Célane Dodier Côté et Louis-Étienne Villeneuve portent sur leurs épaules le huis-clos de la pièce Danny et les flots bleus de l’océan que présente le Théâtre des Nouveaux Compagnons à la salle Louis-Philippe-Poisson de la Maison de la culture du 24 au 27 janvier.

«Danny et les flots bleus de l'océan»: la parole pour soigner les blessures

TROIS-RIVIÈRES — Les amateurs de théâtre ont vu Ève Lisée à maintes reprises en tant qu’interprète sur les planches trifluviennes depuis plusieurs années et ils seront sans doute heureux de savoir qu’elle a effectué le grand saut vers la mise en scène pour la pièce Danny et les flots bleus de l’océan que présente le Théâtre des Nouveaux Compagnons les 24, 25, 26 et 27 janvier à la salle Louis-Philipe-Poisson de la Maison de la culture.

La comédienne avoue d’ailleurs que même si l’idée de se lancer dans la mise en scène lui trottait en tête depuis un certain temps, c’est la pièce elle-même qui l’a convaincue de passer à l’acte. «C’est une pièce que j’avais travaillée en atelier de jeu à Montréal en 2015 et qui est toujours demeurée dans mon esprit comme une œuvre extraordinaire. Dans le cadre de la soirée découverte des Nouveaux Compagnons en 2016, j’en ai monté une portion d’une quinzaine de minutes. Les commentaires avaient été bons et j‘ai aimé l’expérience en me disant qu’un jour, j’aimerais bien la monter au complet. Je la connais tellement sous toutes ses coutures que je me sentais en confiance de l’aborder. Je n’aurais pas voulu monter un Molière avec une vingtaine de comédiens pour ma première expérience à la mise en scène!»

Elle s’est donc sentie à la hauteur du défi en sachant qu’elle pourrait compter sur deux interprètes de fort calibre pour mener à bien l’aventure. «C’est une pièce au propos dur bien qu’elle ne soit pas constamment lourde avec deux jeunes adultes qui apprennent à se connaître. Or, Célane (Dodier Côté) et Louis-Étienne (Villeneuve) se connaissent bien. Ce sont deux pointures en tant que comédiens et je savais que j’avais absolument besoin de ce niveau de qualité. D’ailleurs, au début du projet, je voyais des interprètes plus âgés dans ces rôles et j’ai travaillé dans ce sens-là pour comprendre en cours de route que c’était plus juste de rester dans la fourchette d’âge que propose le texte: les deux personnages sont à la fin de la vingtaine. Leurs propos ne conviennent pas aussi bien à des interprètes plus âgés.»

«J’avais Célane sur ma courte liste des comédiennes que je voyais dans le rôle et pareil pour Louis-Étienne mais quand Célane a accepté le rôle, toutes les deux on a immédiatement pensé à Louis-Étienne pour lui donner la réplique. Ça me prenait deux excellents interprètes avec de l’expérience et je les ai trouvés. C’est un drame intense qui va loin dans l’exploration des émotions et notamment dans la colère. C’est le seul aspect que je n’avais pas vu de la part de Louis-Étienne dans ses rôles précédents. Quand on a répété, il m’a carrément jetée à terre!»

La pièce de l’Américain John Patrick Shanley dont on a pu voir Le doute au TGP l’année dernière, met en scène deux jeunes adultes paumés qui se trouvent dans un bar miteux. Les deux sont meurtris et se reconnaissent l’un dans l’autre. C’est à travers le dialogue qui s’installe entre ce que la metteure en scène appelle «deux oiseaux blessés» qu’ils s’apprivoisent mutuellement mais aussi leurs propres émotions, ce qui passe par une forte colère, stigmate de blessures profondes.

«Ce sont deux êtres qui sont non seulement blessés mais qui n’en ont jamais parlé, explique Ève Lisée. Juste s’exprimer leur fait du bien, comme quoi la communication peut venir à bout de bien des choses. Ils sont d’abord sur leurs gardes et se lancent des flèches empoisonnées mais la montée de cette colère finit par les apaiser. Ils se rendent finalement compte qu’ensemble, ils peuvent se sauver.»

Amoureuse de ce texte, elle soutient que le public pourra se reconnaître au moins un peu dans ces deux personnages qui finissent, dans leur touchante vérité, à être attachants. «Il y a un crescendo émotionnel dans la première partie de la pièce mais j’ai cherché à y mettre des nuances et aussi à insister sur l’humour qui naît de leur difficulté à s’exprimer. Ça permet de respirer un peu. Mais au-delà de la colère qui monte, il y a un apaisement et des vagues d’émotions différentes. Ce n’est pas toujours lourd. Le défi, à mes yeux, c’est de rendre ces deux personnages attachants parce que ce sont deux belles personnes au-delà de leurs blessures.»

Ève Lisée tenait à présenter Danny et les flots bleus de l’océan dans la petite salle Louis-Philippe-Poisson pour accentuer l’effet de huis clos et des émotions parfois étouffantes que ressentent les protagonistes. «J’ai un décor minimaliste et j’ai même limité beaucoup la musique. Pour moi qui suis musicienne, ç’a été un vrai dilemme mais j’ai compris que pour servir cette pièce, il fallait que tout passe par le jeu des interprètes. La musique vient soutenir à certains moments, mais jamais pour nous détourner de l’essentiel. On a analysé chacune des répliques, littéralement, pour en saisir toutes les nuances. C’est un texte très fort.»

La pièce n’est pas très longue avec ses 75 minutes sans entracte et ne sera présentée que quatre fois. Ce sera à 20 h pour les représentations de jeudi, vendredi et samedi et elle sera reprise pour une dernière fois le dimanche, à 14 h. Les billets sont disponibles par l’intermédiaire de la billetterie de la salle Thompson ou sur cultur3r.com.