Présence constante dans les événements culturels trifluviens, la présidente de Culture Trois-Rivières Stella Montreuil vit avec grand plaisir la solitude du confinement.
Présence constante dans les événements culturels trifluviens, la présidente de Culture Trois-Rivières Stella Montreuil vit avec grand plaisir la solitude du confinement.

En isolement avec Stella Montreuil: la solitude sereine

CHRONIQUE / Quasiment aussi omniprésente que la culture elle-même à Trois-Rivières, la présidente de Culture Trois-Rivières Stella Montreuil est, à l’heure actuelle, soumise aux mêmes contraintes de confinement que le commun des mortels.

Pour elle qui possède le don d’ubiquité lui permettant d’assister à toutes les manifestations culturelles en ne ratant jamais la moindre conférence de presse ou quelque événement afférent, on imagine l’ampleur du manque. Je la voyais recluse en position foetale en train de se sucer un pouce au fond d’un noir garde-robe de la cave de son domicile, tétanisée sous l’insoutenable contrainte de la solitude imposée.

J’avais tout faux. La plus que dynamique présidente est non seulement dans une forme enviable mais, pour peu que le téléphone me permette d’en juger, elle est heureuse de ce répit dans une vie qui ne lui en concède guère. Elle a l’isolement serein et facile. Qui l’eût cru?

Elle fait quoi? Elle en profite. Elle écoute des pièces de théâtre à la radio, elle lit, elle écrit, elle observe ravie un couple de canards venu se prélasser dans sa piscine. Plus apte à la solitude qu’un gardien de phare au large de Terre-Neuve, Stella n’a pas fini de nous surprendre.

«Je me consacre à toutes sortes de choses que je ne fais jamais justement parce que je suis toujours trop occupée. Pour une fois, je prends le temps.» C’est le luxe ultime, le temps; pas pour rien que la religion nous promet l’éternité.

«C’est sûr que je suis une fille très sociable, mais je dois dire que je me sens très bien seule avec moi-même également. J’ai choisi de faire de la représentation en culture parce que j’adore ça mais il y a à ma personnalité une autre facette que je n’ai pas l’occasion de cultiver beaucoup; alors là, je me gâte. Il y a tellement de choses agréables qu’on peut faire seule quand on s’en donne le loisir.»

«Je viens même de râteler mon terrain d’un bout à l’autre et j’ai aimé ça.» Alors là, si vous trouvez une manifestation plus convaincante de l’expression «Faire contre mauvaise fortune bon cœur», appelez-moi pour me la raconter, ça m’intéresse. Vraiment.

Évidemment, rien n’est parfait. «Le plus difficile, c’est de ne pas pouvoir faire des câlins à mes petits-enfants.»

N’empêche, le privilège d’avoir du temps, c’est aussi celui de réfléchir, de s’interroger. Stella se demande comment la vie «normale» va reprendre son cours; à quelle vitesse, dans quel ordre, quand? «Je devais aller en Europe en mai pour assister à un mariage qui a évidemment été reporté. Mais justement: quand est-ce qu’on va recommencer à prendre l’avion? Est-ce qu’on va devoir se faire à l’idée de moins voyager à l’avenir? Pourra-t-on seulement se promener d’une région du Québec à l’autre au cours de l’été? Je vais être grand-maman pour une troisième fois: quand vais-je pouvoir aller voir ma petite-fille?»

Interrogations aussi à l’égard de sa compagne quotidienne des dernières décennies: la culture. Quand est-ce que Trois-Rivières va retrouver son effervescence culturelle d’avant virus? Dans quelles conditions? «J’ai reçu des courriels de membres de Ciné-Campus (dont elle est directrice générale) qui me disent combien ils ont hâte que ça reprenne. Je suppose qu’il y a une grosse part de la clientèle culturelle qui va être très pressée de retourner dans les salles de spectacles mais une autre portion qui va être plus prudente, de peur de contracter le virus. On nage dans l’inconnu mais j’ai l’impression qu’il faudra peut-être d’abord favoriser de petits événements devant de petits publics. Pour les spectacles, par exemple, on va peut-être utiliser davantage une salle comme Louis-Philippe-Poisson, dans les premiers temps.»

On a ceci en commun, Stella et moi, d’espérer que rouvrent salles d’exposition, musées et bibliothèques plus rapidement, ces lieux où culture et distanciation sociale peuvent être amis. «Heureusement, il y a quantité de choses intéressantes accessibles grâce au numérique présentement. Une chance qu’il y a ça... Mais il faut faire attention: on s’habitue facilement aux choses gratuites.» Et, n’ajoute-t-elle pas, la culture c’est comme l’information: c’est essentiel, mais ce n’est pas gratuit, malgré les apparences. Voilà pour mon édito du jour.

Entre les questions, Stella fait du ménage, comme tout le monde, et se demande, comme tout le monde, comment on peut accumuler tant de choses inutiles qui ont dû nous sembler importantes à un moment donné. «Pourtant, la plupart des magasins ne sont pas ouverts présentement et ça ne me manque pas de ne rien acheter d’autre que l’épicerie. Je pense que dorénavant, je vais faire comme Pierre-Yves McSween et avant d’acheter, je vais me demander si j’en ai vraiment besoin.»

«C’est dans des périodes comme maintenant qu’on prend conscience des aberrations de nos comportements et qu’on peut les corriger. Si, globalement, on se contentait de produire en fonction de nos besoins plutôt que de consommer pour consommer, il me semble que ça aurait plus de bon sens.»

Le bonheur, affirme-t-elle, n’est pas dans les objets qu’on achète. Il se cacherait peut-être même dans les grandes choses qui n’ont l’air de rien. «Ma petite-fille m’envoie des dessins à colorier par Internet alors, je me suis mise au coloriage pendant la crise. J’adore ça.» Stella n’a pas fini de nous surprendre, disais-je.