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Denis Charland
Denis Charland

Décès de Denis Charland : «C’était un grand bonhomme»

Kim Alarie
Kim Alarie
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — L’annonce du décès de Denis Charland a créé une vague de tristesse dans la communauté artistique de la région. La nouvelle a été annoncée par sa fille, Eveline, sur sa page Facebook lundi matin. Atteint de la maladie d’Alzheimer, il a contracté la COVID-19 qui l’a emporté la journée de la Saint-Valentin.

Les projets d’envergure menés par Denis Charland dans le milieu artistique sont nombreux. Artiste en arts visuels reconnu, il a, entre autres, travaillé à l’essor de la revue Le Sabord fondée par Jean Laprise et Guy Marchamps.

«C’était un grand bonhomme», lance M. Marchamps au téléphone lorsqu’il a été invité à parler de son ami qu’il a connu dans les années 80. «C’est Jean qui a recruté Denis pour qu’il s’occupe du côté visuel. On peut dire que si Le Sabord s’est beaucoup amélioré, c’est grâce à Denis. Il avait vraiment le pif pour tout ce qui est visuel. Il a ajouté de la couleur, le papier glacé et, grâce à lui, c’est devenu la belle revue qui se poursuit aujourd’hui.»

La revue dont le numéro 117 sortira en mars poursuit, en effet, son effervescence. «C’est Denis Charland qui lui a conféré son statut unique. C’est la seule revue au Canada à présenter à la fois la création visuelle et littéraire et c’est grâce à lui. Il est l’âme du Sabord», souligne l’équipe du Sabord par la voix de sa porte-parole Karine Bouchard, directrice artistique de la revue.

«C’est également grâce à lui que la revue est devenue une maison d’édition. Il y a plusieurs auteurs de la Mauricie et d’ailleurs qui y ont publié leurs œuvres et tout ça continue! Ce sont des graines qui ont été semées et il a aidé à les faire pousser», renchérit Guy Marchamps qui a eu la chance aussi de travailler sur des projets artistiques avec son ami de longue date. «Il aimait la poésie. On a fait des projets ensemble dont un de mes livres, Sédiments de l’amnésie, paru au Noroît en 1988, pour lequel il avait réalisé les illustrations.»

Il cite également d’autres exemples, comme cette fois où, lors de la préparation d’une exposition qui devait se tenir à l’Atelier Presse Papier au début des années 90, Denis Charland a été frappé par l’image des amoureux de Sarajevo, fusillés alors qu’ils tentaient de s’enfuir.

«Denis a passé la nuit à la galerie et il a dessiné sur un grand mur la photo des deux amants couchés. Sur un autre mur, c’était, en grandeur carte postale, tous les amoureux de l’histoire de Roméo et Juliette en passant par Abélard et Héloise, etc. Au pied d’un autre mur, de la petite roche, de la garnotte, et une tablette avec un cierge. Quand je suis rentré là, ça m’a vraiment donné un coup de voir ces deux personnes qui fuyaient la guerre et qui se sont fait tuer, c’était très triste. En sortant, j’étais très ébranlé et c’est à ce moment que j’ai écrit le poème Les amants de Sarajevo», raconte Guy Marchamps avec beaucoup d’émotion. «Encore une fois, Denis avait joué beaucoup dans ma création.»

C’est d’ailleurs cet exemple qu’il a choisi pour rendre hommage à Denis Charland sur sa page Facebook.

«C’était tellement triste de le voir diminuer de semaine en semaine. C’était un gars très actif et un intellectuel vif. C’est justement sa vivacité qui s’en allait tranquillement et c’était vraiment triste», confie Guy Marchamps au sujet de la maladie qui ne cessait de gagner du terrain.

«Je vais retenir qu’il était attentif aux autres, dynamique et qu’il avait des idées et qu’il était capable de mener ses idées à terme. Il faisait l’action, il ne faisait pas qu’en parler. Il était très engagé», conclut M. Marchamps.

C’est également cet engagement que souligne Jo Ann Lanneville. «Il avait une vision politique de la culture», raconte celle qui se trouvait aux côtés de Denis Charland et de Guy Langevin lors de la présentation d’un mémoire au Salon rouge de l’Assemblée nationale lors de consultations culturelles qui s’y tenaient en 1991. «On avait débattu de nos idées et ç’avait été impressionnant. De pouvoir prendre part à une décision politique, ce n’est pas donné à tout le monde mais il avait cette capacité là de voir plus loin que le bout de son nez.»

Celle qui a été étudiante durant les premières années d’enseignement de Denis Charland au département des arts à l’UQTR a continué de le côtoyer après ses études notamment lors de la fondation de l’Atelier Presse Papier.

«J’admirais beaucoup son côté visionnaire et entrepreneur. Il regardait loin en avant. J’admirais sa générosité. Au Sabord et dans ses projets, il a beaucoup mis en valeur le travail des artistes en arts visuels, auteurs et poètes. Il était capable de faire le lien entre les deux très facilement. C’était un directeur artistique et littéraire et ce n’est pas tout le monde qui est capable d’assumer ces deux chapeaux. Il était en pleine possession de ses moyens», expose Mme Lanneville. «Il était rassembleur. C’était quelqu’un d’exceptionnel. C’est vraiment une grosse, grosse perte pour le milieu et pas juste à Trois-Rivières. Il était connu au niveau national et international et beaucoup de gens vont pleurer sa perte aujourd’hui.»

Denis Charland a également participé à la création du Musée des arts et traditions populaires qui est désormais le Musée Pop et collaboré au développement du Conseil québécois de l’estampe. Il a aussi signé huit œuvres intégrées à l’architecture que l’on peut admirer notamment au Cégep de Trois-Rivières et à l’Université du Québec à Trois-Rivières. 

Culture Mauricie a également réagi au décès de l’artiste en arts visuels qui était membre honoraire de l’organisme. « Denis Charland a contribué de manière significative au développement d’une vision contemporaine de la création en Mauricie. Il a su maintenir la présence des artistes et écrivains de notre région au cœur de ses démarches éditoriales. C’est une grande perte pour tout le milieu culturel», a souligné la présidente Sandie Letendre par voie de communiqué.