Christine Beaulieu et François Bellefeuille

Deux artistes qui ont éclos

Trois-Rivières — Il semble que chaque nouvelle année offre l’occasion à de plus en plus d’artistes de la région de se démarquer. En 2018, ce fut le cas à un point tel que le jury de sélection n’a pas été en mesure de cibler un(e) seul(e) récipiendaire du titre de personnalité de l’année 2018 du Nouvelliste dans le monde des arts et de la culture. On couronnera donc pour la première fois deux personnalités tout aussi méritantes l’une que l’autre: la comédienne et dramaturge Christine Beaulieu ainsi que l’humoriste François Bellefeuille.

La première a émergé grâce principalement à une pièce qu’elle a écrite et qui connaît un succès aussi fort qu’improbable. On parle ici évidemment de J’aime Hydro, pièce de théâtre documentaire d’une durée de quelque quatre heures qui a rempli les salles à travers la province dont deux fois la salle Thompson à Trois-Rivières. Elle sera d’ailleurs de retour dans le cadre d’une nouvelle tournée le 19 février 2019.

Notons en passant que la tournée de 2018 aurait pu être beaucoup plus importante si seulement l’horaire de Christine Beaulieu la comédienne l’avait permis. Trop sollicitée sur les planches autant qu’à la télévision, elle doit limiter les représentations de la pièce qu’elle a écrite. Un casse-tête qui témoigne non seulement de l’ampleur de sa popularité mais aussi de l’intensité de l’année 2018 qu’elle a connue.

Christine Beaulieu a émergé grâce principalement à la pièce J’aime Hydro.

Année riche en récompenses pour la dramaturge puisqu’elle est récipiendaire de plusieurs prix prestigieux: elle avait déjà en poche le Prix Michel-Tremblay du Centre des auteurs dramatiques pour le meilleur texte porté à la scène. Elle a été en nomination pour le Prix du gouverneur général 2018 en théâtre. Elle a remporté le Prix des nouvelles voix littéraires dans le cadre du Salon du livre de Trois-Rivières en plus de mériter le Prix Trois-Rivières sans frontière dans le cadre de la remise des Grands Prix culturels de Trois-Rivières.

Au théâtre, on a pu la voir dans Bilan, au TNM, dans Nyotaimori, au théâtre d’aujourd’hui, dans la Vie utile à l’Espace Go ainsi que dans La fureur de ce que je pense, qui l’a emmenée jusqu’à Madrid. À la télévision, même boulimie: Max et Livia, Les Simone, District 31 et Lâcher prise.

Dans le contexte, une nomination à titre de personnalité de l’année n’est en aucune façon une surprise. Pas même pour ses proches, comme sa sœur aînée Patricia, une réalisatrice télé elle-même très en demande. «À l’école, Christine était toujours une première de classe, se souvient-elle. Elle a eu la médaille du Gouverneur général en secondaire 5. Oui, c’est une excellente comédienne mais je voyais qu’elle pouvait aussi écrire, particulièrement dans ce style-là. Ça prenait un profil un peu journalistique et ça, elle l’a toujours eu en elle.»

La pièce aurait pu être didactique et aurait été très pertinente mais Christine Beaulieu a su lui insuffler une émotion qui explique son succès. «Pour Christine, c’était un plongeon dans le vide ce défi-là et elle y est allée avec son coeur. C’est ça qui est beau. Comme on dit qu’il faut écrire sur ce qu’on connaît, elle a choisi de parler d’elle à l’intérieur de la pièce et je pense que c’est vraiment ce qui a touché les gens.»

Très attachée à sa ville d’origine, au point d’avoir été porte-parole de Tourisme Trois-Rivières à l’été 2018, la comédienne et auteure l’est évidemment bien davantage aux siens à qui elle a pensé en écrivant sa pièce. «Elle nous envoie des lignes tout au long de la pièce, comme de petits messages d’amour. Peu importe où elle joue, elle pense à nous. D’avoir inclus notre père comme un des personnages de la pièce, ça nous a tous touché et lui, particulièrement. Il ne manque jamais une occasion d’assister à une représentation pour lui dire «Allô ma chouette!»»

«Je suis super contente de tout ce qui lui arrive, poursuit l’aînée de quatre filles. Comme comédienne, elle arrive à un âge où les rôles ne sont pas aussi nombreux pour les femmes et elle a cette chance d’aborder des personnages qui lui donnent de la matière. Elle les joue toujours avec passion et c’est sans doute une des raisons de son succès comme interprète.»

François Bellefeuille a décroché les deux honneurs suprêmes en 2018 en étant choisi humoriste de l’année par le public alors que les membres de l’industrie lui ont décerné le trophée du spectacle de l’année.

François Bellefeuille

L’année 2018 est celle de ce qu’on pourrait appeler la grande consécration pour François Bellefeuille. Le Trifluvien du quartier Normanville au parcours atypique a été plusieurs fois récompensé au Gala des Oliviers dans le passé mais il a décroché les deux honneurs suprêmes en 2018 en étant choisi humoriste de l’année par le public alors que les membres de l’industrie lui ont décerné le trophée du spectacle de l’année pour Le plus fort du monde, son deuxième solo. Les deux récompenses sont venues s’ajouter à deux Félix de l’ADISQ à titre de spectacle de l’année en humour et de scripteur de spectacle de l’année.

«C’est la combinaison du spectacle de l’année et de l’humoriste de l’année, un rare doublé, qui est notre grande fierté, clame Marilou Hainault, sa gérante depuis 2009 au sein du Groupe Phaneuf. Dans le passé, on avait gagné le prix du spectacle de l’année, mais jamais le combo. C’est formidable: c’est la tape dans le dos ultime.»

Arrivé tard en humour après avoir choisi la profession de vétérinaire, François Bellefeuille a rapidement imposé son personnage colérique auprès du public. En progression constante depuis ses toutes premières apparitions, 2018 a marqué un sommet de sa popularité. «Il a vendu quelque 150 000 billets de son spectacle au cours de l’année, ce qui est vraiment très exceptionnel. De son tout premier spectacle, il a vendu 300 000 billets ce que seulement cinq autres humoristes avaient réussi avant lui. Il profite d’une réelle cote d’amour auprès du public», convient sa partenaire d’affaires.

«La qualité de son premier spectacle a initié un bouche-à-oreille très positif dès le départ. Le deuxième spectacle est, à mon avis, avec une grande efficacité comique. Plus récemment, il a commencé à s’ouvrir comme individu à travers quelques émissions de télévision et ça a augmenté le capital de sympathie du public à son égard ce qui lui a valu une seconde vague d’amour.»

Phaneuf gère la carrière d’autres humoristes de haut niveau et Marilou Hainault dit qu’elle a découvert en François Bellefeuille la même dynamique, la même rigueur et le même profond désir de qualité qu’on retrouve chez Louis-José Houde, également dans l’écurie Phaneuf. «Il est très perfectionniste et exigeant envers lui-même. Il est extrêmement travaillant et ce ne sont pas des qualités qu’on retrouve partout. Moi, en tout cas, c’est quelque chose sur laquelle je mise.»

Est-ce que ça le rend difficile dans le contexte du boulot? «Pas du tout, au contraire, soutient-elle. C’est un gars d’équipe. Il reconnaît beaucoup la part des autres dans son propre succès. Ce que j’aime, c’est que c’est un bon leader mais il accepte volontiers les suggestions des autres.»

Arriver plus vieux dans le métier aura sans doute été pour lui un avantage. «Plus tu as vécu, plus les gens peuvent se retrouver dans ton propos d’humoriste. On le voit dans le spectacle alors que son personnage a beaucoup évolué: il est rendu avec une blonde, des enfants, ce qui est inspiré de sa propre vie. Ça a ouvert une grande diversité de sujets.»

«François est très intelligent, poursuit-elle. Il comprend très bien les mécanismes du rire. Il a travaillé fort pour trouver son véhicule comique: au moins deux ans juste pour élaborer son personnage de scène et il continue de le perfectionner. Il le module d’ailleurs beaucoup mieux maintenant. Il faut voir son nouveau spectacle pour constater qu’il ne crie pas autant qu’avant. C’est sa force, son intelligence qui l’emmène à améliorer son personnage. Il veut de plus en plus se rapprocher de lui, le vrai François Bellefeuille alors il atténue un peu les excès de son personnage qui s’emporte pour des choses anodines du quotidien. Il a réussi à nous captiver jusqu’ici et je ne doute pas qu’il va continuer encore longtemps parce qu’il est perfectionniste au point de se réécouter constamment longtemps après la fin du rodage, ce que peu d’autres humoristes font.»

À court terme, les projets ne manquent pas. Ses fans ne manqueront pas d’aller le voir sur Netflix pour un spécial qui va sortir dès minuit le 1er janvier. «On a bien hâte de voir ce que ça va créer et ça pourrait bien ouvrir des portes à l’international. On a déjà travaillé en France, on va retourner à New York. Il y a mille et un projets à venir comme l’écriture pour la télé qu’il n’a pas encore explorée. C’est vraiment très stimulant parce qu’il n’y a pas de limites.»