Le temps d’une soirée, la musique et le théâtre se sont mariés à l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières.

Expérience et jeunesse se rencontrent

Trois-Rivières — C’est une représentation bien spéciale qu’offrait l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières samedi soir à la salle J.-A. Thompson. Spéciale pour les spectateurs, mais surtout, pour les 11 étudiants du département de théâtre du Cégep de Trois-Rivières qui allaient vivre un grand baptême.

L’OSTR avait décidé pour l’occasion d’offrir dans sa programmation le classique Roméo et Juliette. Musicalement, c’est l’œuvre du même nom de Sergueï Prokofiev qui allait accompagner le jeu des acteurs pour ce mariage mettant en vedette la pièce de Shakespeare.

Un Shakespeare un peu plus moderne dans les costumes, où les morceaux d’époque et les fleurets se mêlaient aux manteaux de cuir et aux espadrilles Converse. Un cadre qui allait bien avec la jeunesse des interprètes, dont le défi était de taille: trouver l’équilibre sonore entre leurs répliques et la musique, sans qu’aucun des deux ne supplante l’autre. Maestro Jacques Lacombe a d’ailleurs fait un bon travail pour adapter le rythme au travail des acteurs.

«Le défi est beaucoup plus pour eux, croit-il. En jouant avec un orchestre, il y a une partie synchronisation. Ils doivent garder leur concentration alors qu’ils sont entourés de 65 musiciens. En théâtre, on peut répéter des mois, mais avec un orchestre, ça se fait sur deux ou trois jours. Normalement, les comédiens voient l’horaire et c’est la panique, mais pour eux, ça n’a pas été si pire.»

La soirée s’est en effet bien déroulée pour les étudiants. Il y a bien eu quelques moments où les répliques se perdaient dans la musique, mais somme toute, il s’agissait d’une représentation efficace. Assez pour mériter une ovation debout, quelques moments après la mort de Roméo et de Juliette. Mes excuses à nos lecteurs qui ne connaissaient pas la fin tragique de ce classique.

Le plus surprenant, c’est que ce résultat a été obtenu avec seulement deux répétitions. Les sourires étaient larges chez les étudiants une fois l’adrénaline retombée au terme de la représentation.

«Le défi était grand mais on a eu beaucoup de temps pour se préparer malgré le parcours académique que les étudiants doivent poursuivre. Ce sont des heures par dessus leurs heures de cours. Ça s’est fait de manière assez fluide», a souligné Yves Raymond, coordonnateur du programme collégial et metteur en scène.

Ce dernier avait d’ailleurs eu la brillante idée d’installer une plate-forme à l’arrière des musiciens, afin d’imager le balcon qui a donné lieu à la première conversation entre les deux grands amoureux. Pour y accéder, Roméo a traversé les musiciens, liant les deux entités de cette pièce. Une belle exécution qui permettait d’oublier l’étroitesse de la scène pour les acteurs.

«C’était tout un choc d’entrer sur scène, une grande scène professionnelle ou de grands sont passés avant nous», a avoué Vincent Dubuc, qui campait le rôle de Roméo.

«On était impressionnés. C’est tellement un spectacle plus grand que nous. On arrive et il y a tous les musiciens. On se sentait minuscules au milieu de tout ça. C’était beau et trippant d’avoir toute cette énergie des musiciens», a ajouté sa Juliette, Camille Beauchemin.

Non seulement l’expérience a-t-elle été un succès, mais il y avait plusieurs jeunes visages dans l’auditoire, une salle quasi comble.

«Je crois beaucoup à la rencontre des différentes formes d’art. Nous sommes des milieux qui ne se connaissent pas beaucoup, la musique et le théâtre. Je pense que chacun a gagné dans cette collaboration», a indiqué Jacques Lacombe.

«Le mariage s’est fait naturellement. Nous sommes deux institutions de Trois-Rivières et on peut en être fiers.»