Rose-Marie Perrault

Des rôles comme des cadeaux

Trois-Rivières — Il y a deux ans à peine, Rose-Marie Perreault se retrouvait pour la première fois au générique d’un long métrage, Les démons, qui lui ouvrait la porte d’un nouveau monde. Son CV révèle aujourd’hui une liste de rôles que lui envieraient beaucoup de comédiens québécois nettement plus expérimentés. Elle joue même des rôles majeurs dans deux films qui sont présentement à l’affiche: Les faux tatouages et La Bolduc.

La Trifluvienne d’origine ne pourrait être plus heureuse de la tournure des choses. Non seulement a-t-elle travaillé beaucoup au cours des deux dernières années aussi bien à la télévision qu’au cinéma, mais, luxe ultime, on lui a offert des rôles très différents les uns des autres. Le lien entre Karine, dans Fugueuse, Myriam dans Mes petits malheurs ou Denise, la fille de La Bolduc ne saute pas aux yeux et Rose-Marie s’en réjouit au plus haut point.

«Présentement, laissait-elle entendre la semaine dernière en entrevue, je fais la promotion de deux films quasiment aux antipodes l’un de l’autre et j’y interprète des personnages tout aussi différents. J’adore ça.»

Au personnage très contemporain de Mag dans l’un, elle oppose celui de Denise, une jeune femme des années 30 qui rêve de cinéma. L’actrice a beaucoup aimé se plonger dans cette époque qui lui est parfaitement étrangère. «J’adore les films d’époque et j’ai énormément aimé jouer Denise. Sur le plateau, l’équipe a mis un tel soin à reconstituer le milieu du siècle dernier qu’on avait l’impression d’y être. C’est toute la magie du cinéma.»

La comédienne a été confrontée au défi de rendre crédible un personnage d’un autre temps. «J’ai travaillé sur certains détails qui n’en sont pas, finalement: j’ai adopté une façon de parler plus ancienne mais j’ai aussi mis de l’avant des attitudes différentes. Comme la façon de s’asseoir puisque les femmes de cette époque s’assoyaient souvent en croisant pudiquement les jambes. C’était quelque chose de très loin de moi et c’est ce que j’ai aimé. Je me suis même vue enceinte ce qui est vraiment très loin de ma réalité actuelle!»

Au-delà des postures physiques, la Trifluvienne d’origine a senti le besoin de rendre hommage à son personnage. «Je l’ai jouée à l’âge que j’ai maintenant alors qu’elle rêvait d’être actrice sans pouvoir y arriver. En l’incarnant, j’ai voulu lui donner la chance d’être cette actrice. Condamnée à être femme au foyer, elle avait déjà des idées féministes et je trouvais ça très intéressant. D’autant plus que c’est un combat qui, bien que différent, est encore d’actualité. À l’époque, une femme ne pouvait avoir son propre compte en banque ce qui n’a rien à voir avec 2018 mais en même temps, les femmes se battent toujours pour être payée le même salaire que les hommes.»

Le film a fait vivre à Rose-Marie Perreault une des facettes les plus gratifiantes du travail d’actrice. «Lors de la première montréalaise du film, à la Place des arts, je n’en avais pas été avertie mais quatre des cinq enfants de Denise Bolduc étaient présents. J’ai été très émue de les rencontrer, j’avais vraiment la gorge nouée. Mon travail d’interprète devenait soudainement quelque chose de très concret, de très incarné. J’ai réalisé avec beaucoup d’intensité que c’était une histoire vraie.»

«J’étais nerveuse de voir leur réaction. Je me doutais qu’ils seraient déçus parce qu’eux souhaitaient revoir leur mère à l’écran. Or, ça doit être difficile de voir quelqu’un d’autre à sa place. D’autant que je n’avais pas d’archives ou de documents pour me parler du personnage réel qui a été une femme au foyer discrète, finalement.»

«À la fin du film, ils sont venus me voir et ils étaient très heureux. Ils m’ont même dit qu’ils avaient revécu de beaux souvenirs en voyant le film. Ils m’ont parlé d’une scène forte en émotions et m’ont dit qu’elle aurait réagi exactement comme je l’avais imaginé. Ils disaient que j’avais son ton et sa verve. J’étais tellement contente qu’ils soient touchés par mon travail. Ç’a été une expérience humaine rare dans notre métier et tellement riche. C’est à un tout autre niveau que de simplement jouer.»

«On fait du cinéma pour que ce soit vu, que ça touche les gens et quand je suis allée à Berlin présenter Les faux tatouages, j’ai assisté à la réaction chaleureuse du public. Pour La Bolduc, on n’a eu que la première médiatique à Montréal mais déjà, je sens que ça va avoir un impact et que ça va susciter des émotions dans le cœur des Québécois. Même chez ceux qui ne la connaissent pas. Le film va plus loin que de faire le portrait d’une chanteuse, il raconte ce que c’était qu’être une femme à cette époque-là et ça, ça peut rejoindre tous les publics, qu’ils aiment ou pas La Bolduc

Forte de cette nouvelle expérience, la toute jeune comédienne continue son chemin à travers plusieurs projets dont certains particulièrement prestigieux. En juin, on la verra dans le dernier film de Denys Arcand, La chute de l’empire américain, dans Avant qu’on explose un peu plus tard et elle entreprendra son travail sur une série jeunesse pour la télé de même que dans un autre film, deux projets pour lesquels elle est tenue au silence. On n’a pourtant pas fini d’entendre parler d’elle.