François Houde
En pause de la tournée internationale Courage de Céline Dion, le claviériste Guillaume Marchand profite de chaque moment de son confinement en famille.
En pause de la tournée internationale Courage de Céline Dion, le claviériste Guillaume Marchand profite de chaque moment de son confinement en famille.

En isolement avec Guillaume Marchand: un gars formidable

CHRONIQUE / À la nécessaire distanciation physique, on aurait dû ajouter un élément dans les consignes: la proximité morale. Je me dis ça parce que je suis encore sur le high d’une conversation avec Guillaume Marchand, le musicien d’origine trifluvienne.

Beaucoup le connaissent comme le claviériste de Céline (Dion, la chanteuse. Ça vous dit quelque chose?), ce qu’il est toujours, mais il est pas mal plus que ça: c’est un gars formidable. Il est gentil, allumé, talentueux mais pourtant modeste et traîne toujours avec lui un positivisme qui serait quasiment insultant s’il n’était pas si réconfortant.

Devant la déprimante perspective de rester cloîtré encore quelques semaines à la maison, il se révèle un fabuleux antidote, un puissant antidépresseur sur deux pattes. Je ne tiens pas de statistiques mais je ne pense pas me tromper en disant que je n’ai jamais entendu quelqu’un aussi heureux d’être enfermé chez lui. Entre vous et moi, je le soupçonne de préférer ça à donner des spectacles devant de monstrueuses foules en délire dans les plus impressionnants amphithéâtres de la planète, ce qui constitue l’essentiel de la tâche pour laquelle on le rémunère.

«On allait aborder la plus intense série de spectacles avec Céline, raconte-t-il, quelque chose comme cinq ou six semaines sur la route. Être parti deux ou trois semaines, ça se gère assez bien; quatre semaines, c’est déjà plus compliqué. Six, c’est long. Mais là, tout d’un coup, la série a été annulée. J’étais content.»

Je vous enjoins d’éviter de tirer une conclusion intempestive. Guillaume adore jouer avec une des plus grandes stars de la musique pop actuelle; c’est le rêve. Mais il adore encore plus sa blonde et ses deux enfants de sept et neuf ans. Or, dans le tourbillon Céline, le temps ne t’appartient plus. C’est à peine s’il appartient à la star, alors...

Guillaume est traité comme un roi, bien entendu, mais il est un luxe délicieux dont même les rois sont privés: être confiné à la maison, avec les siens, sans savoir quand ça va se terminer. Au moment de mon appel, il était en train de jouer dehors avec les enfants. Je ne connais pas les détails de leur vie de tournée, mais je suis pas mal sûr que Guillaume ne va jamais jouer dehors avec Céline, même par les plus jolies matinées qu’offre le printemps.

«Ce n’est pas une question de rattraper le temps perdu parce que ça ne se fait pas mais c’est le fait de vivre intensément la vie familiale à un âge qui est crucial pour les enfants. C’est tellement précieux. Dans la vie normale, je reviens régulièrement à la maison pour un certain temps, mais les enfants ont leurs activités, ils vont souvent chez des amis. Là, on n’a pas le choix: tout le monde doit rester à la maison. C’est unique, on ne revivra jamais ça. Il faut en profiter.»

Ce n’est pas parce qu’il ne fait pas de musique qu’il ne fait pas de musique. Il a branché claviers et autres appareils électroniques à la maison et fait ce dont il a envie: il compose un peu, travaille une pièce de Chopin, fait du karaoké avec ses deux chenapans. Samedi soir dernier, il s’est payé un plaisir rare: accompagner sa chanteuse de blonde dans un petit spectacle en direct sur Facebook. «On a joué pendant à peu près une heure mais c’était tellement trippant qu’il a fallu s’obliger à arrêter parce qu’on en aurait fait pendant trois heures.»

Petit scoop en passant: on va peut-être le revoir sur Facebook mais comme accompagnateur de ses rejetons. «Je leur apprends des chansons et on s’enregistre. Ils aiment ça. Avec deux parents musiciens, c’est normal qu’ils soient portés vers la musique mais je ne les pousse pas. Je donne des petits cours quand ils me le demandent. C’est super cool.» Il dit que jamais ses propres parents ne l’ont poussé à faire de la musique; c’est peut-être pour ça que c’est devenu une telle passion.

Ai-je besoin de préciser qu’il a sur la crise actuelle un point de vue résolument positif? «Il faut dire que j’ai toujours tendance à voir le bon côté des choses. Ma blonde dit souvent: ‘‘On sait bien: avec toi, tout est toujours beau.’’ Je me dis que cette période nous donne à tous l’occasion de faire ce qu’on se promet de faire depuis longtemps. Moi, c’était de reprendre cette vieille partition de Chopin qui traîne dans mes affaires depuis des années et que je n’ai jamais apprise.» Il dit qu’il progresse et que Chopin était pas mal du tout comme compositeur.

Revenons sur la crise. «On a peut-être tous quelque chose à en tirer, ne serait-ce que la prise de conscience des excès de notre monde. Je vois ça un peu comme si la Terre nous donnait une deuxième chance d’adopter un mode de vie plus équilibré.»

«Mine de rien, je n’ai pas de revenus présentement; ma blonde et moi, on a regardé notre budget et on a coupé dans certaines choses. On ne sera pas moins heureux pour ça. S’il y a quelque chose: on va juste l’être davantage en se tournant vers l’essentiel.»

Il ne dit pas que ce qu’on vit est magnifique, seulement qu’il n’y a guère de virages profonds qui s’opèrent en douceur. «C’est vrai au niveau collectif comme dans nos vies personnelles: c’est le plus souvent à travers un accident, une rupture douloureuse ou une crise quelconque qu’on fait des changements majeurs.»

«On vient de voir un programme du gouvernement pour favoriser l’achat local: je trouve ça super. Ça fait des années que je trouve qu’on doit aller vers ça. Moi, tu vois, je fais rouler l’économie locale: Céline, c’est une p’tite fille de Charlemagne!»

Petite correction: un antidépresseur, Guillaume, ET un sac à blagues.