Dans une classe à part

TROIS-RIVIÈRES — On comprend très rapidement dès les premières scènes pourquoi des millions de personnes ont vu et acclamé Notre-Dame de Paris à travers le monde. C’est la quintessence du spectacle populaire, conçu pour plaire au plus grand nombre sans pour cela faire de compromis sur la qualité.

Tout dans ce spectacle manifeste la maturité. La mise en scène est extraordinaire d’efficacité inventive. À ce stade-ci de sa vie, le spectacle est si bien rodé qu’il n’échappe pas le moindre temps mort. Les scènes se succèdent à un rythme si efficace que c’est tout juste si les spectateurs ont le temps de manifester leur enthousiasme au terme de certains des plus forts numéros.

On dira ce qu’on voudra de Luc Plamondon, la plus grande force de Notre-Dame de Paris demeure sans contredit la mise en scène de Gilles Maheu. Totalement brillante. Il tire par toutes sortes d’astuces le meilleur de chaque scène. Un simple duo comme Beau comme le soleil, qui n’implique que les deux interprètes féminines, occupe toute l’immense scène par la magie d’éclairages savants, d’un décor astucieux à plusieurs dimensions.

Dans la peau de l’envoûtante Esméralda, Hiba Tawaji est superbe et distille un charme irrésistible.

Une très grande partie de la magie du spectacle, parce qu’il y en a assurément une, tient à l’intelligence de la mise en scène qui compte beaucoup sur la danse pour dynamiser la narration. Comme tous les aspects de la production, les chorégraphies sont spectaculaires, entraînantes sans jamais être mièvres.

La seule portion à laquelle je n’ai pas adhéré ce sont les scènes de prison où le décor prend une allure très moderne et que les personnages danseurs traversent les siècles. Si les anachronismes qu’on retrouvait dans des scènes précédentes donnaient un simple côté baroque à la production, cette partie m’a quelque peu déconcerté.

Le sombre et mystérieux Frollo est incarné avec beaucoup de conviction par un Daniel Lavoie en grande forme.

Mais c’est bien la seule réserve qu’on peut avoir pour ce superbe spectacle.

Évidemment, il y a les interprètes dominés par une Hiba Tawaji qui incarne une Esméralda envoûtante. Elle pourrait n’être que belle, ce serait déjà pas mal, mais elle a un charme véritable qui nous fait comprendre dans notre chair l’amour qu’elle suscite chez tous les protagonistes masculins. Au demeurant, elle chante admirablement et avec une facilité déconcertante.

Daniel Lavoie est second dans mon esprit quant à la qualité de l’interprétation. Parce qu’il est totalement dans son rôle, avec le malaise propre à son personnage. Il chante lui aussi de façon très naturelle et arrive à rendre avec beaucoup d’intensité la souffrance de Frollo devant le désir qui le consume et qui, comme il le chante, va le détruire. De la même façon qu’aucun détail ne cloche dans toute la production, aucun des chanteurs n’apparaît plus faible que les autres. Tous sont à tout le moins très compétents même s’ils ne transcendent pas tous le rôle qu’on leur offre. Martin Giroux apparaît un peu rigide dans la peau de Phoebus, mais on ne peut en aucune façon dire qu’il ne rend pas bien le personnage.

On avait un regard particulier pour Valérie Carpentier qui s’est montrée solide en Fleur de Lys. D’abord ingénue, puis vengeresse, elle a adopté les intentions avec aplomb. Petite dernière à joindre la distribution, l’actrice en elle n’était peut-être pas détendue, mais vocalement, on ne peut vraiment rien lui reprocher. Plusieurs chansons restent en tête au moment de quitter la salle et chacun a probablement son moment de grâce. Le Danse mon Esmérada de Quasimodo arrache évidemment des frissons.

La mise en scène de la chanson est absolument magnifique et troublante de beauté solennelle. On retient aussi Belle, forcément, Le temps des cathédrales ou La fête des fous pour le dynamisme de la danse. Tant de moments forts restent dans la tête qu’il est cruel d’en nommer.

Que dire sinon que c’est un spectacle populaire magnifique qui justifie pleinement le prix élevé des billets.

C’est un moment marquant de la courte histoire de l’Amphithéâtre Cogeco, rien de moins.