Le tableau L'Apothéose de saint Paul ou Le Ravissement de saint Paul, a été décroché d'un mur de la cathédrale de Trois-Rivières pour être transporté au Musée national des beaux-arts du Québec.

De la cathédrale au musée

Une opération plutôt rare s'est déroulée jeudi matin à la cathédrale de Trois-Rivières, alors qu'on a procédé au décrochage d'une toile ornant un de ses murs.
Le tableau L'Apothéose de saint Paul ou Le Ravissement de saint Paul a été emprunté par le Musée national des beaux-arts du Québec pour faire partie de l'exposition Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins, qui y tiendra l'affiche cet été.
Les tableaux en question ont toute une histoire, justement, et celui de Trois-Rivières ne fait pas exception. Il s'agit en fait d'une copie réalisée par Joseph Légaré d'une oeuvre du peintre italien Giacinto Calandrucci, détruite dans l'incendie de la basilique-cathédrale de Québec en 1922. Mais son histoire remonte à encore plus loin, et passe par les soins des frères Jean-Louis et Louis-Joseph Desjardins, qui ont récupéré des tableaux saisis pendant la Révolution française.
«Les tableaux Desjardins, ce sont des tableaux des églises de France en général, et de Paris en particulier, exécutés aux 17e et 18e siècles par de grands artistes. Au moment de la Révolution française, les tableaux des églises de France ont été spoliés par les révolutionnaires et rassemblés dans une sorte de grand entrepôt. Une partie de ces oeuvres a servi de base pour créer le Musée du Louvre», explique Daniel Drouin, conservateur de l'art ancien et co-commissaire de l'exposition au Musée national des beaux-arts du Québec.
D'autres de ces tableaux non retenus par le Louvre ont été mis en vente. Quant aux frères Desjardins, ce sont deux prêtres français qui ont rejeté la France post-Révolution et ont choisi de s'expatrier à Québec pour accomplir leur sacerdoce.
«Ils ont été aumôniers des Ursulines et des Augustines à Québec. L'un des deux abbés est retourné en France en 1802. Il avait eu connaissance que la population du Bas-Canada croissait, qu'il y avait de plus en plus d'églises, mais qu'il n'y avait pas d'oeuvres pour les garnir», continue M. Drouin. 
«Une fois retourné en France, il a entendu parler de ces oeuvres religieuses qui étaient à vendre et en a acquis un lot; le premier lot est arrivé à Québec en 1817. Il y avait près de 120 tableaux», précise-t-il en parlant de ces oeuvres qui ont traversé l'Atlantique pour venir orner les murs d'églises et de chapelles du Bas-Canada, alors colonie de l'Amérique du nord britannique.
Parmi ces tableaux arrivés en 1817 se trouvait Le Ravissement de saint Paul, de Calandrucci, qui vécut de 1646 à 1707. L'oeuvre a été acquise par la fabrique Notre-Dame-de-Québec et était dans la basilique-cathédrale de Québec le 22 décembre 1922 lors de l'incendie qui a détruit l'église et son contenu.
Le peintre québécois Joseph Légaré, qui a vécu de 1795 à 1855, avait effectué une copie de la toile de Calendrucci, copie commandée en 1822 pour l'église de l'Immaculée-Conception de Trois-Rivières.
Cédée en 1909 à l'église Saint-Philippe à la suite de l'incendie de la première église en 1908, elle a été transférée à la cathédrale en 2014. Il s'agit d'une huile sur toile de 220 cm par 150 cm, dont le sujet est tiré de la deuxième épître aux Corinthiens, où l'apôtre Paul raconte avoir été transporté au troisième ciel, et avoir entendu des paroles indéfinissables.
«La seule façon qu'on a aujourd'hui de pouvoir admirer l'oeuvre originale, c'est à travers le chef-d'oeuvre de Joseph Légaré», affirme Daniel Drouin en parlant de la copie qui fera partie de l'exposition prévue au Musée national des beaux-arts du Québec du 15 juin au 4 septembre 2017. Il faut dire que la copie d'oeuvres avait son importance, à l'époque, puisqu'avant l'apparition de la photographie, les copies garantissaient parfois la pérennité d'oeuvres détruites par des incendies ou d'autres causes.
«En 2017, nous soulignons le bicentenaire de l'arrivée au Québec des tableaux Desjardins. À l'origine il y avait 200 tableaux et aujourd'hui il en reste 94. Dans ce lot, on en a sélectionné une quarantaine qui ont été restaurés au cours des dernières années et qui seront exposés à Québec, puis au Musée des beaux-arts de Rennes, en France, notre partenaire», conclut Daniel Drouin.