Katrine Winter, assistante-gérante à la Librairie Poirier.
Katrine Winter, assistante-gérante à la Librairie Poirier.

Des librairies qui s’en sortent bien

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — On a l’impression que la pandémie de COVID-19 a tout saccagé sur son passage dans le monde de la culture, laissant un secteur économique exsangue. En consultant les représentantes de deux librairies indépendantes de la région, on constate que le portrait d’ensemble est beaucoup plus nuancé.

À la librairie Poirier, l’assistante-gérante Katrine Winter indique que dans les deux succursales, situées à Trois-Rivières et Shawinigan, les affaires vont très bien. «L’achalandage est très bon et je dirais même qu’il est supérieur présentement à ce qu’on connaissait à la même période dans les années antérieures.»

«La pandémie nous a forcés à prendre des précautions particulières pour les livraisons vers les institutions. En les redirigeant à l’arrière de la librairie, on a désengorgé l’entrée principale de sorte que les clients sont plus à l’aise de venir bouquiner. Ils ne sentent pas l’effet habituel de la rentrée et n’ont aucune crainte par rapport aux mesures sanitaires. On fait vraiment des grosses journées ces temps-ci.»

Globalement, les ventes sont en hausse par rapport aux années antérieures aussi bien du côté de la caisse du magasin que pour les ventes en ligne. «Les ventes en ligne sont nettement moins fortes présentement qu’au plus fort du confinement, mais elles demeurent plus élevées qu’avant la COVID.» Il semble que les clients se prévalent tout autant du service de livraison à domicile que de la réservation en ligne pour une cueillette au magasin.

«Ce qu’on remarque, poursuit Katrine Winter, c’est que les transactions sont plus grosses qu’avant, de sorte que les gens reviennent moins souvent en magasin et globalement, on a des chiffres de vente plus importants. Ça se maintient d’ailleurs depuis quelques mois et on ne voit pas d’indice que ça puisse ralentir dans les semaines à venir.» La tendance se confirme aussi bien pour les succursales de Shawinigan que de Trois-Rivières même si celle de Shawinigan a été fermée un peu plus longtemps que la trifluvienne au plus fort de la crise. Pendant quelques semaines, à partir de la mi-mars, les deux boutiques étaient fermées au public et toutes les commandes en ligne ont été traitées à Trois-Rivières.

À la lumière de ces ventes encourageantes, peut-on parler d’un effet COVID? «J’ai l’impression que la crise a fait prendre conscience aux gens à quel point le livre est accessible : on peut lire n’importe où, n’importe quand et quand on a besoin de se changer les idées, c’est précieux.»

Audrey Martel, copropriétaire de la librairie l’Exèdre.

Ce qu’on observe à la Librairie Poirier se confirme également à la librairie l’Exèdre du boulevard du Saint-Maurice. «Les affaires vont super bien, soutient Audrey Martel, copropriétaire du commerce. La clientèle en magasin a augmenté et on continue de vendre beaucoup sur le Web. De plus, la rentrée littéraire à l’automne constitue toujours un moment de fort achalandage.»

«On craignait un peu que la crise de la COVID ait un effet négatif sur l’offre de nouveaux titres mais ce n’est pas le cas: l’offre est bonne et les gens achètent davantage. Ça fait bizarre à dire mais on dirait qu’on fait un peu partie des gagnants dans ce contexte de crise.»

«Forcés de rester à la maison, j’ai l’impression que les gens ont redécouvert le plaisir de la lecture. Et comme ils ont moins voyagé en vacances, ils ont peut-être pris du temps pour se changer les idées à travers les livres.»

La librairie a fermé ses portes entre mars et la fin mai mais la période a marqué une augmentation de ses ventes en ligne qui se répercute encore maintenant. «On avait choisi de diminuer les heures d’ouverture avant même le confinement officiel par conscience sociale, si on veut, explique la copropriétaire. Oui, les ventes en ligne ont pris de l’ampleur mais avec notamment les redevances à la coopérative qui assure la gestion du site web et les frais d’envoi, c’est loin d’être l’équivalent d’une vente en magasin. Aussi, quand les institutions scolaires et bibliothèques ont fermé leurs portes, c’est une grosse partie de notre chiffre d’affaires qui a diminué.»

«Par contre, je dirais que les ventes en ligne nous ont beaucoup aidés pour la notoriété : on voit présentement beaucoup de nouveaux clients en librairie. La crise nous a aussi amenés à développer de nouvelles façons de réfléchir et de faire les choses plus efficacement dont certaines vont demeurer dans l’avenir.»

Par ailleurs, la libraire n’exclut pas que le principe de l’achat local, beaucoup évoqué depuis mars, a pu avoir un impact. «Il y a peut-être un mouvement qui nous est favorable par une volonté d’acheter local et de faire affaire avec des commerces de proximité. Sans compter que dans le contexte, les gens ont peut-être senti que le livre n’est pas quelque chose de superflu, que c’est une valeur sûre, intemporelle, un objet qu’ils peuvent conserver, relire à volonté et que ça fait du bien.»

Avec le retour en classe, la portion institutionnelle des ventes a repris de la vigueur, ce qui contribue à la bonne marche du commerce. «Disons que ça nous tient présentement très occupées. Sans avoir consulté les chiffres, je dirais qu’on fait aussi bien sinon mieux que par les années passées. Comme à l’Exèdre, on n’a pas un modèle de développement basé sur une croissance à tout prix, les choses se présentent vraiment très bien pour nous.»