C'est à une comédie policière rocambolesque intitulée Un cadavre à l'entracte qu'on convie les spectateurs les mardis soirs de cet été à l'île St-Quentin.

Du burlesque pas toujours à point

Après avoir exploré Shakespeare pendant deux étés consécutifs, les Nouveaux Compagnons ont décidé cette année d'investir l'île Saint-Quentin dans un registre aux antipodes. On présentait mardi soir dans des conditions météorologique rêvées la troisième de cinq représentations prévues d'Un cadavre à l'entracte, une comédie policière qui sied parfaitement à ce théâtre estival.
La pièce a été présentée devant une très bonne assistance qui devait jouer, à vue de nez, autour de 150 personnes. Comme si les gens n'attendaient que l'occasion d'aller se divertir en plein air dans le très beau décor que constitue l'île. En choisissant le registre de la comédie burlesque, les Compagnons et la metteure en scène Rollande Lambert ont eu une excellente idée. Le créneau du pur divertissement comique est probablement celui auquel se prête le mieux ce théâtre en extérieur dans un contexte où les spectateurs ne demandent pas mieux que de s'amuser.
Et aussi bien le dire tout de suite, les applaudissements nourris des spectateurs au terme de la représentation de mardi indiquaient qu'ils avaient bien apprécié leur soirée. Tant mieux, puisque ce rendez-vous estival est vraiment une très belle idée.
Pour ma part, je suis vraiment désolé de devoir avouer que je n'ai pas partagé cet enthousiasme. Il m'a semblé que la réalisation de cette excellente idée laissait à désirer. Bien sûr, on est ici dans de la grosse comédie au premier degré et c'est bien ainsi qu'on l'a exploitée. On est cohérent, depuis le jeu excessif des interprètes jusqu'aux décors minimaux en passant par les effets sonores rigolos venant ponctuer certains revirements de situations.
Mais voilà: le burlesque requiert beaucoup de rythme et un travail des interprètes infiniment plus sophistiqué qu'il n'y paraît à première vue. Il faut bien définir les personnages, trouver le ton juste, les faire réagir efficacement aux nombreux retournements de cette comédie bourrée de quiproquos, bien appuyer les gags du texte avec les mimiques efficaces et le ton qui fait rire, etc. C'est diablement compliqué et c'était beaucoup demander à des comédiens amateurs.
Les interprètes se donnent ici sans compter avec autant d'énergie que d'enthousiasme et de bonnes idées mais la commande est très lourde. Oui, certaines blagues font mouche mais d'autres tombent carrément à plat. Il est facile de deviner que le contexte de monter une pièce en été n'offre pas à la production les meilleures conditions pour tout mettre au point. On manque forcément de temps, de disponibilité pour tout peaufiner comme on le souhaiterait mais malheureusement, cela se ressent dans le produit final dont le rythme claudique un peu trop.
Bien sûr, on s'amuse dans ce Cadavre à l'entracte et tout cela se présente sur l'indubitable ton de la légèreté propre au théâtre d'été si populaire il y a quelques années. Le texte rocambolesque de l'auteur Pierre-Yves Lemieux, avec son très bon revirement final qui prend assurément le spectateur de court, ne laisse guère de répit aux spectateurs mais il est aussi vrai qu'à force de lancer des pistes dans tous les sens il finit par s'embrouiller inutilement. Et, franchement, l'humour est, à certains moments, un peu lourd.
Cela dit, il ne faudrait pas perdre de vue que c'est un simple divertissement estival et que le public n'a pas forcément envie d'autre chose que de se changer les idées par une agréable soirée d'été. C'est bien ce qu'on lui offre au Théâtre de l'île Saint-Quentin. Ça ne rassasiera sans doute pas les fervents amateurs de théâtre, mais ils ont bien d'autres occasions de se repaître.
La pièce sera présentée encore deux fois, les mardis 1er et 8 août, dès 19 h 30. Le coût d'entrée est de 5 $.