Louise Lecavalier et la compagnie des Fous Glorieux

Danse Encore: quatre battements de coeur

Le Festival international de Danse Encore est, pour sa directrice générale et fondatrice, une affaire de coeur de bout en bout et depuis la création de l'événement il y a 23 ans. Cela n'empêche pas Claire Mayer d'avoir ses coups de coeur plus spécifiques à chaque nouvelle édition. En voici quatre qu'elle retient pour cette année, au terme d'une très douloureuse démarche puisque s'il n'en tenait qu'elle, tous les participants seraient classés comme des coups de coeur.
1 - Les spectacles de danse contemporaine
Si le FIDE se veut rassembleur et une occasion de démocratiser la danse au maximum, il reste que la dg attend chaque année avec fébrilité les deux spectacles de danse contemporaine qui régaleront les amateurs à la salle Anaïs-Allard-Rousseau. Le premier, le vendredi 9 juin, c'est celui de Fous Glorieux, la compagnie de la très grande Louise Lecavalier. «Pour moi, plaide Claire Mayer, Louise est l'artiste par excellence, l'artiste avec un grand A. Elle voudrait revenir au Festival chaque année qu'elle y aurait à chaque fois sa place. Elle est sacrée chez nous, rien de moins. Que peut-on dire de plus sur elle qui n'a pas encore été dit?»
«Avec Louise Lecavalier, on le sait: dès le moment où elle pose ses pieds sur scène, elle est à 100 %, entière, elle se donne complètement et ne lâche pas un seul instant pendant une heure. Peu importe ce qu'elle fait, le spectateur se sent avec elle, carrément.»
«Dans le cas de ProArteDanza, de Toronto, qui présentera le spectacle du samedi soir, la compagnie est venue plusieurs fois au festival, et jamais, au grand jamais, on n'a été déçus. La compagnie monte un tout nouveau spectacle à chaque année et pour celui de cette année, Fearful Symmetries and Diversions les critiques ont été unanimes: il est exceptionnel. C'est un très grand cru.»
«Si des gens n'ont jamais vu ProArte Danza, c'est le temps. Ils sont à un sommet dans leur art. Le spectacle est présenté en deux parties: la première est une chorégraphie de Roberto Campanella et la seconde est de l'autre directeur artistique: Robert Glumbek. Roberto Campanella va présenter une animation entre les deux parties parce que les deux chorégraphies sont tellement exigeantes physiquement que les interprètes ont absolument besoin d'une pause. On ne parle pas de danse théâtre ici: c'est excessivement athlétique.»
«ProArteDanza a une signature chorégraphique que, personnellement, j'adore. Je peux le dire: de toutes les compagnies contemporaines qui sont venues au festival depuis les débuts, les deux qu'on présente cette année dans les spectacles de danse contemporaine sont mes préférées.» Il est vrai que les deux compagnies partagent une vision très athlétique de la danse mais ce n'est pas dans l'idée d'exploiter un thème que Claire Mayer les a réunies. «C'est surtout parce que je les aime, rigole-t-elle, et ça adonne qu'elles étaient toutes les deux disponibles en même temps.»
«Non seulement, c'est de la danse athlétique, mais c'est aussi très physique. Moi, j'aime le senti. J'aime quand les spectateurs sortent des spectacles contemporains pour se rendre au gala et que ça leur prend du temps avant d'être capables d'apprécier le gala. Quand ils restent hantés par ce qu'ils viennent de vivre.»
«C'est toujours le cas aussi bien pour Louise Lecavalier que pour ProArteDanza même si les deux spectacles sont très différents. ProArte vient vous chercher tout autant mais d'une façon différente. Il y a bien sûr d'autres compagnies qui me touchent plus esthétiquement, par exemple, mais aucune de ne m'emmène là où ProArte arrive à m'entraîner.»
«Il ne faut pas oublier que Roberto Campanella est passé par le Ballet National et qu'il a encore certains liens étroits avec l'institution de sorte que la compagnie peut aller chercher certains des meilleurs danseurs au pays. C'est un gage de qualité. J'apprécie au plus haut point des 605 Collective ou Rubberbandance et je veux les voir poursuivre leur démarche mais ici, on parle de chorégraphes, et d'interprètes parfaitement matures, au sommet.»
2- Aainjaa
«J'ai super hâte de les accueillir. Ils vont être à l'extérieur sur la grande scène: ils vont venir accompagner nos deux gros partys extérieurs. Ils sont tellement cool! On est chanceux de les avoir parce qu'ils sont très en demande partout dans le monde. Ils s'en vont à Barcelone immédiatement après notre événement.»
On sait que les gens ont beaucoup accroché sur SAMAJAM l'an dernier et avec raison mais je sais qu'ils vont accrocher autant sinon plus à Aainjaa. C'est I-M-P-O-S-S-I-B-L-E de rester indifférent à leurs numéros. Que les gens aillent sur Youtube voir leurs vidéos. Dès qu'on les voit débarquer dans la rue, on comprend immédiatement leur succès.»
«C'est le même genre de vibe que Samajam mais c'est beaucoup plus physique parce que ce n'est pas seulement des percussions mais c'est de la danse également. Par ailleurs, la technique des artistes aux percussions est extraordinaire. En plus, ils sont tout aussi sympathiques que Samajam et les gens vont les adorer. Ils sont treize sur scène et ils donnent un show fantastique. On va les voir autant dans la rue que sur scène lors des deux gros partys. C'est à ne pas manquer.»
3- Le gala
Voilà un choix passablement évident de la part de la directrice artistique. «Le gala, ce n'est pas compliqué, ce ne sont que des coups de coeur qui se succèdent un après l'autre. Que ce soit le grand numéro de Tap Dance incluant plusieurs surprises, le Hip Hop de Quest Crew, Stacey Cookie, une Canadienne protégée de Mia Michaels ou alors Step Afrika! - a-t-on encore besoin de les présenter?- c'est du bonbon du début à la fin.»
4- L'hommage à Vincent Warren
«Vincent va être avec nous pour le gala du samedi et on va faire quelque chose de spécial. Ça va se faire par l'intermédiaire de l'Alberta Ballet. Ils ont choisi des extraits du film Un homme de danse, consacré à Vincent et le directeur artistique Jean Grand-Maître a conçu une chorégraphie pour l'événement. Je peux d'ores et déjà vous dire que non seulement ça va être beau et bon, mais ça va aussi être touchant.»
«Il faut préciser que Jean Grand-Maître doit énormément à Vincent Warren. Ce dernier, il faut le rappeler, a été premier danseur des Grands Ballets canadiens et a marqué la compagnie. C'est aussi quelqu'un de très généreux qui a été le mentor de Jean Grand-Maître à qui il a enseigné les secrets de sa spécialité: le pas de deux.»
«Jean, qui a énormément accompli avec le Alberta Ballet, a conservé plus que du respect pour Vincent Warren: il le vénère et l'aime d'amour. J'ai très hâte de vivre cet hommage-là. Surtout que Vincent ne sait presque rien de tout ça. Il sait seulement qu'il va y avoir un numéro qui va lui être dédié lors du gala.»
Le lendemain après-midi, 15 h 30, Vincent Warren va assister à la projection du documentaire Un homme de danse réalisé par Marie Brodeur et il va faire une animation après la projection. «On s'est assuré que les jeunes qui participent à des compétitions viennent assister à la projection du film parce que c'est important que les jeunes sachent tout ce que cet homme a fait pour la danse. Et on tient aussi à lui rendre, à notre façon, un bel hommage.»
L'homme occupe une place privilégiée dans l'histoire même du Festival international de Danse Encore. «Il a été le premier à reconnaître la pertinence de notre festival, reconnaît Claire Mayer. On le sait, il est une autorité incontestée dans le milieu de la danse montréalaise où, en 1995, il n'était question que de danse contemporaine. Moi, à l'époque, je voulais d'un événement qui mettent toutes sortes de styles en valeur. Vincent, quand il a vu ce que nous faisions ici, a dit ouvertement que le Québec avait besoin d'un événement semblable. Il nous a donné une crédibilité; on lui doit une fière chandelle.»
«On a rendu des hommages à d'autres grands de la danse dans le cadre du FIDE et ces hommages, c'est toujours avec Vincent que je les préparais parce qu'il est la mémoire de la danse au Québec avec son immense et précieuse bibliothèque. Il vient d'obtenir la médaille du Conseil des arts et des lettres du Québec et tout le monde dans le milieu a dit qu'il était plus que temps que ça arrive. Mais ce qui est dommage, c'est qu'il n'a pas fait l'objet d'un hommage majeur à Montréal. Ça tient peut-être à son humilité. C'est un véritable gentilhomme qui s'est toujours consacré à mettre les autres en valeur et à travers tout ça, il a été un peu oublié. Donc, l'hommage va venir donner une touche vraiment particulière au gala du samedi qui est déjà de très, très haut niveau.»