«On a apprivoisé la chose depuis et c’est ça qui est la plus belle évolution selon moi. Ce n’était pas rien, au départ, de coordonner tout ça», confie Richard Desjardins à propos de Desjardins symphonique.

Desjardins symphonique: Retrouver un vieux chum

TROIS-RIVIÈRES — La toute première fois que Richard Desjardins a entendu résonner les notes de sa chanson L’homme canon à travers les arrangements de Gilles Bellemare par un orchestre symphonique, il en est resté bouche bée. «On avait commencé la répétition avec cette pièce-là. C’est pas mêlant, je suis venu les yeux pleins d’eau et j’ai oublié de commencer à jouer».

Le chanteur s’esclaffe de rire en se rappelant ce souvenir, alors que Gilles Bellemare attendait impatiemment depuis plusieurs mois que le piano de Desjardins puisse enfin rencontrer la sonorité de l’orchestre. «Ça commençait plutôt mal, hein? Mais c’était envoûtant de les entendre, d’entendre ces cordes qui venaient jouer les notes. On aurait dit que je venais de me faire envelopper par un nuage de ouate», se souvient l’artiste.

Très attendu des mélomanes le 28 août prochain à l’Amphithéâtre Cogeco, Desjardins symphonique est en fait né d’une simple phrase que Richard Desjardins avait lancée en entrevue. «Je donnais une entrevue à la radio à Trois-Rivières, et j’ai dit ça, que j’aimerais bien un jour jouer avec un orchestre symphonique. Or, à ce moment-là, Gilles Bellemare était dans sa voiture et a tout entendu. Il m’a appelé peu de temps après pour me proposer de travailler ensemble et c’est devenu sérieux très rapidement», mentionne Richard Desjardins.

Encore aujourd’hui, après 15 ans et après avoir transporté ce concert un peu partout au Québec de même qu’en Europe, Richard Desjardins conserve la même admiration envers le travail de Gilles Bellemare. «Au début, je craignais ça un peu, j’avais peur qu’on arrive avec des arrangements qui seraient des collages d’accords prévisibles. Mais il (Bellemare) s’est accaparé ça. Cet homme a étudié la musique en Italie et ça paraît, car c’est tout en délicatesse, en nuances. Et il a tellement mis de temps là-dedans», reconnaît le chanteur, qui se souvient avoir beaucoup collaboré pour le choix des chansons, mais a laissé toute la latitude à maestro Bellemare pour les arrangements musicaux.

Même si les partitions n’ont pas bougé depuis 15 ans, Richard Desjardins est d’avis que l’œuvre a évolué pour le mieux, ne serait-ce que par son aisance et celle de Gilles Bellemare à jouer ensemble et à marier les notes et les entrées du chanteur aux interventions de l’orchestre. «On a apprivoisé la chose depuis et c’est ça qui est la plus belle évolution selon moi. Ce n’était pas rien, au départ, de coordonner tout ça. Et moi, je ne suis pas reconnu comme un musicien très fiable. Quand je joue avec mes musiciens, ils m’ont à l’œil pour s’assurer que je rentre aux bonnes places dans la chanson. Sauf que là, on ne dit pas trois fois à l’OSTR de recommencer», lance-t-il en éclatant de rire.

Richard Desjardins et Gilles Bellemare renoueront sur scène avec Desjardins symphonique le 28 août prochain à l’Amphithéâtre Cogeco.

Le stress de la première s’est donc estompé au fur et à mesure que les rencontres sur scène se sont multipliées, mais Richard Desjardins ne repasserait pas par tout ce processus. «C’est un énorme privilège, un cadeau dans une carrière que de pouvoir faire ça. Mais ça a été un long stress. En plus, la première fois que nous l’avons joué, on enregistrait pour un disque. Après le show, j’ai dû dormir pendant un mois tellement la pression est retombée. Aujourd’hui, je ne recommencerais pas, sachant tout ce que ça demande», confie-t-il, se disant par contre enchanté de pouvoir remonter sur scène avec celui qu’il considère désormais comme un ami et avec qui il n’a pas joué depuis près de huit ans.

«C’est comme retrouver un vieux chum, un ami. On a partagé beaucoup Gilles et moi, et en plus c’est un cuisinier hors pair», mentionne-t-il en riant. N’ayant jamais mis les pieds à l’Amphithéâtre Cogeco, Richard Desjardins dit cependant avoir été impressionné par le coup d’œil rendu par les photos de la salle, et reconnaît que l’emplacement a quelque chose de particulier lorsqu’on remet en perspective l’histoire de Trois-Rivières. «En plus, ce qui sera le fun, c’est que chacun des musiciens sera amplifié. Ça va rendre la sono encore plus intéressante», prévoit-il.

Outre deux représentations à Rouyn-Noranda la semaine prochaine sous la direction de Jacques Marchand, et qui affichent déjà complet, Desjardins symphonique ne sera joué qu’à Trois-Rivières cet été. Richard Desjardins se produira aussi avec son spectacle à lui à seulement deux endroits, soit les Îles-de-la-Madeleine et Saint-Pierre et Miquelon.

À 71 ans, serait-il ainsi de plus en plus en train de délaisser la scène? Non, assure Desjardins, mais en ce moment, son esprit est ailleurs. «Est-ce que je délaisse la scène? Sans doute que je vais y revenir plus intensément l’année prochaine, mais présentement je suis intéressé à autre chose», raconte celui qui prépare un documentaire sur la vie du compositeur Frédéric Chopin. Des scènes ont d’ailleurs déjà été tournées à Varsovie, son lieu de naissance, de même qu’en France où il a vécu une partie de sa vie. Intéressé à son côté secret et réservé, Richard Desjardins planche sur ce documentaire pour lequel il espère obtenir le financement nécessaire pour le terminer.

L’été 2020 pourrait bien le ramener sur les scènes du Québec avec son trio qu’il compose avec Claude Fradette et Karl Surprenant. «J’aimerais bien faire une petite tournée avec ces gars-là, on a du fun ensemble. Peut-être faire de plus petites scène et surtout aller à des places où je ne suis jamais allé encore», mentionne-t-il.

Mais en attendant, c’est un soir seulement qu’on le verra sur la scène de l’Amphithéâtre Cogeco, le 28 août, avec l’OSTR et son «vieux pote» Gilles Bellemare.