Louise Lacoursière publie son 12e livre, Vent du large.

Combattre la noirceur par l’espoir

TROIS-RIVIÈRES — L’entrevue devait porter sur la publication du nouvel ouvrage de Louise Lacoursière, Vent du large, son 12e. Pourtant, dans les premières minutes de l’entrevue, c’est d’Émilie Perreault dont il a été question. Celle qui a écrit Faire oeuvre utile venait d’accorder une entrevue à la station de radio que Louise Lacoursière écoutait en se rendant au lieu de rendez-vous. Elle parlait de ces histoires, remplies d’humanité et compilées dans ce recueil, où l’art a marqué la vie de quelqu’un. Les mots de la jeune femme ont résonné fort dans le cœur de l’écrivaine trifluvienne qui trouvait ainsi un sens aux tourments qui l’habitaient avant d’entreprendre l’écriture de ce nouveau livre.

Parce que Louise Lacoursière n’est pas à l’abri du doute et de l’angoisse. Elle vivait très intensément ces émotions avant d’amorcer l’écriture de Vent du large. Pour surmonter cet état d’esprit, elle a rédigé un «axe quadripartite». Ces thématiques qu’elle avait envie d’explorer tenaient en quelques lignes et lui ont permis de ne pas sombrer dans le découragement ou pire encore, de devenir l’esclave de ce livre qu’elle devait écrire. Ironiquement, c’est en s’ancrant dans ce qu’elle avait envie de partager que son œuvre a pris le large et, l’espère-t-elle, sera utile. Si elle ne voyait pas l’intérêt d’aborder son laborieux début de création en entrevue, les propos d’Émilie Perreault l’ont convaincue du contraire.

«L’espoir que j’ai, c’est d’être capable de transmettre cet espoir-là. C’est fou à dire mais je veux qu’en refermant le livre mon lecteur se sente mieux, qu’il se sente habité.»

Avec un canevas clair des sujets, plutôt obscurs, qu’elle voulait aborder, il lui restait à tramer le tout de lumière. «Je m’inspire du monde, de leurs problèmes. Quand je lis un livre, je ne veux pas que ce soit tout noir. Je veux qu’il y ait de l’espoir», expose-t-elle. «J’aimerais que mon lecteur ait plus de compassion et moins de jugements. Peut-être qu’il en viendra à faire le cheminement que j’ai fait, parce que moi aussi j’avais beaucoup de préjugés. Par contre, à force de connaître le cœur de quelqu’un, tu épures tes préjugés.»

En plus d’aborder la maltraitance des enfants et ses conséquences, elle évoque l’homosexualité et la situation des femmes au tournant du siècle. «C’est dans celui-là que je vais le plus loin», avance-t-elle en mentionnant que certains collaborateurs lui ont même dit qu’elle était audacieuse dans son écriture.

C’est donc l’histoire des Ricard, une famille meurtrie par les abus physiques et psychologiques du père, qui est racontée dans ce roman qui est un sous-produit de la trilogie de La Saline mais qui se lit indépendamment. «J’ai mis mon espoir dans la résilience de mon personnage Marie-Ange qui a vécu la même épreuve que sa sœur, c’est-à-dire qu’elles ont été abusées par leur père, mais elle, elle l’a vécu d’une façon différente.»

Les séquelles que vivent les victimes d’une telle violence seront aussi au cœur de ce récit troublant dans lequel la lumière est toujours bien présente. «Même si ce n’est pas facile et que mes personnages ont des embûches, ils ont une porte de sortie. Ils peuvent rester dans leur noirceur mais ils ont une manière de s’en sortir.» Le sujet est d’ailleurs très émotif pour la retraitée de l’enseignement qui a été longtemps membre du conseil d’administration de la Maison le Far. «C’est une réalité qui me touche beaucoup. On n’a pas inventé ça la violence conjugale, ça existait avant mais c’était caché. C’était omniprésent dans les siècles passés et je veux qu’on en prenne conscience.»

Toucher des sujets aussi difficiles n’a pas été une mince tâche pour l’écrivaine qui n’a pas mis des lunettes roses pour explorer cette réalité. «C’est émotionnellement très difficile à écrire mais toute épreuve est souvent un tremplin. Il n’y a pas de miracle dans le livre. Les personnages vont cheminer et faire des rencontres qui vont les aider ou qui peuvent leur nuire. On a le pouvoir de choisir ou de subir même dans les pires épreuves.»

Même si la trilogie de La Saline et des trois autres histoires qui en sont inspirées sont pures fictions, la recherche faite par Louise Lacoursière est presque aussi exhaustive que celle qu’elle a réalisée pour sa trilogie sur Anne Stillman-McCormick. «Je veux que mes lecteurs me croient. Tout ce qui peut être vérifié a été documenté. Ce qu’ils ne peuvent pas vérifier, ce sont les émotions de mes personnages. C’est la portion qui m’appartient et que je partage avec eux», lance-t-elle. «Les enjeux émotionnels de l’humain sont présents depuis qu’on est capable de les transmettre par l’écriture. Les émotions sont dans l’humain depuis toujours. Je n’ai donc pas peur de transposer mes émotions ou, de faire une enquête pour mieux décrire une situation que je ne connais pas, auprès de personnes qui l’ont vécue.» Avec l’expérience, Louise Lacoursière a appris à se faire confiance pour transmettre les états d’âme des personnages et se croise les doigts pour toucher au moins une personne à travers cet ouvrage. C’est sa façon à elle de faire œuvre utile.