Nancy Montour célèbre 15 ans comme écrivaine avec un album intitulé Les Cadeaux.

Écrire avec son cœur... d’enfant!

TROIS-RIVIÈRES — Il y a quelque chose d’impressionnant dans le fait de célébrer quinze ans de carrière comme écrivaine de littérature jeunesse, aucun doute là-dessus. Pourtant, quand on rencontre Nancy Montour, ce qui frappe, en plus de sa personnalité attachante, c’est sa passion incroyable pour son public de jeunes lecteurs et sa capacité à créer des histoires aussi magnifiques que poétiques, en si peu de mots. Ce mélange fait d’elle une personne comme on en croise bien peu.

«Il faut comprendre les enfants. J’ai fait beaucoup de recherches sur le développement de l’enfant et sa psychologie. Il faut aussi se replonger dans l’enfant en nous et c’est quelque chose que je suis capable de faire. Je suis proche de mes émotions et les émotions c’est quelque chose d’universel. Que tu aies de la peine à 60 ans, à 20 ans ou à 4 ans, c’est la même peine. Quand tu es proche de tes émotions, tu es capable de te mettre dans les bottines d’un enfant et de voir aussi avec les yeux d’un enfant.»

Son plus récent album, Les cadeaux, en est l’exemple parfait: au-delà de la simplicité des phrases, il y a la profondeur du propos. Parce que sous des airs minimalistes, il y a une symbolique poétique qui sautera aux yeux des adultes qui prendront le temps de le regarder avec leur cœur d’enfant. «Je l’adore cet album. Je suis tellement fière. Quand j’ai vu les images avec mes mots, j’ai été renversée. Je trouvais que chaque image de Nathalie Dion enrichissait le texte qui l’avait fait naître.»

Au fil des années, et des ouvrages qui s’ajoutent sur la liste qu’elle tient de ses publications, on pourrait croire que c’est devenu facile d’écrire pour son public chéri qui a majoritairement de 6 à 8 ans. «Je ne trouve jamais ça facile», lance-t-elle en rigolant. «Peut-être parce que je regarde ça avec mes yeux de perfectionniste. Au début, quand tu as eu plusieurs bonnes critiques et qu’il t’en arrive des moins bonnes, tu te remets en question. Il y a une exigence qui rentre en ligne de compte et je mettais trop le focus là-dessus. Ça me mettait une pression énorme. Il faut revenir au plaisir d’écrire.»

«Dans mon travail, il faut souvent changer de point de vue. Il faut prendre le point de vue du personnage ou de l’éditeur, par exemple. Ça fait beaucoup de points de vue à apprivoiser. J’en suis là, à prendre le point de vue de l’éditeur pour ne pas trop prendre personnel les décisions qui sont prises.»

«Il y a une grande différence entre l’histoire et le processus d’écriture. Souvent on s’attache à nos histoires et si elles sont refusées, on le prend personnel. Ça n’enlève pas la valeur de ce qu’on fait. Tu ne contrôles pas la réponse. Peut-être que l’éditeur n’était pas de bonne humeur cette journée-là, tout simplement.»

Bien que les années lui aient donné quelques trucs pour mieux juger de la qualité de ses histoires, elle raconte qu’elle travaille toujours à accepter le verdict que recevront les histoires qu’elle propose.

«C’est un ensemble de facteurs un livre réussi. Il n’y a pas que le temps ou l’expérience, il y a une magie...»

Toujours la première fois

Bien que ses œuvres prennent de plus en plus de place dans les rayons jeunesse des bibliothèques, il y a toujours un sentiment de nouveauté quand elle travaille un texte. «C’est toujours la première fois. C’est toujours un nouveau livre, un nouvel espoir, même si j’en ai écrit plein. Chaque idée est unique et développée différemment avec ton émotion et ce que tu es présentement, alors c’est toujours nouveau.»

«Oui, ça fait 15 ans que je suis en processus d’écriture mais chaque histoire est une première. Dans le processus, j’ai beaucoup de bagage et je continue à lire sur le sujet. Je découvre que ça me passionne et que ça me sert quand je rencontre des classes qui mettent de l’avant le programme des Petits moments qui met l’accent sur le processus d’écriture et non pas sur le texte. L’important c’est le processus! De plus, les enfants sont appelés à écrire beaucoup plus», expose Nancy Montour qui se réjouit au plus haut point de cette méthode qu’elle endosse totalement et qui permet aux jeunes de parfaire leur talent de raconteur à l’écrit.

«Je m’inspire moi-même beaucoup des choses que je vois autour de moi pour écrire. Eux, ils traduisent ça par des «petits moments» alors pour moi ç’a été facile d’adapter mes rencontres de classes pour compléter ce programme. Je suis tellement contente qu’ils en écrivent beaucoup sans que ce soit corrigé et noté. Après, l’enfant peut choisir quel texte il aime le plus et qu’il veut retravailler», souligne-t-elle en ajoutant que le processus est moins décourageant pour les auteurs en herbe.

Quand on lui demande si elle compte écrire pour des lecteurs plus vieux, elle répond avec toute sa candeur. «Chaque personne a sa place et ça c’est ma place. J’ai la bonne voix pour ces enfants-là, j’ai la bonne émotion. C’est tellement merveilleux car, à cet âge-là, ils découvrent tout. Ils ont une ouverture et pour moi, ça compte beaucoup!»