L’exposition Drave dédrave - Ramener l’équilibre est offerte à Boréalis jusqu’au printemps 2021. L’exposition a été présentée à la presse par deux de ses responsables: à gauche, Kim Charbonneau, coordonnatrice des projets de conservation et de restauration des écosystèmes à Parcs Canada et Émilie Papillon, responsable des expositions et projets en patrimoine à Culture Trois-Rivières.
L’exposition Drave dédrave - Ramener l’équilibre est offerte à Boréalis jusqu’au printemps 2021. L’exposition a été présentée à la presse par deux de ses responsables: à gauche, Kim Charbonneau, coordonnatrice des projets de conservation et de restauration des écosystèmes à Parcs Canada et Émilie Papillon, responsable des expositions et projets en patrimoine à Culture Trois-Rivières.

Drave dédrave - Ramener l’équilibre à Boréalis: Revenir 150 ans en arrière

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES – La drave a marqué l’histoire de notre région et l’imaginaire de la population québécoise pendant des générations. Elle n’est plus pratiquée et un autre phénomène, tout à fait représentatif de nos valeurs actuelles s’est développé pour en effacer les traces. L’exposition Drave dédrave – Ramener l’équilibre présentement offerte à Boréalis en témoigne.

L’exposition a été conçue en collaboration avec Parcs Canada puisque c’est du travail effectué par ses employés dont il est ici question. La dédrave à laquelle fait allusion le titre est celle qui est pratiquée sur le territoire du parc national de la Mauricie où plusieurs lacs font l’objet de chantiers majeurs de restauration pour leur permettre de retrouver leur état naturel, celui d’avant les activités économiques des 150 dernières années qui ont eu sur eux un impact énorme.

L’exploitation de clubs de pêche et de chasse mais surtout l’exploitation de la ressource forestière pour l’industrie du bois a transformé les lacs sur lesquels on a pratiqué la drave comme moyen d’acheminer économiquement les billots de bois aux usines. L’homme a érigé des barrages pour faire monter le niveau des eaux et assurer la circulation du bois d’un lac à l’autre par flottage. Cette pratique a laissé ses résidus: des milliers de troncs d’arbres envoyés par le fond; ces billots ont transformé la nature même des lacs. Ils ont contribué à retenir les sédiments dans le fond alors que les hautes eaux ont accéléré l’érosion des berges. La nature même des lacs en a été profondément transformée avec un impact majeur sur les différentes espèces animales.

Depuis une quinzaine d’années, les spécialistes de Parcs Canada travaillent à redonner aux lacs du parc national de la Mauricie leur véritable nature. Ils les nettoient des billots qui tapissent leur fond, démolissent les barrages pour redonner à l’eau sa circulation naturelle, réintroduisent des espèces de poissons, comme l’omble de fontaine, espèce indigène, qui était en train d’en disparaître. «Le parc a été inauguré en 1970 et c’est dans les années 90 qu’on a fait le constat détaillé de la dégradation des systèmes écologiques due aux activités commerciales antérieures, explique Kim Charbonneau, coordonnatrice des projets de conservation et de restauration des écosystèmes à Parcs Canada. On a alors compris que même en protégeant les lacs à l’avenir, on ne pourrait jamais revenir à leur état naturel sans une intervention. Avec plusieurs partenaires, on a procédé à des études exhaustives pour déterminer les actions à prendre, ce à quoi on s’attache depuis une quinzaine d’années.»

«Ce sont de très gros chantiers et surtout, très complexes à réaliser. Notre expertise dans l’exécution des travaux s’est améliorée à mesure qu’on les accomplissait. Les actions ont été à ce point un succès que certains lacs ont été rouverts à la pêche à l’omble de fontaine.»

Le parc national de la Mauricie compte environ 150 lacs, et dans une centaine de ceux-ci, on retrouvait cet omble de fontaine. Or, on a peu à peu perdu près de 50% de ces populations. Le retour des lacs à leur forme naturelle recrée également des zones adjacentes qui étaient disparues: milieux humides, plages, etc. Même que les biologistes peuvent aujourd’hui constater les bienfaits pour plusieurs autres espèces animales qui retrouvent un habitat propice à leur développement. On pense notamment à la tortue des bois.

À première vue, les visiteurs du parc ne peuvent constater les dégâts mais une visite de cette exposition les sensibilisera à certains détails, visibles à l’œil nu, qui témoignent de la dégradation progressive d’un lac.

Globalement, l’exposition présente le thème en deux volets: la restauration physique et la restauration biologique. Ils se déclinent en quelques modules bien illustrés offrant beaucoup d’informations sur les travaux et leurs impacts. Par ailleurs, une vidéo de neuf minutes présentant des entrevues avec des intervenants nous permet de mieux cerner la valeur de ces chantiers et leur complexité.

«L’exposition est conçue pour intéresser toute la famille, explique Émilie Papillon, responsable des expositions et des projets en patrimoine à Culture Trois-Rivières. C’est pourquoi on a des modules plus ludiques qui s’adressent davantage aux enfants tout en leur permettant de prendre conscience des enjeux. On a aussi créé un petit cahier d’activités amusantes qu’on leur offre.»

Drave dédrave – Ramener l’équilibre aborde un dossier aux étonnantes ramifications. Son contenu informatif étonne souvent en racontant les difficultés inhérentes aux travaux de restauration, la complexité des milieux aquatiques, l’ampleur des impacts des activités industrielles même quand ils sont insoupçonnés, la fragilité des écosystèmes, etc.

On en sort pourtant avec une bienfaisante dose d’optimisme en sachant que les interventions humaines peuvent autant détruire que restaurer l’intégrité naturelle de certains écosystèmes. Ses nombreux visiteurs pourraient ne plus jamais regarder les lacs du parc national de la Mauricie du même œil.

L’exposition a été conçue pour être facilement transportable grâce à des modules démontables de sorte qu’elle a une vocation d’itinérance dans les années à venir. Pour ce qui est de Boréalis, elle y est présentée jusqu’en mai 2021.