Les Prix Clément-Marchand 2019 étaient remis lundi, à la librairie Poirier de Shawinigan. Ils réunissaient notamment, de gauche à droite, Ariane Gélinas, marraine du concours littéraire, Myriame Ézelin, grande gagnante, Jocelyne Duchesne, récipiendaire de la mention, et Maureen Martineau, marraine du concours.

Écrire, toujours un besoin vital

SHAWINIGAN — À chaque année, le rituel de remise des Prix Clément-Marchand revêt un caractère particulier de par l’éclosion de talents inconnus qu’il permet. La chose s’est de nouveau vérifiée lundi à la librairie Poirier de Shawinigan.

C’est à une toute jeune poétesse de 21 ans de Trois-Rivières, Myriame Ézelin, étudiante universitaire de première année en études littéraires, qu’est revenu le premier prix alors qu’une autre femme, l’artiste visuelle bien connue Jocelyne Duchesne, a obtenu la mention pour sa première incursion dans un autre mode d’expression artistique.

La gagnante cachait mal sa surprise devant l’honneur qui lui était fait, elle qui en était à sa première candidature dans un concours du genre. «J’ai écrit de la poésie comme tout le monde pour mon plaisir personnel, mais de le faire pour un concours, c’est une première. Par contre, je n’ai pas vu de différence entre les deux démarches. Je ne me suis pas mis de pression supplémentaire sur les épaules. J’aurais pu garder ce texte pour moi et ne jamais l’envoyer, d’ailleurs. Je n’aurais pas pensé que mon texte aurait pu toucher le jury comme ça semble l’avoir fait et ça me touche beaucoup que ça ait été le cas.»

«C’est un texte très personnel qui est en lien avec mes origines puisque ça parle de la Guadeloupe d’où est originaire mon grand-père mais je n’ai pas senti de réticence à partager ces choses intimes avec le public et je pense avoir été fidèle à moi-même dans ma façon de les exprimer.»

Son texte poétique a suscité les commentaires suivants de la part du jury: «Le texte se démarque par la force de ses images et de son propos. Il oscille entre l’urgence de rompre avec un monde en désarroi et une quête d’origine viscérale et authentique. L’écriture poétique de l’auteur, par delà la révolte, évoque la possibilité d’une rencontre, d’une naissance.»

Or, c’est bien à la naissance d’une écrivaine qu’on a assisté lundi et c’est bien là l’aspect le plus valorisant pour les organisateurs de ce concours. «Ce qu’on remarque d’une année à l’autre, explique Ariane Gélinas, une des marraines du concours, c’est qu’on retrouve souvent des participants qui gagnent lors de leur toute première inscription. Il nous fait toujours énormément plaisir de voir éclore un talent qui ne demandait qu’à s’exprimer. C’est le cas de Myriame Ézelin cette année et il nous apparaît clair qu’elle doit poursuivre, qu’elle a un vrai talent qui doit continuer de se manifester.»

Le jury a reçu un total de 34 candidatures cette année, ce qui est similaire à la participation des années précédentes. On note par ailleurs que ce sont les femmes qui dominent dans une proportion de 68 % alors que c’est précisément dans les mêmes proportions que la prose a damé le pion à la poésie pour ce qui est de la forme littéraire privilégiée. Autre chiffre intéressant qui témoigne de la variété dans les candidatures: l’écart d’âge entre le plus jeune participant et le plus âgé est de 54 ans, le cadet étant âgé de 19 ans. La moyenne d’âge se situait à 44,5 ans. Finalement, 20 % des candidatures provenaient du Centre-du-Québec, un nombre intéressant dans la mesure où la Société des écrivains de la Mauricie a consenti un effort particulier ces dernières années pour encourager la participation de gens en provenance de la rive sud du Saint-Laurent.

Si on ne connaît toujours pas la raison pour laquelle ces Prix littéraires étaient remis cette année pour la 39e fois alors qu’ils existent depuis 40 ans, il reste qu’on célébrera l’année prochain la 40e remise et que les organisateurs promettent de souligner l’anniversaire. «On veut en faire un plus gros événement, plaide Ariane Gélinas et on vise rien de moins qu’une cinquantaine de candidatures l’an prochain. Je remarque, comme professeur de littérature, que malgré la technologie qui fait que les jeunes écrivent beaucoup de choses banales sur les réseaux sociaux, il reste un véritable intérêt pour le livre et la lecture. J’ai pu constater, à travers les ans, à quel point le besoin de créer demeure important, peut-être justement pour prendre du recul par rapport au tumulte ambiant et entretenir une vision du monde autre que celle qui nous est imposée à travers un martèlement à peu près constant. Je trouve ça réjouissant.»