avec leur mort et avec leur vie qui partent en paix. Ça n’a rien à voir avec la religion. Peut-être que la foi peut aider certaine personne...» À sa grande surprise l’humour y était même bien présent. À titre d’exemple, il mentionne la rencontre avec cette dame qui, après l’avoir remercié pour la boîte de chocolats, lui a dit qu’elle ne pourrait pas tous les manger de peur de ne pas rentrer dans son urne. «Je n’en revenais pas! J’ai commencé à prendre des notes et à imaginer un personnage en fin de vie et bon vivant qui se questionne.»

Donc, au cœur de cette histoire qui a germé dans son esprit et noircit les blanches feuilles, il y a Denis Prud’homme, un ancien professeur en sciences politiques qui se retrouve en phase terminale. Bien qu’il ne soit pas croyant, il subsiste un doute dans le fond de son esprit. Les discussions avec l’infirmière croyante (Ayana O’Shun) et la fille de cette dernière (Marylou Belugou) qui est pratiquante permettront d’explorer des points de vue différents sur la religion, la spiritualité et l’existence de Dieu.

«C’est une comédie qui respecte les opinions. Les personnages ne sont pas d’accord mais ils se respectent car je trouvais important d’avoir une pièce dans laquelle on peut aborder ce sujet sans s’envoyer promener.»

Chaud et polarisant, le sujet a refroidi les ardeurs des différents théâtres qu’il a approchés avec son projet. «Passé un certain âge, tu es moins populaire pour les théâtres subventionnés et c’est bien correct. Je respecte ça! J’en ai d’ailleurs grandement profité quand j’étais jeune. C’est surtout le fait que je faisais une comédie sur la mort et la religion. Le théâtre institutionnel me disait qu’il ne toucherait pas à ça. Le besoin créant l’organe, j’ai décidé de le produire moi-même», expose-t-il.

Cette décision s’est avérée fort bénéfique si on considère la tournée de 35 dates prévue cet automne et les rendez-vous qui s’ajoutent pour 2020. De plus, la pièce sera traduite en anglais et déjà un projet de film se dessine à l’horizon. «Je n’avais pas ça en tête au début! C’est du bonheur!»

La véritable rampe de lancement a été les dix représentations offertes dans les locaux du CHUM qui servent à la formation du personnel. Une véritable expérience immersive dont tous les profits étaient remis à la Fondation du CHUM. «Après ce succès, les théâtres ont commencé à s’intéresser à la pièce. Le Théâtre Outremont a décidé de la prendre et ç’a tellement marché qu’on m’a demandé de la faire en tournée tout en gardant la formule immersive.» Cette portion sera assurée par Denis Bouchard lui-même et par deux figurants locaux qui seront rencontrés l’après-midi avant la pièce.

«Dans tous les théâtres, on installe deux petites chambres de soins palliatifs», explique le comédien. Il précise qu’à la salle Thompson, le foyer Gilles-Beaudoin sera utilisé pour établir ces plateaux. Ces mises en scène permettent également de mettre en lumière le ton humoristique de la pièce. «On fait des petits sketchs inspirés de ce que j’ai observé aux soins palliatifs. Comme, par exemple, quelqu’un qui veut se marier avant de mourir ou qui veut que son testament soit lu, de son vivant, à sa femme et ses enfants mais aussi à son autre femme et ses autres enfants qui ne se connaissent pas entre eux.»

Des scènes réelles qu’il a pu constater et insérer dans son spectacle qui n’avait, au départ, pas cette résonnance avec les sujets qui font les manchettes. «L’actualité fait en sorte que la réalité rejoint la fiction. Quand j’ai écrit ça il y a deux ans, il n’était pas question de loi 21 et la mort assistée n’était pas légiférée. Tout ça rejoint la pièce et c’est probablement pour ça que ça marche si bien.»

Ce projet a permis à Denis Bouchard de renouer avec ce qu’il aime particulièrement faire. «Après 35 ou 40 ans de métier, j’ai décidé de revenir à ce que je faisais au début. C’est-à-dire repartir de zéro avec une page blanche et je vais écrire un show, le monter et je vais jouer dedans!»

La forme éclatée du spectacle lui permet aussi de revenir à ses anciennes amours. «J’ai toujours aimé faire du théâtre en dehors des théâtres», raconte-t-il en soulevant La Déprime, l’une des premières pièces qu’il a écrites avec Rémi Girard dans les années 80 et qui se déroulait dans les terminus d’autobus. «Tout sauf au théâtre. J’aime amener le théâtre ailleurs. Le déplacer dans le lieu où l’action se déroule et non pas l’inverse. Ça, c’est quelque chose que j’ai toujours aimé faire.»

En plus de mener à bien un projet qui lui tenait à cœur, Denis Bouchard veut livrer un message au personnel qui œuvre dans les milieux de fin de vie. «J’ai écrit cette pièce pour rendre hommage aux gens qui travaillent aux soins palliatifs. Pour moi, ce sont des anges. J’ai énormément de respect pour ces gens-là. D’ailleurs, beaucoup de personnes impliquées dans les soins palliatifs se déplacent pour venir voir la pièce», mentionne celui qui, bien qu’il n’ait pas été touché personnellement par ce type d’épreuve, a eu l’occasion, lors de ses passages en maison de soins de fin de vie, d’accompagner des gens jusqu’à leur dernier souffle.

La pièce Le dernier sacrement sera présentée le 8 octobre à la salle J.-A.-Thompson et au Centre des arts de Shawinigan le 11 octobre.