L’auteur, compositeur et interprète Éric Masson a lancé un message pour faire prendre conscience au gouvernement de le nécessité de trouver une autre façon d’aider financièrement différents travailleurs de la culture pour éviter qu’ils soient forcés de se réorienter.
L’auteur, compositeur et interprète Éric Masson a lancé un message pour faire prendre conscience au gouvernement de le nécessité de trouver une autre façon d’aider financièrement différents travailleurs de la culture pour éviter qu’ils soient forcés de se réorienter.

Éric Masson lance un cri du coeur

TROIS-RIVIÈRES — Éric Masson est un auteur, compositeur et interprète bien connu dans la région, pour avoir donné une ambiance irrésistible à bon nombre de festivals, de bars et d’événements en Mauricie comme ailleurs au Québec. Le musicien a lancé mercredi soir sur sa page Facebook un message qui a eu passablement de retentissement et dans lequel il demande au gouvernement québécois de revoir le programme d’aide annoncé récemment pour le monde de la culture.

Le message a eu un tel impact que la ministre Sonia LeBel, également sa députée, l’a contacté vendredi pour voir comment elle pourrait aider à le mettre en contact avec la ministre Nathalie Roy.

Il faut bien spécifier dès le départ que le musicien ne condamne en rien l’effort gouvernemental. «400 millions de dollars d’aide, ce n’est pas rien et je salue l’effort du gouvernement. Par contre, c’est la façon de le distribuer qui me paraît embêtante.»

«En gros, soutient-il, le gouvernement propose aux créateurs de proposer de nouveaux projets novateurs que les autorités de la culture vont évaluer et subventionner. Ce que je veux faire remarquer, c’est que ce ne sont pas tous les travailleurs de la culture qui sont des créateurs. Il y a plein de travailleurs dans ce monde de la culture qu’on semble oublier.»

Le musicien originaire de Saint-Maurice et établi à Sainte-Geneviève-de-Batiscan dit qu’il n’est pas trop inquiet pour lui-même et qu’il va se sortir de la crise pour poursuivre son travail par la suite. Par contre, ce sont les gens qui gravitent autour de lui qui sont menacés. «Moi, je pourrai toujours présenter des projets ou offrir des spectacles en solo au retour sur scène. Mais présentement, il y a quatre musiciens qui m’accompagnent (la violoniste Mijo, le bassiste Benoît Marquis, le trompettiste Stéphane Bédard et le batteur Antony Jomphe) et ce, depuis plusieurs années. Or, eux sont présentement obligés de se recycler et de faire autre chose pour gagner leur vie parce qu’ils ne peuvent pas arriver financièrement.»

Il pense aussi à tous les techniciens qui rendent possible la présentation de spectacles, en musique comme pour d’autres disciplines des arts de la scène qui doivent se réorienter et dont plusieurs ne seront probablement plus disponibles quand on retrouvera un rythme similaire à ce qu’il était avant la pandémie.

«Je regarde ma violoniste qui est en train de se tourner vers une formation de préposée aux bénéficiaires. Entre ce travail bien rémunéré, stable, avec de bons bénéfices marginaux et la vie de musicienne avec ses incertitudes et la vie sur la route, je la comprendrais de choisir la première option. Ça me rend triste de penser qu’on va sans doute perdre beaucoup de gens de cette façon. Ça va appauvrir le monde de la culture à plus long terme parce que c’est du talent qui se perd.»

Éric Masson estime qu’une aide comme la PCU du gouvernement fédéral, bien qu’elle ne remplace pas complètement les revenus perdus loin s’en faut, qui offre une aide financière aux travailleurs à partir de critères bien établis est plus efficace.

«J’ai peur que l’aide, telle que présentée par le gouvernement provincial, favorise les créateurs habitués de vivre de subventions et qui vont concevoir des projets subventionnés qui pourraient très bien, en bout de ligne, ne pas voir le jour. Ça reste de l’argent des contribuables et je crains qu’une part de cet argent soit payé dans le vide pour des projets dont on ne sait même pas s’ils pourront se concrétiser.»

«Ma réalité d’artiste est nettement plus concrète: on promène notre spectacle d’un bout à l’autre de la province dans les bars et les festivals et on compte à chaque fois sur des techniciens qui nous permettent de le présenter. Ça aussi, c’est un gros pan de notre culture. Il n’y a pas que les gros spectacles qu’on voit à la télévision : il y a bien des facettes à ce monde et bien des gens qui travaillent dans l’ombre et sans qui les spectacles ne seraient pas les mêmes.»

Ce pigiste a l’impression que le gouvernement fédéral est présentement en train de revoir sa politique d’aide aux entreprises pour inclure les petites entreprises de la culture, ce qu’il souhaite. «On fait souvent affaire avec des petites entreprises et des pigistes qui passent entre les craques du plancher dans les programmes. Je pense que le ministère de la Culture et des Communications pourrait redistribuer l’aide promise plus équitablement pour toucher un plus grand nombre de personnes dans le milieu et leur permettre d’y rester.»

Il estime que la PCU va prendre fin dans environ un mois, ce qui laisse le temps au gouvernement provincial de revoir son approche pour permettre à de nombreux travailleurs de la culture de garder la tête hors de l’eau jusqu’à ce que les activités culturelles reprennent avec plus d’ampleur. «Je pense que c’est toute l’industrie qui en profiterait. J’ai confiance parce que le gouvernement fait preuve de beaucoup de bonne volonté depuis le début de la crise et je comprends qu’il est difficile de réagir dans l’urgence mais je pense qu’on pourrait rajuster le tir.»

«Je ne suis pas le genre de gars à monter aux barricades mais je pense que si j’arrive à rejoindre un peu de monde, ça peut faire boule de neige et avoir plus d’impact. Au début de la pandémie, j’ai composé une chanson qui s’intitule À l’unisson et je pense que ça témoigne de notre réalité. Nous devons être solidaires les uns des autres dans cette crise pour s’en sortir au mieux. J’espère que d’autres vont entendre le message et y adhérer. Personnellement, je ne serais pas à l’aise de remonter sur scène en sachant que beaucoup de techniciens et de musiciens talentueux n’y sont plus, eux, parce qu’ils ont été forcés de faire tout autre chose pour simplement gagner leur vie.»