Après 25 ans à bâtir un événement-phare dans le monde de la danse au Canada, Claire Mayer est prête à tirer sa révérence avec le sentiment du devoir pleinement accompli.

Danse encore: une dernière en apothéose pour Claire Mayer

TROIS-RIVIÈRES — Si la 25e édition du Festival international de Danse Encore devait se résumer en un seul mot, il faudrait parler de fête. Une énorme fête. Comme le couronnement de ce que sa directrice générale et artistique Claire Mayer a travaillé à implanter depuis la création de l’événement. Et c’est peut-être là sa plus admirable réussite.

Elle a toujours voulu que le grand public de la région s’approprie la danse non pas comme une pure forme d’art impressionnante de rigueur et de beauté mais également comme une célébration de la vie dans ce qu’elle a de plus inspirant.

Ainsi s’expliquent certaines nouveautés de 2019 comme la grande parade illuminée dans les rues du centre-ville et, aussi, les deux représentations du gala qui réunira plus d’une quinzaine de numéros plutôt que les cinq qu’on présentait au cours des éditions antérieures et qui provoquaient immanquablement les cris d’un public comblé. «Ce qui est merveilleux, c’est qu’en rendant le gala encore plus accessible au grand public, on ne perd rien en valeur artistique, évalue la grande dame de la danse. Cette édition, j’y pense depuis longtemps et, aujourd’hui, je peux affirmer qu’elle va être à la hauteur de mon imagination qui est pourtant foisonnante!»

La programmatrice en elle s’empresse d’ailleurs de préciser un élément: «Les gens ont l’impression qu’ils devront choisir entre assister au gala du vendredi ou à la parade illuminée. Pas du tout! On a justement conçu la programmation pour qu’on puisse faire les deux. Les gens vont sortir du gala et assister à la parade qui va débuter juste après. On veut leur offrir le maximum.»

Cette accessibilité ne se fait pas au détriment de la qualité. Claire Mayer aurait été incapable de ce sacrifice. C’est pourquoi la grande Louise Lecavalier est au programme des galas. «Un 25e sans Louise Lecavalier aurait été envisageable mais ça m’aurait fait de la peine, commente candidement la directrice générale. Sa seule présence est un gage de prestige mais c’est surtout un plaisir pour moi de l’accueillir. Elle ne fait pratiquement jamais de numéro dans le cadre d’un gala mais quand on le lui a demandé, sa réponse a été: “Pour Claire, je vais le faire.“»

À travers les années et de nombreux voyages, Claire Mayer a établi des contacts privilégiés avec des artistes d’exception à travers le monde. Des amis qui sont venus à son événement, ce qui a cimenté encore davantage les liens. «C’est vrai que l’aspect humain joue un rôle puisque la plupart des artistes qui reviennent à Danse Encore d’année en année le font à cause de la complicité qu’on a établie. Ils sont prêts à sacrifier d’autres choses pour venir chez nous parce qu’ils aiment l’événement et se sentent bien ici. Pour moi, c’est riche parce que ça me nourrit aussi comme personne.»

«Par contre, jamais je n’ai invité de danseurs dont je n’admirais pas totalement le travail. Bien sûr, ça correspond à mes goûts personnels mais j’ai des exigences. Les gens des Ballets Jazz de Montréal qui vont faire Suzanne, ce sont des interprètes au sommet de leur art. Pareil pour les danseurs de Still Motion que Stacey Tookey va emmener, Jason Samuels Smith en tap dance ou encore Yoherlandy Garcia qu’on a vu à l’émission Révolution. Quand je vois des interprètes comme ça sur scène, tout ce que j’arrive à leur dire, c’est: merci! Je pense également à Rakatan ou Micompania: j’ai beaucoup d’admiration pour ces artistes-là. Beaucoup.»

La sagesse

Ce foisonnement de talent, de beauté, de magie qui constitue la programmation du 25e anniversaire du FIDE est le résultat de 25 ans de travail, d’efforts, d’investissements émotifs et financiers, de découragements et de moments de grâce. C’est un aboutissement. À tel point que l’entrepreneure culturelle stressée et exigeante qu’est Claire Mayer est même arrivée à un niveau de sagesse insoupçonné. «J’ai fini par faire la paix avec moi-même. Si j’ai des activités qui ne fonctionnent pas, peu importe la raison, peu importe s’il pleut des cordes aux heures névralgiques, je peux garantir que je vais avoir tout fait pour que ça fonctionne. Au delà de ça, ça relève du destin. Mais avec autant de grands projets que cette année, il y a forcément beaucoup d’inconnus.»

Un exemple lui vient en tête: quelque chose que le spectateur ne peut imaginer. «Le déroulement du gala! Ça fait des mois que j’y pense. J’ai l’embarras du choix et ça complique les choses. Plusieurs compagnies nous font une fleur en créant quelque chose spécifiquement pour notre événement. Je me fie à eux et je sais que ça va être bon. Par contre, il faut savoir à partir de bien peu d’éléments où placer tel numéro dans le déroulement de la soirée pour le mettre en valeur et créer un effet maximal. Tu places Louise Lecavalier où dans un gala pour la mettre en valeur avec son style si particulier?»

«L’an dernier, j’ai changé le déroulement du tout au tout entre la représentation du vendredi et celle du samedi. Je n’avais pas dormi de la nuit parce que je pensais à ça. Ça a transformé la dynamique et ç’a été un gros succès. Pacing is everything!»

C’est sûr que ces galas vont constituer des moments forts non seulement de l’édition mais de l’histoire du festival. Que dire cependant des spectacles extérieurs dont cette interprétation du dernier mouvement de la Neuvième symphonie de Beethoven par les interprètes de ProArteDanza avec effets pyrotechniques au parc portuaire le samedi en fin de soirée? Ou la grande parade illuminée mettant en vedette tous les événements touristiques estivaux de la région? «La parade va illuminer non seulement les participants mais la foule qui va suivre aussi. Les images vont être vraiment fortes. Moi, ce que je veux de cette soirée-là, c’est que ce soit une immense soirée de fête un peu à l’image du Carnaval de Rio mais à plus petite échelle, évidemment. Avec Rakatan qui va accueillir le public au parc portuaire au terme du parcours, ça a tout le potentiel pour être une très grosse fête.»

«On parle de Rakatan, évidemment, alors qu’on oublie que la soirée va débuter avec le méga party zumba qui est un moment fort du festival depuis plusieurs années et qui devient un élément presque banal de la programmation. C’est fou!»

Claire Mayer l’a annoncé officiellement en recevant son Grand Prix de la culture de Trois-Rivières: elle en est à sa dernière édition comme maître d’œuvre. Les années passent et l’énergie qu’exigent la mise en place d’un événement de cette ampleur et la création constante de nouveautés est plus difficile à générer. Après tant d’efforts, elle souhaite évidemment voir certaines attractions durer au delà de son propre mandat. «Juste le travail qu’implique de rassembler tous les événements touristiques estivaux, la promo qu’on fait autour de ça, c’est énorme. Tu ne fais pas tout ça pour une seule année: j’espère que ça va continuer. On va regarder comment ça va se passer mais j’espère que c’est là pour rester.»

«Je vais faire une autre année pour assurer la transition avec la nouvelle direction. En même temps, je veux laisser la place à de nouvelles idées. Je quitte de mon propre chef, c’est ma décision et je suis en paix. Je suis prête à laisser aller l’événement vers ce que d’autres voudront en faire. Je souhaite simplement que l’ambiance qu’on a créée et qui est absolument unique dans le monde de la danse, demeure. Il y a une connexion humaine comme nulle part ailleurs au FIDE. Pas seulement entre les danseurs et le public, bien que ce soit le cas, mais entre les danseurs également. Ça fait désormais partie de l’événement et les artistes y sont très sensibles. Ça, je ne veux pas que ça se perde.»