L'écrivaine trifluvienne Anne-Marie Couturier présente le troisième tome de sa trilogie consacrée à l'histoire de sa famille avec la publication de Dans le regard de Flavie Plourde publié aux Éditions David.

Dans le regard de Flavie Plourde: une femme pour clore la trilogie

Sa trilogie consacrée à la famille Plourde est aujourd'hui complétée puisque l'écrivaine trifluvienne Anne-Marie Couturier vient de publier son troisième roman intitulé Dans le regard de Flavie Pourde aux Éditions David.
Après s'être intéressée à l'arrivée de la famille Plourde en Nouvelle-France dans le premier tome et à son installation dans la région de Madawaska dans le second, l'écrivaine a, cette fois, porté son regard sur un personnage féminin né avec le XXe siècle. Une femme forte qui a dû lutter contre un destin ingrat au cours de sa vie mais qui a su en tirer le meilleur grâce à son indomptable courage. Ce personnage qui symbolise la venue de la modernité dans le Québec du XXe siècle était particulièrement cher au coeur de sa créatrice puisqu'il lui a été inspiré par sa propre mère à qui elle rend ainsi un hommage bien senti. 
Dans la rigueur qui caractérise son travail au long de cette trilogie à saveur historique, Anne-Marie Couturier a continué de mélanger faits historiques vérifiés et licence d'auteure mais elle avoue cette fois s'être davantage abandonnée à ses pulsions créatrices pour en faire un roman plus intimiste que les deux précédents. D'où la nécessité pour elle de donner à son héroïne un autre prénom que celui de sa mère, Félicité. «Il m'est devenu nécessaire de lui donner un autre prénom parce que toute cette histoire était trop près de moi, confie-t-elle. Mais c'est aussi ce qui donne à l'ouvrage une saveur intimiste que les deux précédents tomes n'avaient pas. Il reste que les faits que je relate sont à peu près tous réels mais je me suis gardé une part d'invention comme le village où j'ai fait naître Flavie, par exemple. La plupart des événements importants de sa vie m'ont été racontés par des gens qui ont connu ma mère et qui venaient ajouter à ce que je savais déjà d'elle.»
La femme qu'elle dessine est exceptionnellement volontaire, sensible et avant-gardiste. Ainsi, Anne-Marie Couturier l'a imaginée très inspirée par le mouvement naissant des suffragettes et profondément troublée par la misère qui l'entourait, plus particulièrement pendant la crise économique des années 30 qui a été si cruelle envers les gens souvent peu nantis du Madawaska . «La pauvreté était partout autour d'elle, même si sa propre famille ne s'en est pas trop mal tirée. Je relate les actes de charité auxquels elle se livrait comme les repas offerts à ce qu'on appelait les «bums de tracks», ces pauvres hommes sans emploi qui vivaient de mendicité. J'ai moi-même eu connaissance que maman demandait à ma soeur d'aller les chercher pour qu'on leur donne à manger.»
Pour ce qui est d'être avant-gardiste, la Flavie de ce troisième roman l'est assurément puisqu'on la découvre précurseur du don d'organe dans les années 60. Dans les faits réels, Félicité a bel et bien été la toute première au Nouveau-Brunswick à donner ses yeux au moment de son décès, permettant ainsi à deux personnes de recouvrer la vue. L'auteure a effectué une recherche qui a duré deux ans pour s'assurer de la véracité de l'épisode confirmé finalement par une lettre officielle de la présidente de l'Institut national des aveugles. «Ç'a été une recherche très complexe parce qu'à cette époque, la chose n'était pas publique comme aujourd'hui. Je soupçonne qu'elle a été la première à donner ses yeux dans tout l'est du Canada mais la recherche pour les autres provinces que le Nouveau-Brunswick aurait été trop longue et fastidieuse de sorte que je me contente de l'affirmer pour le Nouveau-Brunswick, ce dont j'ai la preuve.»
L'écrivaine a elle-même été étonnée par le parcours exceptionnel de sa mère. «Elle a eu une vie exceptionnelle, plus que je ne l'imaginais. J'ai tenu à explorer non seulement le parcours lui-même mais son vécu émotif et ça m'a procuré un grand plaisir. C'est certainement le roman que j'ai eu le plus de plaisir à écrire.» Pourtant, Flavie Plourde a connu plus que son lot de misère, forcée par le destin à reprendre sa vie à partir de rien, et plus d'une fois, mais toujours animée de cette confiance qu'avec l'effort et la volonté, on peut se relever de tout. 
«J'ai beaucoup aimé écrire sur les figures masculines qui ont assuré l'installation de ma famille en Nouvelle-France puis son essor dans le Madawaska. J'ai franchement eu l'impression de comprendre ces hommes, ce qu'ils étaient et ce qu'ils ont vécu. Par contre, ce même sentiment était nettement plus fort cette fois avec mon personnage féminin. Je me suis donné une base suffisamment rigoureuse pour avoir toute l'assurance nécessaire pour me permettre certaines envolées plus émotives qui m'ont comblée comme écrivaine.»