Josette Villeneuve présente sa très jolie exposition Ligne de flottaison au Centre d’exposition Raymond-Lasnier, de la Maison de la culture de Trois-Rivières jusqu’au 15 mars.

Des nuances, des contrastes et des idées

TROIS-RIVIÈRES — Jusqu’au 15 mars, le Centre d’exposition Raymond-Lasnier présente les œuvres de l’artiste mauricienne Josette Villeneuve de même que celles d’une jeune artiste de Québec, Marie-Fauve Bélanger.

Avec Ligne de flottaison, Josette Villeneuve manifeste autant une profonde cohérence dans son travail qu’une évolution de celui-ci. Son exposition, fruit de son travail des deux dernières années, se décline en seize œuvres disposées dans deux espaces distincts pas tant par la présence d’un mur mais davantage par des approches nettement différentes de l’artiste bien que l’inspiration soit indubitablement la même. Derrière toute l’exposition, l’idée de l’eau avec ses dualités fondamentales. L’eau, aussi bienfaisante qu’elle peut être dangereuse, l’eau qui trace une frontière sur l’horizon, une ligne entre deux mondes: le visible qu’elle soutient et tout le mystère qu’elle cache en dessous.

En entrant dans la salle d’exposition, une première série d’œuvres de grands formats s’impose par l’homogénéité qui unit les six éléments de la portion que l’artiste a intitulé Swimming. Des corps de baigneurs dessinés en équilibre sur la ligne entre l’eau et l’air. Il en ressort une impression de plaisir simple, de bonheur. C’est le côté intime de l’artiste qui, par une vidéo, nous suggère les moments précieux d’une baignade dans un lac en famille, entre amis.

Dans une palette uniforme de bleus et de verts, elle confronte la représentation de l’eau au vide qui entoure la représentation et fait respirer le tableau. C’est joli, rassurant. L’eau est bonne.

De l’autre côté de la salle, une autre approche. Deux immenses œuvres sur papier font le lien avec la salle précédente par la prédominance du blanc, du vide, de l’infini. Deux paquebots renversés prennent la place des nageurs de la série précédente. La vision de Josette Villeneuve propose encore, mais autrement, la dualité de l’eau qui peut porter les bateaux vers leur destination comme les avaler.

Sept autres tableaux d’une même facture sont présentés dans cette salle. Encore des bateaux, mais des cargos cette fois. Pleins de conteneurs. Des structures massives, énormes, cartésiennes qui s’opposent complètement à la poésie de Swimming. Dans toute cette série, très attrayante au demeurant, la géométrie s’impose. Les rectangles des conteneurs empilés sur des bateaux présentés sous divers angles. C’est l’économie mondialisée qui utilise les propriétés des flots pour nourrir son appétit gargantuesque. Les toiles sont chargées, saturées, grouillantes.

Josette Villeneuve, encore inspirée par une idée absolument formidable qui a marqué sa création au cours des vingt dernières années, a repris les étiquettes de vêtements comme base de travail. Des étiquettes réelles, glanées un peu partout et cousues sur une surface qu’elle a ensuite photographiée et réduite pour en faire le fond de ses tableaux. Des étiquettes de vêtements en provenance d’un peu partout sur la planète, forcément, symbole très expressif à la fois de surconsommation et de mondialisation. Dans ses œuvres d’il y a quelques années, il sautait aux yeux. À ce stade-ci de son évolution, l’artiste appuie moins sur la métaphore qui demeure pourtant la base de toute cette série. On ne la distingue même plus à moins de scruter le tableau. Tout comme le consommateur en nous est aveugle à tout ce qu’il faut de ressources, humaines et matérielles, pour fabriquer ce que nous achetons machinalement. Ici, on ne voit que ces gros navires joufflus transportant une cargaison colorée.

L’œuvre de la Shawiniganaise est pleine de subtilités et c’est ce qui lui donne tant de charme. Quelle que soit son approche, ses œuvres sont toutes très attrayantes sans pour cela être vides de sens. Un propos très pertinent soutient cette joliesse. Josette Villeneuve ne crie pas, elle propose, en beauté, avec tact. Si ce n’est pour deux toiles de cette série, intitulée Périple au long cours, qui exposent le naufrage d’un cargo terrassé par une tempête. Un accident inexorable, peut-être; quand on tire abusivement profit de ce que l’eau nous consent, est-on condamné à s’y abîmer?

Voilà vraiment une très jolie exposition que je ne peux que vous inciter chaleureusement à aller voir. Un riche moment de plaisir.

Et tant qu’à y être, ne manquez surtout pas d’aller jeter un coup d’œil à l’exposition, d’une tout autre facture, de Marie-Fauve Bélanger. Résolument moderne, innovatrice, la jeune artiste de Québec propose des sculptures quelque peu déstabilisantes. Elle crée des formes inédites grâce à l’utilisation de matériaux incongrus qu’elle arrive à marier dans un ensemble futuriste, beau et étrange. Une habile utilisation de la technologie dans une approche unique et tout à fait étonnante.

On ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit là d’une artiste qui va s’imposer dans les années à venir. Vous pourrez vous vanter d’avoir connu son travail avant qu’elle soit célèbre.