On mettait, mercredi, la dernière touche à la mise en scène de La traverse, pièce que les Nouveaux Compagnons présenteront jeudi, vendredi, samedi et dimanche à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture.

Esprits et vivants font équipe

TROIS-RIVIÈRES — L’année du 100e anniversaire du Théâtre des Nouveaux Compagnons commence de la plus éloquente façon: la présentation d’une nouvelle pièce. Le choix de la direction s’est porté sur La traverse de l’autrice québécoise Corinne Sévigny-Lévesque mise en scène par un duo formé d’Annie Trudel et de Lucie Trudeau.

Le choix d’une mise en scène conjointe est assez inhabituel et on le doit au simple hasard. Annie Trudel explique: «La pièce m’a été présentée par Adamo Ionata et je suis carrément tombée en amour avec elle. J’en ai simplement discuté avec Lucie Trudeau qui la connaissait et qui avait, elle aussi, eu un très gros coup de cœur. On a décidé de la mettre en scène ensemble alors que j’assume davantage la scénographie, les déplacements et Lucie, le travail avec les comédiens.»

Entre les deux, une réaction quasiment alchimique a eu lieu. «Entre elle et moi, ç’a été un véritable coup de foudre théâtral. Non seulement, on a la même vision de la pièce mais depuis le début des répétitions, on pense souvent aux mêmes choses en même temps.»

La pièce porte son regard sur quatre personnages, deux hommes et deux femmes, qui effectuent la traversée entre Matane et Baie-Comeau peu après la Seconde Guerre mondiale. Or, ils ne sont pas seuls puisque chaque individu est accompagné d’un fantôme de son passé que le vivant ne peut voir. L’histoire permettra de comprendre les motivations profondes de chacun, qu’il soit dans le monde des morts ou des vivants.

Le volet fantastique a d’ailleurs particulièrement interpellé Annie Trudel. «Le fait qu’il y ait deux dimensions distinctes m’interpelle fortement, explique-t-elle. Ça permet de donner un aspect supplémentaire à l’histoire de chacun des personnages. C’est à travers le personnage qui accompagne qu’on comprend l’histoire de chacun des protagonistes parce que chacun a quelque chose à régler. Par exemple, on a un père de famille qui est accompagné du fantôme de sa fille décédée ou une grand-mère avec sa petite-fille envers laquelle elle a beaucoup d’attentes. Derrière ces prétextes, ce sont les notions de pardon et d’acceptation qui se dessinent et qui m’ont beaucoup touchée.»

La metteure en scène parle d’un drame avec une composante de fantastique mais dans un texte qui trouve le moyen de faire sourire tout en faisant réfléchir. «La structure narrative fait que quatre histoires se déroulent simultanément sur le bateau et s’emboîtent les unes dans les autres. Le principal défi, à la mise en scène, était de s’assurer que l’identification des esprits et des vivants soit bien claire pour les spectateurs puisque les huit comédiens sont sur scène tout au long des 90 minutes de la pièce. Mais pour moi, comme c’était un véritable coup de cœur, la mise en scène s’est imposée de façon très naturelle. Il faut dire que j’ai été très chanceuse de pouvoir compter sur une équipe de comédiens aussi extraordinaires.»

Les quatre rôles de vivants sont tenus par Florence Durand-Fernandes, Vanessa Clément, Gabriel Godbout et Robert Turcotte alors que les esprits sont incarnés par Kathleen Lacroix, Sylvie Lamothe, Antoine Lamoureux et Daniel Lampron. «Le choix des comédiens s’est fait dans le cadre d’auditions auxquelles une trentaine de personnes se sont présentées, ce qui est impressionnant. Il y a des vétérans auxquels on avait pensé et dont le choix s’est confirmé lors des auditions mais on a aussi eu de belles révélations avec des jeunes qui en sont à leur première expérience. On s’est vite aperçu que nos choix étaient excellents. Tous ont démontré beaucoup de discipline si bien qu’on a pu commencer à faire des enchaînements en répétition tôt en décembre et donc travailler les personnages en profondeur.»

Annie Trudel a abordé cette mise en scène comme n’importe quelle autre bien qu’elle s’inscrive dans la célébration du 100e anniversaire du Théâtre des Nouveaux Compagnons. «Il n’était pas question que je me mette de pression supplémentaire à cause des circonstances mais on y a investi tout notre cœur. Je considère néanmoins comme un grand privilège de m’inscrire dans l’année du centenaire. Pour moi, c’est un hommage que je peux rendre à mon grand-père, Louis-Philippe-Poisson, qui a marqué l’histoire de la compagnie.»

La pièce sera présentée quatre fois, toutes à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture jeudi, vendredi, samedi soirs, à 19 h 30, de même que le dimanche 19 janvier, à 14 h. Corinne Sévigny-Lévesque sera présente pour la représentation du vendredi 17 janvier.