Avec Le nouveau matériel, David Goudreault signe son dernier album studio, souhaitant désormais se consacrer à son métier d’écrivain, sans pour autant renoncer complètement à la scène. Il prépare en ce moment un livre jeunesse aux éditions D’eux, qui devrait paraître en 2021.
Avec Le nouveau matériel, David Goudreault signe son dernier album studio, souhaitant désormais se consacrer à son métier d’écrivain, sans pour autant renoncer complètement à la scène. Il prépare en ce moment un livre jeunesse aux éditions D’eux, qui devrait paraître en 2021.

David Goudreault : L’humain comme matière [VIDÉO]

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
« J’ai vraiment choisi le pire moment pour lancer un album! » commente d’emblée David Goudreault en éclatant de rire, à propos du Nouveau matériel, son quatrième disque, publiquement propulsé le 4 décembre. Mais parce qu’il considère que cet opus musical sera son dernier, qu’il n’a pas l’intention de l’emmener sur scène et qu’il souhaite désormais se consacrer à son métier d’écrivain, l’auteur-slameur-poète-etc. est parfaitement en paix avec cette décision.

« Si ma motivation était de partir en tournée de spectacles, ce serait très mal venu de faire paraître ce disque maintenant, en pleine pandémie, dans un format qui, selon moi, achève. Mais je me soucie très peu des enjeux de l’industrie. Je n’ai attendu aucune subvention. J’ai même pensé carrément baptiser le CD Le dernier album, car c’est véritablement un chant du cygne quant à mes projets de disques en studio. »

David Goudreault avait donc de tout autres motifs pour créer ce gravé qu’il a coproduit et coréalisé avec Manu Militari, en plus de s’être adjoint de précieux collaborateurs tels Louis-Jean Cormier, Florence K, Ariane Moffatt et Luce Dufault, venus poser leur voix sur quelques plages. Objectif premier : enterrer la mauvaise expérience de La faute au silence (2014).

« Ça s’était passé plus mal que bien. La qualité de l’album était très bonne, mais une de mes insatisfactions est que j’avais reçu une bourse pour la commercialisation et que ça s’est très peu fait. On a échappé une belle occasion de donner une résonance au disque. Et même si le travail de réalisation par mon ami Jipé Dalpé était très bien, la sonorité me ressemblait un peu moins. J’ai donc eu envie de piloter le projet, d’avoir les coudées franches et de réaliser moi-même. En cours de route, mon ami Manu Militari m’a offert non seulement de profiter de son expérience comme coréalisateur, mais aussi d’endisquer avec sa nouvelle étiquette. »

David Goudreault endosse ainsi le cliché que le chemin a été plus important que la destination. « Le processus m’a enchanté. Je l’ai vécu comme un trip d’amis en studio. Je me suis placé en situation de redécouverte et j’ai beaucoup appris. C’est l’album qui me ressemble le plus, j’en suis tellement heureux que j’aurais presque envie de le donner. Je vais le chérir longtemps, car il est rempli d’amitiés. »

Fable des matières

Assis entre rap, slam et spoken word, Le nouveau matériel se compose de chansons essentiellement déclamées, « qui vont dans tous les sens, mais sans se perdre », résume David Goudreault. Les thèmes sont en effet multiples : maladie mentale (Mental malade avec Florence K), démence (Mémoires avec Luce Dufault), intimidation (La victime de trop), rêves d’émancipation (Grands départs avec Manu Militari)…

« J’ai voulu nommer, au plus près de la réalité, ce que les gens vivent, non pas être celui qui propose des solutions. Parfois, c’est suffisant, comme traitement, de se sentir reconnu. Du moins, c’est ce que j’entends de personnes intimidées, souffrant de problèmes de santé mentale ou entourant des proches en pertes cognitives », explique celui chez qui le travail social, son premier métier, semble être devenu une seconde nature, dans sa façon de constamment se mettre à la place des autres, le plus souvent ceux qui l’ont moins facile.

Pleurer des soleils, créée avec Louis-Jean Cormier (qui a accepté de slamer, pendant que David se laissait convaincre de chanter le refrain), est un salut aux femmes qui « rentrent dans le tas ».

« Ce n’est pas une réponse au mouvement de dénonciation, mais un hommage à celles qui, malgré tout, ouvrent la voie et brassent la cage, ne s’en laissent pas imposer et nous confrontent. Je l’ai écrite en pensant à plusieurs femmes qui, en étant fortes, font ressortir le meilleur de moi-même. »

On pourrait aussi ajouter, comme fil conducteur de plusieurs textes, la quête de soi et d’absolu. « D’accueillir qui l’on est et d’être soi-même, précise-t-il. Il y a une chanson où je m’adresse à mon fils [Avril], où je lui dis que ce n’est pas facile et qu’il faut accepter cette difficulté d’atteindre le meilleur de soi. Il y a la même idée dans le premier poème, Être été : je ne serai rien d’autre que moi-même. Et pour moi, c’est la quête d’une vie. »

« C’est aussi un album qui parle beaucoup de soifs, entre autres dans la pièce-titre avec Ariane Moffatt, sur cette idée de se créer des envies à travers le regard des autres, lequel est devenu constant à cause des réseaux sociaux, suffisamment pour nous laisser l’impression de ne jamais être assez, de devoir chercher toujours plus d’amour, de reconnaissance, de relations… Alors, oui, il y a cette quête de l’inaccessible étoile de Brel, mais avec l’idée qu’être soi-même devrait être suffisant. »

« C’est un album qui est très près de moi, de ce que je suis et de ce que je vis, avec plusieurs chansons où c’est moi, le "je", et où je mets mes tripes et ma vulnérabilité sur la table, ajoute David. Comparativement à l’écriture romanesque, où je revendique le droit à la fiction, je trouve que l’écriture poétique est plus viscérale, plus personnelle, donc je suis beaucoup plus présent dans cet album que je le suis dans mes romans. »

DAVID GOUDREAULT, Le nouveau matériel, SLAM RAP FRANCO, Grande Plume, Sortie le 4 décembre

Discographie

2009  Moins que liens

2011  À]pprofon[Dire

2014  La faute au silence

2020  Le nouveau matériel