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L’écologiste acoustique Gordon Hempton cherche à enregistrer la musique naturelle de la Terre. Il est un des intervenants fascinants du documentaire Comme une vague.
L’écologiste acoustique Gordon Hempton cherche à enregistrer la musique naturelle de la Terre. Il est un des intervenants fascinants du documentaire Comme une vague.

Comme une vague: plus qu’un film, une expérience

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
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Le documentaire est trop peu présent sur nos grands écrans. On ne peut donc que se réjouir du passage de Comme une vague, de la Québécoise Marie-Julie Dallaire au programme des cinémas Fleur-de-Lys de Trois-Rivières. L’œuvre est, en outre, un objet singulier: hommage à la musique, exploration de la nature fondamentale de ces sons que la perception humaine rend harmonieux et qui procurent du plaisir.

Le sujet est fascinant et Comme une vague est particulièrement efficace à donner un côté quasiment mystique à la musique. Le choix du noir et blanc y contribue assurément en conférant un aspect intemporel et intangible à l’oeuvre.

En présentant en parallèle la démarche de musiciens qui produisent le son musical et celle de scientifiques qui explorent les effets invisibles de ces ondes sur le cerveau humain, on transforme en évidences des notions qu’on soupçonnait. Que la musique est un élément fondamental de l’humanité. Probablement le propre de l’homme. Qu’aucune société n’existe sans sa musique. Que celle-ci est liée à notre nature biologique même.

Le lien que fait le documentaire est habile à ce titre en faisant se chevaucher les propos de musiciens et de chercheurs ou musicothérapeutes qui calment des nouveau-nés souffrants par le seul effet de la musique.

Il semble bien que la musique rejoint en nous quelque chose qui prend racine par delà notre culture, dans notre être même. Notre vie est liée à la musique, ne serait-ce que par le rythme du cœur de notre mère qui nous a bercé avant notre venue au monde. Rythme reproduit constamment dans une multitude d’oeuvres musicales.

Le film se veut bien plus qu’une démonstration : c’est une expérience sensorielle et intellectuelle qui nous fait prendre conscience de la place de la musique dans notre être. Dans la vie même, en fait.

Le synopsis indique qu’il a été conçu comme une vague cinématographique avec la structure scénaristique pour l’appuyer. Ce serait trahir la vérité de dire que je l’ai vécu ainsi. Nul doute, cependant, que le visionnage est une expérience.

La métaphore associant les vagues de l’océan et la musique est particulièrement évocatrice. C’est une des lignes directrices du film. Elle prend plus de force quand on y greffe les propos d’un écologiste acoustique, sorte de savant fou de la musique naturelle. La magie du film, c’est qu’on adhère volontiers à l’idée que cette musique peut procurer les plus grands bienfaits physiques et moraux, tout comme le doux son d’un tambour peut calmer un nouveau-né.

Les propos d’une neurologue associant la musique à la cocaïne ou au chocolat par son effet scientifiquement mesuré sur la zone de récompense du cerveau vient clore la démonstration.

Le film voit large, en panorama. Il explore succinctement la démarche de compositeur du Montréalais Patrick Watson. Comment il fait naître des chansons dans un processus d’introspection riche et étonnant. On aborde aussi, sommairement, la magie du son d’un violoncelle de légende, le Stradivarius «Comtesse de Stainlein» sur lequel joue le Québécois Stéphane Tétreault.

Le film nous invite à l’expérience de l’écoute de musiques ayant un pouvoir émotionnel exceptionnel non pas pour quelques personnes mais une multitude. Pourquoi l’Adagio du compositeur américain Samuel Barber émeut-il autant de gens? À quoi tient ce pouvoir?

Le problème, à mes yeux, avec Comme une vague, c’est qu’il emprunte toutes sortes de sentiers captivants mais en les survolant. J’aurais aimé en savoir plus sur les effets de la musique dans le cerveau humain. Pourquoi elle est si étroitement liée à nos émotions et à nos souvenirs. J’aurais aimé que des chercheurs osent une forme d’explication sur le pouvoir particulier de cet Adagio de Barber. Comment expliquer qu’il atteigne intimement tant de monde?

Quand on aborde le son fabuleux du Stradivarius de Stéphane Tétreault, le film nous entraîne dans ce qui apparaît comme les efforts d’un luthier pour tenter de reproduire dans un instrument neuf, toute la richesse sonore du célèbre instrument. Piste abandonnée alors que l’objet est en cours de fabrication. On aurait pu facilement faire un long-métrage sur cette seule initiative diablement intéressante.

Dans sa vocation de nous faire vivre une expérience, Comme une vague nous laisse sur notre appétit de comprendre et cela atténue l’impact de ce film riche et singulier. Le grand Jean-Marc Vallée, passionné fou de musique, s’est impliqué à titre de producteur dans ce film qui l’a bouleversé. C’est comme si on avait tenu pour acquis que le spectateur a forcément cette préalable passion viscérale.

Son imperfection ne signifie en rien que Comme une vague ne mérite pas d’être vu, bien au contraire. Il ouvre des portes absolument fascinantes susceptibles de modifier notre perception de la musique qui nous entoure et de celle qui nous habite. Ce n’est pas rien.