L'humoriste François Massicotte a inauguré sa résidence trifluvienne vendredi soir alors qu'il a présenté la première de six représentations de son tout nouveau spectacle Quelle famille! 

Du Massicotte pure laine

François Massicotte présentait vendredi la première des six représentations de sa résidence à Trois-Rivières pour l'été devant une salle Anaïs-Allard-Rousseau bondée. Le public a retrouvé son enfant prodigue avec, apparemment, autant de plaisir que lui en a à revenir à la maison, ne fût-ce que pour six soirées.
On sait que ces représentations font partie du processus de rodage de son tout nouveau spectacle Quelle famille!, qui ne sera officiellement majeur qu'à l'automne. On peut cependant dire sans crainte de se tromper que ce qu'il offre au public trifluvien est très près de ce qu'il présentera au reste de la province dans les mois à venir. Le contenu est bien cerné, plutôt à point et la livraison, passablement solide.
Massicotte en est à son septième spectacle solo après plus de 30 ans de carrière. Il connaît le tabac. Il a depuis longtemps défini son terrain de jeu, sait ce qu'il fait le mieux et maîtrise la présentation de ses textes. Son spectacle en est essentiellement un d'humour stand-up où il livre une série d'anecdotes dans le format une ligne, une chute. C'est rythmé, serré, efficace. Il est incontestable que Massicotte travaille fort en enchaînant les numéros sans la moindre pause si ce n'est l'entracte qui vient lui donner un répit amplement mérité.
On l'a peut-être senti un peu tendu dans la première portion et, m'a-t-il semblé, il aurait pu appuyer un peu mieux ses meilleures chutes qui méritaient parfois mieux que l'accueil que le public leur a réservé. L'expérience de l'humoriste s'est manifestée à quelques occasions où il a récupéré des blagues tombées à plat en décrochant de son texte pour dire de l'une ou l'autre que ce n'était qu'un essai ou qu'il ne la garderait pas dans le spectacle, finalement. La rupture de ton a cet avantage de tisser une intimité supplémentaire avec son public. La proximité est un des paramètres essentiels de la méthode François Massicotte. Comme les 45 minutes de sa première partie constituent un feu roulant de ce que les anglophones appellent des «one-liners», quelques-uns de plus ou de moins ne feront pas une différence notable sur le produit final.
Dans la seconde partie, plus intense, Massicotte s'abandonne à un humour plus physique dans quelques numéros plus inspirés et c'est vraiment là qu'il brille. Son imitation d'une prof de spinning sur le 220 volts ou la description de sa visite familiale d'une cabane à sucre industrielle lui imposent plus de mimiques et une gestuelle plus élaborée dans lesquels il s'avère excellent. La réaction du public n'a laissé aucun doute à ce sujet. Massicotte le sait et il a judicieusement placé ces numéros vers la fin de la représentation, au sommet de la courbe d'intensité. 
Pour ce qui est des sujets abordés, le titre est tout ce qu'il y a de révélateur. Il explore la vie parentale sous plusieurs coutures sans, pour cela, donner l'impression de se répéter. Il adopte le plus souvent le ton du parent un peu «à boutte» et ça fonctionne parce qu'il n'est jamais excédé au point d'être antipathique.
L'expérience aidant, sans doute, il réussit un véritable tour de force avec son numéro portant sur le suicide, sujet délicat s'il en est un. Il a beau avoir dit en entrevue que le numéro ne crée pas de malaise, il fallait le voir pour le croire. Massicotte le livre avec beaucoup d'habileté dans un équilibre étonnant sur la fine ligne entre le malaise et le rire franc. Au début, le public est apparu un peu circonspect mais il a très bien embarqué et beaucoup ri à mesure que le numéro progressait. Faire rire de bon coeur sur les défauts des différentes méthodes pour s'enlever la vie sans jamais en faire l'apologie n'est pas mince exploit. Chapeau!
L'humoriste demeure fidèle à lui-même avec ce septième spectacle solo et s'avère plus en maîtrise que jamais de son médium. Il faut bien que sa toute récente cinquantaine serve à quelque chose. Je regrette personnellement sa tirade finale trop molle sur la valeur de la famille. Ce spectacle qui se veut un hommage pudique à la parentalité mériterait une conclusion plus sentie et plus riche. François Massicotte a ça en lui, ça se sent.
Il sera de retour sur la scène de la salle Anaïs-Allard-Rousseau les 4, 5, 11 et 12 août.