Le confinement est une occasion pour solliciter sa créativité comme le prouve André Veilleux sur sa page Facebook depuis le début d’avril.
Le confinement est une occasion pour solliciter sa créativité comme le prouve André Veilleux sur sa page Facebook depuis le début d’avril.

En isolement avec André Veilleux: le plaisir plutôt que l’ennui

CHRONIQUE / André Veilleux n’a jamais fait de la musique son seul gagne-pain. Ça ne veut pas dire qu’elle ne l’a pas toujours accompagné. Prendre sa retraite du boulot, l’année dernière, ça voulait surtout dire être plus disponible pour chanter.

Il l’a fait. On l’a notamment entendu dans le spectacle de Noël de l’Orchestre Pop de Trois-Rivières, il était une des vedettes de l’imposante revue Une nuit sous les ponts de Paris présentée au Capitol de Québec en septembre dernier. Si la COVID-19 veut bien nous laisser souffler, ce sera au Théâtre Saint-Denis de Montréal qu’on verra le spectacle le 26 septembre prochain.

C’est sûr que j’en passe mais ce n’était quand même pas assez à son goût. Il y a peu, quelques jours avant l’annonce du confinement généralisé, André s’affairait à réaliser une résolution. «Je me suis promis de m’investir pour chanter plus souvent en 2020», explique-t-il. Qu’il réalise ses résolutions, déjà, ça suscite l’admiration. Qu’importe: il faisait le tour des résidences pour personnes âgées de la région pour proposer un spectacle qu’il offre en duo en compagnie de Pierre Verrette.

Des spectacles dans les résidences pour personnes âgées, c’était plutôt une bonne idée... avant le mois de mars.

Ce n’est pas parce que la vie l’enferme présentement chez lui qu’il est forcé de se ronger les sangs, activité dont on ne sait pas ce qu’elle signifie mais à laquelle, de toute façon, il n’est pas habitué. «Netflix, c’est bien beau, mais il arrive un moment où t’as envie de faire quelque chose de tes dix doigts.». Et de tes deux cordes vocales. «J’ai vu ce que plusieurs artistes ont fait sur Facebook et je trouvais ça cool.»

Pourquoi pas lui? Ça le confrontait à un léger paradoxe: il a un côté perfectionniste en même temps qu’une modestie qui lui interdit de se prendre au sérieux. «Ce que je fais est vraiment sans prétention. J’apprends à mettre mon ego de côté. En même temps, je trouvais qu’enregistrer avec un cellulaire, ce n’était vraiment pas terrible. Je me suis acheté un bon micro pour que ça sonne mieux.»

La première capsule, le 1er avril, il l’a faite en invitant ses amis à lui écrire des paroles qu’il pourrait chanter sur Petit matin, de Sylvain Lelièvre, en s’accompagnant à la guitare. Les réponses reçues lui ont démontré qu’il a plus d’amis qu’il ne le croyait.

Depuis, il enregistre à tous les deux jours. Il ratisse assez large: McCartney, Bécaud, Elton John, Aznavour, Michel Legrand... «Je puise dans des chansons assez simples pour que je puisse m’accompagner au piano ou à la guitare. À l’occasion, je chante sur des bandes enregistrées.»

Reste que plus ça va, plus il se prend au jeu. Les décors changent, les concepts se raffinent, de petits scénarios s’écrivent. «Ça, dit-il, c’est mon petit côté perfectionniste. Comme je suis photographe, j’ai un certain souci pour le décor, le cadrage. Ça reste sans prétention, mais je change de pièces (dans la maison, pas juste sur la partition), je place des éléments en arrière-plan. C’est réfléchi.»

Dans la dernière en date, il fait un petit Elton John de lui-même avec un couvre-chef et des lunettes que le Rocket Man n’aurait probablement pas détestés. De là à dire que ça lui va bien...

«Celle-là, je l’introduis avec l’idée du ménage qu’on fait tous en confinement. Disons que j’élabore de plus en plus de mise en scène. C’est normal. Ce n’est toujours pas bien élaboré mais ça m’amuse. C’est comme un petit défi.»

Ce qui est troublant, c’est qu’il n’aurait pas sollicité sa créativité de la sorte sans crise du coronavirus. «En fait, c’est un peu égoïste parce que ça me fait du bien, j’ai du plaisir à le faire. En même temps, je vois bien qu’il y a des gens qui aiment écouter les capsules, c’est du moins ce qu’ils m’envoient comme message. Tant mieux.»

«Ça n’a l’air de rien, mais c’est dur d’être confiné. Surtout avec le beau temps qui arrive. Ça fait un mois que je n’ai pas vu ma fille; ça me manque. Il faut toujours bien se faire plaisir un peu, se trouver une motivation pour se lever le matin.»

Sur sa page Facebook, pas de grand message d’espoir pour fouetter le courage des confinés du monde entier. Juste un divertissement, ce qui est peut-être plus précieux qu’on pense. Et puis, ça peut être vu comme une invitation à meubler l’isolement avec sa créativité.

Et la prochaine, ce sera quoi? «Je vais chanter Toute la pluie tombe sur moi, dévoile-t-il au Nouvelliste en grande primeur mondiale. C’est de circonstance avec la météo de lundi mais ça pourrait aussi être vu comme une image de ce qui nous est tombé sur la tête ces dernières semaines.»

Il ne faudrait quand même pas que le public développe une accoutumance à ces prestations maison; dès le confinement terminé, au diable les capsules. À moins que... «C’est sûr que je suis un gars de scène et que c’est là que je trouve mon grand plaisir. Mais ce n’est pas exclu que je continue les enregistrements, à l’occasion. J’haïs pas ça. Chanter me passionne toujours autant et ces petits vidéos, ça me garde alerte.»

Pour le temps qu’il nous reste tous à purger entre les murs assommants de nos demeures, il a des idées. Le répertoire ne manque pas (ça nourrit, les revues musicales), il n’a toujours pas exploité sa cour arrière comme décor, n’a pas encore tâté de son banjo. Il peut faire encore du chemin. Ça tombe bien parce que nous, on n’est pas sortis... de la maison.