Le monologue trouve toute sa valeur dans les Contes à rebours dont la deuxième mouture trifluvienne, Filles en séries, est présentée jusqu'à dimanche à la Maison de la culture. Sur la photo: Andréanne Cossette dans le conte L'enveloppe, de Marc-André Dowd.

Contes à rebours: du théâtre très réjouissant

La deuxième mouture des Contes à rebours, Filles en série, est venue confirmer ce que la première édition de l'an dernier avait suggéré à savoir qu'il s'agit là d'une irrésistible formule de spectacle qui mérite sa place propre dans la programmation annuelle du théâtre trifluvien.
Alors que le public se fait de plus en plus tirer l'oreille pour assister à du théâtre local, voici un peu de fraîcheur susceptible de redonner aux gens le goût d'une bonne soirée au théâtre.
Avec Filles en série, Cindy Rousseau a réuni six textes d'une quinzaine de minutes chacun. Six contes contemporains très différents par le style, le sujet, la forme. Six monologues, c'est vrai, mais portés par des souffles si différents qui font qu'on ne s'ennuie à aucun moment et qu'on ne repasse jamais dans les traces d'un autre. Et puis, si un texte nous plaît moins, il ne dure que quinze minutes.
Je ne suggère pas qu'un texte était plus faible que les autres. Les auteurs, tous Trifluviens d'origine, sont tous au niveau. Très différents, et c'est bien là un des plaisirs de la soirée, mais tous captivants. Pendant toute la représentation, on s'étonne d'un tel étalage de talent réparti avec équité entre les auteurs et les interprètes.
En y allant pour six textes au lieu des sept de l'an dernier, Cindy Rousseau a aussi rendu la forme encore plus digeste. En 90 minutes, tout est bouclé. On économise sur la gardienne.
Les auteurs, on le sait, ont eu carte blanche. Pas deux ne sont allés dans la même direction. On est presque toujours dans l'intime, forcément; le monologue s'y prête. Certains le font à travers une écriture vive et nettement ponctuée d'autres pas. Sébastien Dulude s'offre un numéro de bravoure avec son conte tout en tendresse et en nuances.
D'un autre côté, avec La grande Julie, Marjolaine Arcand tranche d'avec les autres avec sa caricature jouissive de la vie de village et des personnages qui l'habitent. Benoît Drouin-Germain, dans Karine, plonge aussi dans l'humour, mais plus grinçant. Les deux textes sont excellents et offrent un répit à travers d'autres nettement plus chargés d'émotions. 
Cela dit, on n'a jamais l'impression d'un trop-plein. Les auteurs ont été habiles et ont su doser. 
Il faut également souligner le travail d'appariement effectué à la mise en scène. Chaque histoire trouve une juste interprète. Chantale Rivard est savoureuse de truculence pour soutenir la fantaisie de Marjolaine Arcand. On ne voit pas qui, mieux que Rollande Lambert, aurait su interpréter la dame de La caresse des impudents d'Étienne Bergeron avec son délicat mélange de vulnérabilité et d'audace. Elle incarne habilement des émotions pas évidentes à déchiffrer. Alexandrine Piché-Cyr, pour sa part, offre un numéro mémorable dans la peau de la très singulière Karine.
Voilà une des grandes forces de la formule: on nous présente six contes mais douze visions. Les émotions ne sont pas que celles des auteurs: il est manifeste que les interprètes ont les leurs, presque indépendantes du texte.
D'autres comédiennes auraient fait un tout autre spectacle qui aurait sans doute été tout aussi réjouissant. Les textes sont assez forts pour ouvrir différentes avenues orientées dans une même direction. 
Il n'y avait que la moitié des sièges occupés dans la salle de 70 personnes mercredi soir. C'est vrai que ce n'est pas soir de théâtre à la Maison de la culture habituellement. On ne peut que souhaiter des salles combles pour les quatre autres représentations qui s'étaleront jusqu'à dimanche - en après-midi pour la dernière- inclusivement. C'est un très agréable moment de théâtre.