C’est dans un décor d’une ampleur exceptionnelle et avec une énorme distribution que les Nouveaux Compagnons lancent leur saison du centenaire dès jeudi alors qu’ils présentent L’aventure de l’Espadon.

Démesure pour lancer une saison d’exception

TROIS-RIVIÈRES — Le Théâtre des Nouveaux Compagnons célébrera ses 100 ans d’existence en 2020 et la saison théâtrale concoctée pour la circonstance est marquée par des événements comme en fait foi la toute première pièce au programme: L’aventure de l’Espadon.

Il convient de parler d’événement parce que non seulement la pièce de Stéphane Hogue n’a jamais été montée ici mais elle implique un déploiement d’une ampleur jamais vue dans la région. Imaginez une distribution comptant pas moins de 38 comédiens avec un décor d’une dimension que le metteur en scène Martin Malenfant estime inédite dans la région.

Tout cela au service d’un divertissement certes léger à bien des égards mais néanmoins porteur d’un message qui ne manquera pas d’interpeller les spectateurs promet le meneur de jeu. La pièce plonge les spectateurs dans le tournage d’une téléréalité située sur un bateau de croisière. Comme il est de mise dans ce genre d’émission, elle réunit une imposante brochette de personnages plus grands que nature impliqués dans une intrigue susceptible de captiver les spectateurs mais qui pourrait aussi mener à la ruine de la série elle-même.

«C’est une satire de téléréalité qui tourne tellement mal qu’elle risque de signer la fin de la télévision telle qu’on la connaît, explique Martin Malenfant qui en est à sa deuxième mise en scène avec le TNC. Je pense que c’est très d’actualité parce qu’on voit de plus en plus de ces téléréalités et qu’elles sont de plus en plus audacieuses. Or, celle-ci dépasse tout ce qu’on a pu voir dans le genre et c’est vraiment cette démesure qui m’a attirée. Je suis un grand amateur de théâtre absurde alors, c’est vraiment venu me chercher.»

Ce professeur de théâtre à l’école secondaire Chavigny s’est même permis une certaine intervention sur le texte. «J’y ai rajouté une dose de ma propre folie et mon goût pour l’absurde. Évidemment j’ai fait les modifications avec l’accord de l’auteur mais il reste que je me suis beaucoup amusé à typer les personnages à l’extrême, à les rendre plus fous qu’ils avaient été écrits au départ. Je dirais même que j’ai mélangé plusieurs genres théâtraux.»

On imagine un joyeux délire qui a tout pour être réjouissant. Or, cette bonne humeur ne vient pas, selon le metteur en scène, atténuer la portée de l’œuvre. «Le propos demeure très fort et les bouts où il est présenté de façon plus explicite, je les ai conservés justement pour m’assurer que le message atteigne sa cible. La question de savoir jusqu’où on peut aller avec la télévision demeure primordiale et il ne fait aucun doute que les spectateurs vont être interpellés. Une part de ce contenu m’appartient d’ailleurs personnellement. Je trouve que les téléréalités poussent constamment les limites de l’acceptable dans un objectif de générer à tout prix de grosses cotes d’écoute. On ne conserve des interactions des protagonistes que les bouts les plus croustillants, quitte à les modifier pour que le public demeure en haleine. À mes yeux, il n’y a rien de moins réel qu’une téléréalité!»

Cette préoccupation quant au message empêche Malenfant de parler de la pièce comme d’une pure comédie. «Je la vois davantage comme une comédie dramatique. Bien que la pièce soit une grosse comédie, le message est si puissant qu’il amène un questionnement qui reste dans la tête et ça donne de la texture au tout. Les spectateurs ne pourront pas passer à côté du message.»

Le tout sera porté par un contingent pour le moins impressionnant. «En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu quelque chose de cette ampleur dans la région tant pour ce qui est de la distribution que pour le décor conçu pour que les spectateurs aient l’impression d’assister au tournage de l’émission de télé.»

On devine qu’il n’a pas dû être simple de coordonner cette cohorte. «Il ne faut pas oublier que je suis professeur de théâtre au secondaire, spécifie le maître d’œuvre. Je suis habitué de mener des groupes de plus de trente adolescents en même temps. En fait, je monte habituellement des productions avec tous ces jeunes sans avoir d’aide alors, c’était un luxe que d’avoir un coup de main. J’ai touché à tous les aspects de la production en comptant sur l’assistance de Samuel Fortin et sur l’expertise et l’aide de quelques personnes en fin de parcours.»

La moitié de son imposante distribution est composée de nouveaux venus et pourtant, au début de la semaine, Martin Malenfant se montrait pleinement confiant en son produit, sachant que les derniers détails seraient peaufinés avec les ultimes répétitions menant à la première de jeudi. Il souligne notamment le travail de Laurie Pleau, qui occupe une place centrale dans la distribution tout comme le vétéran Adamo Ionata. On retrouve aussi des vétérans de la scène locale comme Éric Ahern ou Carolle Lafrance. «Des piliers», comme il le dit lui-même.

«Ce qui est sûr, poursuit-il, c’est que le public va beaucoup s’amuser mais il n’aura pas l’impression de ne rien en retirer.»

La pièce, d’une durée de quelque 135 minutes avec entracte, sera la première à être présentée selon le nouvel horaire des Nouveaux Compagnons: les pièces en soirée débutent à 19 h 30. Les représentations auront lieu à la salle Anaïs-Allard-Rousseau les 7, 8, 9, 14 et 15 novembre à 19 h 30, le 10 novembre à 14 h et le 16 novembre à 16 h. Pour ce qui est de la réservation des billets, elle peut se faire par l’intermédiaire de la billetterie de la salle Thompson ou via le site culture3r.com.