Claire Mayer

Évoluer avec la danse

TROIS-RIVIÈRES— Une 24e édition, c’est trop près de la symbolique 25e pour ne pas en être influencée, mais aux yeux de Claire Mayer, la directrice générale et artistique de Danse Encore, ça ne peut être une édition mineure préparant la grande fête de l’année prochaine. Son 24e Festival international de Danse Encore, du 7 au 10 juin, en sera un fort et intense comme ils le sont toujours.

Vingt-quatre ans, c’est amplement suffisant pour se construire une personnalité. Même dans un domaine comme celui de la danse qui s’est passablement transformé depuis quelques années en jouissant d’une popularité assez phénoménale. La personnalité du Festival international de Danse Encore, c’est un haut niveau de qualité dans une diversité reflétant bien les courants marquants de la danse actuelle tout en demeurant foncièrement accessible au grand public. C’est aussi la présence, année après année, de danseurs et chorégraphes vedettes trop heureux de se tremper dans l’atmosphère bon enfant d’un festival où ils se sentent bien.

Personne ne s’étonne donc de voir sur l’affiche le nom de Mandy Moore, chorégraphe du film La La Land (Pour l’amour d’Hollywood), de plusieurs saisons de So You Think You Can Dance, ce qui lui a valu une nomination pour un prix Emmy ou de Dancing with the Stars. La présence de Dana Foglia, chorégraphe pour des clips primés de Beyoncé, à la cérémonie des Oscars ou des Grammys ne surprend pas non plus puisqu’elle n’en est pas à sa première visite chez nous.

On peut, à la rigueur, s’étonner quelque peu qu’Acia Gray et Deirdre Strand y soient. Les deux créatrices sont à la tête du très prestigieux Soul to Sole Tap Festival à Austin, au Texas, qui débutera trois jours seulement après la clôture du festival trifluvien où elle présenteront un numéro de gala de leur propre événement. Dans ce cas-ci, on peut parler de fidélité et d’un fort lien d’amitié avec Claire Mayer pour justifier cette présence exceptionnelle.

«Ça fait des années qu’elles tiennent à assister à notre festival quelques jours avant de présenter le leur. Elles sont devenues mes amies; on prend nos vacances ensemble. Quand j’ai assisté à leur festival il y a deux ans, j’étais une invitée d’honneur et j’ai pu m’imprégner de leur approche du tap. C’est une approche très pure basée sur un immense respect de la tradition et des différents maîtres de la discipline auquel elles apportent un sens de l’innovation. On a présenté des numéros de leur troupe Tapestry & Cie dans nos galas dans le passé et c’était extraordinaire mais j’avais envie d’aller plus loin et de montrer au public d’ici ce qu’est le tap dance chez les puristes.»

Plus populaires
Cela vaudra aux amateurs de danse un spectacle de danse contemporaine probablement plus sexy que ce à quoi on a habitué les Trifluviens. Ce spectacle du samedi à la maison de la culture sera entièrement consacré au tap dance avec cinq des plus grands virtuoses mondiaux du genre. Sans rien enlever à la grande Louise Lecavalier ou à Pro Arte Danza qui offraient les deux spectacles de danse contemporaine de 2017, le gala tap dance et le Flamenco de la Otra Orilla du vendredi apparaissent comme plus accessibles au grand public. Deux styles spectaculaires qui ne requièrent guère plus qu’une envie d’être happé par l’énergie singulière mais d’une folle intensité que chacun arrive à produire.

Or, nouveauté dans les deux cas, les spectacles amèneront un groupe de musiciens sur la scène pour accompagner les interprètes. «C‘est très très rare qu’on fasse ça et il appert que les deux compagnies avaient dans leur répertoire un spectacle avec musiciens en direct. Comme ce sont deux styles de danse percussive, ça crée forcément une connexion très spéciale entre les danseurs et les musiciens, explique Claire Mayer. Ça donne une expérience plus riche pour les spectateurs parce que ça met davantage en valeur le côté unique de la performance en direct sur scène.»

«C’est vrai que c’est plus populaire et ça va tout à fait dans le sens de la volonté très claire exprimée par le Conseil des arts depuis quelques années côté danse. Ils faisaient dans la danse contemporaine pure depuis plusieurs années et il leur a fallu s’adapter au milieu et à sa mouvance. Tout ce qui est fusion a pris énormément de place dans le monde de la danse. Même les styles plus pointus de la danse classique et du contemporain ont été influencés ces dernières années par des apports venant d’autres styles.»

«Si on regarde Myriam (Allard) avec Otra Orilla, on en a un bon exemple. C’est du flamenco mais servi à la contemporaine, ce qui veut dire que l’habillage, les enchaînements sont inspirés par la danse contemporaine. C’est vrai pour Tapestry également mais aussi pour Marvl ou des troupes comme Rubberband Dance ou 605 que notre public connaît bien. Nous, on s’inscrit là-dedans.»

«Je pense que de notre côté, ça va nous permettre de rejoindre un autre type de clientèle plus large, ce qui a toujours été dans notre mission. S’il y a une chose dont je suis fière, c’est que nous, ça fait 24 ans qu’on évolue avec le milieu.»

Habiter la rue des Forges

«Depuis quelques années, explique Claire Mayer, nous sommes revenus à la formule que je qualifierais de minimaliste forte. On a élaboré une programmation en fonction de nos différents plateaux pour offrir le meilleur en fonction de chaque type de scène. Le 25e anniversaire, ça va être cette formule-là mais en plus fort pour nous donner l’élan pour aller vers d’autres choses après. Par contre, l’édition de cette année est conforme à notre évolution et démontre ce que nous avons réussi à implanter depuis 24 ans en terme de crédibilité, de prestige, de qualité et d’accessibilité.»

Avec la popularité que connaît actuellement l’univers de la danse, normal que les jeunes soient de plus en plus nombreux à prendre des cours. Les inscriptions au volet compétition du FIDE ont explosé avec 900 danseurs de plus que l’an dernier. Par ailleurs, les spectacles extérieurs pourraient attirer une foule plus importante que jamais tout le long de la rue des Forges entre Royale et Notre-Dame. Pour une raison purement logistique d’abord: les travaux au stationnement souterrain de la Place de l’hôtel de ville vont amener le FIDE à déplacer l’entrée officielle de l’événement sur la rue des Forges devant la salle J.-A.-Thompson où se trouveront également la billetterie et la boutique.

L’autre raison, c’est la programmation: le méga party zumba fitness revient; on lui ajoute un méga party cubain/latin et la troupe AAINJAA qui a enflammé la rue des Forges l’an dernier revient elle aussi. Ajoutez à ça des spectacles de tap dance et de danse en patins et vous avez la recette pour attirer pas mal de curieux. «On va habiter la rue des Forges comme jamais, clame la directrice générale. Les travaux nous ont obligés à nous ajuster mais c’est peut-être un mal pour un bien: ça va amener du monde sur les terrasses tout le long de des Forges. Ça va être très agréable.»

Un des volets du FIDE qui tient le plus à coeur à sa fondatrice, c’est le volet Danse Expérience présenté en ouverture d’événement, le jeudi 7 juin. La formule existe depuis quelques années mais la version 2018 est plus étoffée, ne serait-ce que parce qu’elle fera l’objet de deux présentations, une en après-midi et une autre dans un format 5 à 7. Pour la première fois, la représentation initiale sera offerte à une centaine d’élèves de 4e année de l’école primaire d’éducation internationale. Ils auront ainsi l’occasion de se familiariser avec le monde de la danse en s’introduisant dans les coulisses en rencontrant des professionnels et, surtout, en assistant à des prestations tout près des interprètes pour percevoir la danse autrement, avec un regard que les spectateurs n’ont jamais. 

Cela dit, la formule sera la même pour le 5 à 7, agrémenté de bouchées et de breuvages aussi enivrants que les prestations, mais ouverte au grand public invité à cette même découverte de la danse vue quasiment de l’intérieur. Il reste d’ailleurs des billets disponibles. 

«Ça offre une perception complètement différente de la danse, affirme la directrice générale. De voir la grande Dana Foglia en entrevue et après, de voir ses danseuses sur la scène en pleine action, c’est quelque chose d’unique. Cette approche permettra aux spectateurs de prendre conscience du côté extrêmement athlétique de cette discipline. Arriver à une telle expression de beauté et d’émotion exige des performances extraordinairement exigeantes pour le corps.»

«Je suis particulièrement heureuse d’aborder le volet scolaire cette année parce que c’est un investissement dans nos spectateurs de demain. Nous nous sommes toujours donné le mandat de faire connaître la danse et je suis profondément convaincue que des jeunes qui vont participer à Danse Expérience vont être marqués. Avec une expérience comme ça, tu viens de les imprégner d’un virus qu’ils vont conserver pour la vie. Surtout parce que ça leur est offert par de grands professionnels de la danse parmi les meilleurs au monde.»