François Houde
Le confinement n’a fait qu’accentuer l’impatience du chef Jean-Claude Picard de retrouver l’OSTR et son public.
Le confinement n’a fait qu’accentuer l’impatience du chef Jean-Claude Picard de retrouver l’OSTR et son public.

En isolement avec Jean-Claude Picard

CHRONIQUE / Personne ne pourra reprocher à Jean-Claude Picard de ne pas prendre toute la mesure de la crise que nous vivons tous. Le chef attitré et directeur musical de l’OSTR a vu sa vie professionnelle sérieusement chambardée mais il est pourtant résolu à tirer le meilleur de cette épreuve

L’homme de musique avoue avoir subi un choc quand le confinement a été décrété. Lui pour qui les avions sont une deuxième demeure tant sa carrière est écartelée entre les continents, il a été, pendant un moment, assommé par la contrainte de rester chez lui. «La crise a causé un choc à tous et à toutes et particulièrement aux artistes; j’ai bien senti la lourdeur qui s’est installée dans le milieu. Une lourdeur qui augmente avec le temps qui passe parce que le doute s’installe davantage. D’autant plus que les artistes sont bien conscients qu’ils ont été parmi les tout premiers à cesser leurs activités et qu’ils risquent d’être les derniers à reprendre le boulot.»

«La crise a eu un impact majeur pour moi, d’un point de vue personnel, parce que j’avais de très beaux projets à l’international. Je devais faire mes débuts américains au Kennedy Center de Washington et il était prévu que je fasse aussi mes débuts au Royal Opera House à Covent Garden à Londres, une des plus grandes maisons d’opéra du monde. Tout ça a été annulé, évidemment.»

L’ampleur de ces deuils ne peut empêcher le chef de penser aussi à son orchestre. «Les concerts de la présente saison de l’OSTR étaient une magnifique occasion de raffermir les liens avec le public et le milieu de la musique à Trois-Rivières et ça aussi, c’était très important à mes yeux.»

Ce n’est toutefois que partie remise. «Les premiers contacts avec le public comme avec les musiciens ont été tellement chaleureux qu’on a établi une très belle assise à notre relation. Certes, on aurait pu la solidifier au cours des trois derniers mois mais ce n’est certainement pas une rupture. On va se retrouver, bientôt j’espère, avec autant de plaisir, du moins pour ma part.»

Isolement, confinement ne signifient en rien une trève de boulot pour le maestro. Il a travaillé sur l’élaboration de la prochaine saison, un programme qu’il souhaite annoncer le plus tôt possible. «Nous avons monté sept magnifiques concerts avec une brochette de solistes exceptionnelle. Je sens que ça va beaucoup plaire aux abonnés de l’OSTR.»

Sa fébrilité est audible mais elle est freinée par l’incertitude qui règne encore sur le monde de la musique. Saura-t-on bientôt définir les paramètres de la sécurité pour les spectateurs mais aussi pour les musiciens lors d’éventuels concerts? Lui croit que oui. «Je partage l’optimisme exprimé par Yannick Nézet-Séguin en réaction aux annonces de la ministre de la Culture et des Communications selon laquelle on espère rouvrir bientôt des salles de spectacle. Je ne m’attends pas à ce que ça se fasse avant le mois d’août mais je trouve que ça augure bien pour septembre.»

C’est en septembre, le 11 plus précisément, que l’OSTR a reporté son concert Jardins d’Espagne qui devait initialement être présenté en mars dernier. «J’ai confiance mais si on ne peut reprendre en septembre, il nous faudra imaginer des solutions créatives.»

Malgré le choc, les deuils, la lourdeur, le chef refuse obstinément de se laisser abattre. Au découragement, il oppose une résilience nourrie par l’optimisme. «Malgré les terribles effets de la crise, je ne peux m’empêcher de voir ce qui s’en dégage de bon. On voit, par exemple, des effets positifs sur l’environnement qui constitue une autre crise planétaire majeure mais sur le long terme.»

«De notre côté, nous allons trouver de nouvelles façons de rester en contact avec le public. Je suis depuis longtemps préoccupé par la nécessité de rendre la musique classique plus accessible. Peut-être que ce que nous vivons présentement peut nous faire faire un pas en ce sens.»

On s’en doute, Jean-Claude Picard ne soumet pas la notion sans avoir une idée derrière la tête. «Je suis très stimulé par le streaming comme médium pour rejoindre la communauté. On vit une occasion en or pour mettre ça sur pied avec l’OSTR.»

«Un des premiers points de ma vision en tant que chef de l’OSTR, c’était de faire connaître les compositeurs québécois. Je pense que le numérique pourrait nous y aider. J’imagine très bien qu’on puisse faire une captation de haute qualité de nos futurs concerts et qu’on y puise des extraits qu’on pourrait rendre disponibles à nos abonnés, qu’ils puissent revivre ces moments forts chez eux.»

Le chef est convaincu que même si la reproduction d’un concert ne peut avoir le même profond impact émotionnel qu’un concert depuis les sièges de la salle Thompson, elle peut constituer un excellent médium de diffusion de la musique orchestrale.

Bien loin de lui, cependant, l’idée de remplacer l’expérience du spectacle vivant par un quelconque succédané. «La crise actuelle m’a fait prendre conscience de façon très aiguë de l’importance du contact humain. Ça m’a énormément manqué durant le confinement. Quand on a enfin pu se retrouver, par petits groupes, ça m’a fait un bien immense.»

On comprend ainsi mieux cet ardent désir de retrouver dès septembre le pupitre pour mener son orchestre à la rencontre de son public. Un moment impatiemment espéré par les uns et les autres.