François Houde
Le comédien d’origine trifluvienne Benoît Gouin a trouvé dans le bénévolat une façon d’affronter la crise actuelle avec une certaine sérénité.
Le comédien d’origine trifluvienne Benoît Gouin a trouvé dans le bénévolat une façon d’affronter la crise actuelle avec une certaine sérénité.

En isolement avec Benoît Gouin: n’oublions pas

Nous ne sommes pas égaux devant le confinement : certains le vivent mieux que d’autres. Dans leur tête, d’abord, mais aussi dans leur environnement. Le comédien Benoît Gouin n’aurait pu espérer mieux que la nature qui enveloppe son chalet à Chertsey, dans Lanaudière.

D’emblée, les esprits chagrins penseront que le natif de Pointe-du-Lac aurait pu enfreindre des règles pour s’y faufiler en douce pendant le confinement. C’est mal connaître ce citoyen au-dessus de tout soupçon. Le hasard a voulu qu’il s’y trouve au moment où la mesure a été annoncée. «Ma conjointe et moi, on y vient souvent parce qu’on peut y travailler dans de belles conditions. C’est un environnement apaisant dans les montagnes.»

«C’est là qu’on était quand le confinement a été annoncé. C’est ici que j’ai appris que les tournages prévus pour L’heure bleue et pour La faille 2 étaient reportés. En fait, j’allais partir pour tourner à Québec quand tout a été stoppé.»

La crise frappe donc directement le comédien qui s’en tire, malgré tout, plutôt bien. «Ce qui est bien pour moi, c’est que ce sont des séries qui fonctionnent très bien. Pour l’instant, le tournage est reporté mais les projets ne sont pas abandonnés. Je pense bien que ça va se faire malgré tout. À l’automne, peut-être... Je sais que les producteurs sont au boulot pour trouver des façons pour qu’on puisse reprendre le tournage dans quelque temps tout en respectant toutes les règles de distanciation.»

À l’imagination des techniciens de faire le reste. Reproduire certains décors en studio, utiliser des plateaux fermés à accès très restreint comme on le fait pour tourner des scènes de nudité, etc. Reste que les aspects de régie constituent un casse-tête d’organisation inimaginable. Dilemme d’autant plus frustrant que toute hypothèse vise un tournage qui ne pourrait avoir lieu avant plusieurs semaines alors qu’on n’a pas la moindre idée de ce que seront les paramètres à respecter à ce moment-là.

Le comédien est prisonnier des contraintes appartenant aux gens de l’ombre. «C’est ça le métier, philosophe Benoît Gouin sans l’ombre d’un début de frustration. Je respecte énormément le travail des gens qui nous encadrent et je vois bien combien c’est compliqué.»

Incertitude pour le comédien, donc; notre lot à tous. Il ne laisse en rien deviner que ça puisse l’angoisser. «C’est un métier qui est fait d’incertitude. Ceux qui sont incapables de vivre avec ça font autre chose. Dans mon cas, je m’en sors bien parce que je suis en mesure de voir venir les choses un peu. J’ai beaucoup travaillé ces dernières années et j’ai encore de petits contrats pour des enregistrements de voix pour de la pub, notamment, alors, ça amène un petit revenu. C’est peu, mais je me considère chanceux quand je pense à tous les comédiens qui travaillent dans la restauration pour arriver; ils sont même privés de leur revenu d’appoint.»

Sa quasi-sérénité peut notamment tenir à ce qu’il refuse de se laisser emporter par l’angoisse qui filtre des discussions sur les réseaux sociaux, refuges d’autant de solitudes que de frustrations. «Les gens critiquent les décisions gouvernementales; ils ont leur recette parfaite qui va nous sortir de la crise. On sent bien la frustration qui s’exprime derrière ça et je peux le comprendre. Moi, je me fie à ce que nos gouvernants nous disent parce que je ne connais pas le dossier aussi bien qu’eux. Pour tout dire, j’évite un peu les médias sociaux présentement.»

Autre pilier de son bien-être, il a décidé de s’impliquer bénévolement dans sa communauté. «Ce n’est pas sain de rester chez soi à ruminer. soutient l’interprète de 59 ans. J’ai proposé mon nom à un organisme communautaire qui met sur pied des activités de bénévolat dans mon coin. Ils m’ont offert de donner un coup de main au Provigo de la municipalité qui livre des paniers de provisions à des gens démunis. Nous y sommes une douzaine de personnes: on prend des commandes, on confectionne les paniers qui sont livrés aux gens. Ma conjointe et moi y allons deux journées par semaine et ça nous fait vraiment du bien.»

«C’est très stimulant parce que c’est concret. On voit des personnes qui travaillent à améliorer la vie dans leur village et tout ça se fait dans un esprit de partage. C’est beau ce que j’y vois. Si tout le monde était animé de ce fond humain, il me semble que ça nous aiderait collectivement à passer au travers.»

Ça évite de laisser toute la place au réflexe humain bien naturel de chercher à organiser un futur dont personne ne sait quoi que ce soit. Ce n’est pas moins vrai pour les artistes. «J’en parlais à une amie récemment et je ne voudrais pas être débutant aujourd’hui parce qu’on ne sait pas de quoi la carrière sera faite. Ferons-nous le même métier après qu’avant la COVID-19?»

«Reste que cette crise fait prendre conscience de la valeur de ce que nous faisons. Elle démontre combien il est important de s’exprimer, de rêver, de créer. On se rend bien compte que de se raconter des histoires pour exprimer ce qu’on ressent et se retrouver dans les récits de l’autre, c’est essentiel. Si la crise peut susciter cette prise de conscience et nous donner un regard plus bienveillant sur l’autre, elle n’aura pas servi à rien.»

Il repense à une phrase qui lui trotte dans la tête depuis un certain temps: «On oublie trop facilement qu’on oublie trop souvent. Dans des situations difficiles, on est prêts à changer bien des choses puis quand tout revient à la normale, on l’oublie. J’espère seulement qu’on n’oubliera pas trop facilement cette fois-ci.»