Les quatorze danseurs des Ballets Jazz de Montréal ont livré une performance admirable sur la vaste scène de l’Amphithéâtre Cogeco.

Dance Me: émotion pleine grandeur

TROIS-RIVIÈRES — C’était un créneau inexploré dans la courte histoire de l’Amphithéâtre Cogeco et une proposition fort intéressante des Ballets Jazz de Montréal. Dance Me n’a pas déçu et a brisé la glace d’éblouissante façon.

Il faut mentionner que la production était forgée par des dizaines de représentations offertes ici comme à l’étranger. L’évolution a fait son œuvre de belle façon.

S’il était permis de se demander comment la danse allait habiter ce vaste espace conquis maintes fois par le Cirque du Soleil, les doutes se sont vite évanouis dans la brise provenant du fleuve.

L’immensité de la scène n’a jamais étouffé l’émotion habilement traduite par les danseurs de la troupe. Quatorze athlètes en pleine possession de leurs moyens et en pleine maîtrise du produit.

Dans ce décor généralement dominé par le noir et vivifié par des éclairages absolument spectaculaires, la poésie de Cohen était portée par les superbes chorégraphies d’Andonis Foniadakis, Annabelle Lopez Ochoa et Ihsan Rustem. Le tout ficelé de main de maître par Éric Jean, le metteur en scène.

Prenons juste un instant pour jaser de l’éclairage. Sans vouloir en faire trop, il y avait juste ce qu’il faut de magie dans les faisceaux provenant tantôt du haut, mais surtout des côtés de la scène. Les effets de contre-jour offraient des tableaux contrastant avec les moments plus sombres dans une valse envoûtante.

Le spectacle parsemé de succès et de pièces moins connues de Leonard Cohen a permis aux spectateurs de savourer de véritables bijoux. Notamment la pièce Suzanne qui épousait à merveille le pas de deux qui portait, avec sobriété, une puissante charge poétique.

Le moment fort du spectacle est sans doute le numéro des cubes. En toute délicatesse, une des danseuses traverse la scène sur des structures cubiques qui s’illuminent dès qu’elle y pose le pied. C’est à ce moment qu’on a la forte impression que la poésie de Cohen rencontre le génie chorégraphique. Cette introduction à Tower of song est magnifique. Juste magnifique. Un moment de grâce.

Avec ce crescendo, on se surprend à penser, à ce moment précis du spectacle, qu’Hallelujah sera probablement le point d’orgue et que ce sera à couper le souffle.

Si la sobriété a généralement bien servi le spectacle, elle aura un peu noyé la fin. On a confié à deux interprètes la lourde tâche de chanter ce grand succès dans une immobilité déstabilisante. Après avoir été ému par la traduction gestuelle des œuvres de Cohen, on en aurait pris plus.

Ceci étant dit, il est maintenant possible d’imaginer ce créneau artistique dans cet espace intimidant par sa dimension. La grandeur de la scène n’est pas un obstacle infranchissable pour ce type de spectacle. Reste à voir si l’appétit des spectateurs est suffisant pour l’immensité de la salle.