Le Vancouvérois Colin James n’en sera pas à sa première visite à Trois-Rivières lors de son spectacle du 23 août puisqu’il était sur la scène de l’Amphithéâtre Cogeco en 2016.

Colin James: vieillir en beauté

TROIS-RIVIÈRES — Les cheveux ont certes blanchi depuis la dernière visite de Colin James à Trois-Rivières en 2016 mais plus qu’un signe de vieillesse, c’est, chez lui, celui d’une maturité qui fait du bluesman un meilleur musicien.

Le natif de Regina, en Saskatchewan, a lancé deux albums depuis sa dernière prestation à l’Amphithéâtre Cogeco et le dernier, Miles to Go, lui a valu le Juno Award du meilleur album blues de l’année en 2019. Notez, ce n’était pas exactement une première puisqu’il avait remporté six prix Juno dans le passé, mais il s’agissait de son tout premier pour souligner le meilleur album blues canadien depuis 1998.

Miles to Go comme Blue Highways, son album précédent conçu selon un même concept, marquent une forme de retour en arrière pour Colin James. Sur les douze plages du dernier-né, dix sont consacrées à des reprises de vieilles chansons de blues qui ont été parmi ses premiers coups de cœur dans ce genre musical. «C’est intéressant parce que j’ai toujours été un peu à la périphérie du monde du blues, explique Colin James. J’ai touché à d’autres styles, dont le swing à une certaine époque, et il y a assurément un côté rock à ma musique et la communauté du blues, composée de plusieurs puristes, ne me voyait pas tout à fait comme un membre à part entière. Et là, avec la sortie de mes deux derniers albums qui sont vraiment ancrés dans le blues, les gens ont dit: «Ouais, il ne rigole pas: peut-être qu’il aime vraiment le blues, après tout.»

«Il y a longtemps que j’en suis conscient et, d’ailleurs, c’est un peu la raison pour laquelle j’avais fait mon album Colin James and the Little Big Band en 1993 tout juste après Sudden Stop, un album résolument rock. Je voulais passer un message, d’une certaine façon. À mes débuts, la presse parlait de moi comme d’un guitariste de blues. Et puis, vous savez ce que c’est, on signe avec une grosse maison de disque, on se fait influencer pour offrir une musique susceptible de plaire aux radios et on est soudainement perçu différemment par le milieu.»

Pourtant, le blues coule dans ses veines depuis presque toujours. Depuis la jeunesse à Regina, assurément. «Le blues m’a toujours parlé, explique-t-il. Mes parents écoutaient du Motown à la maison et les Staple Singers et c’est vers l’âge de 16 ans, je dirais, que je suis vraiment tombé en amour avec des musiciens comme James Cotton, Muddy Waters, Robert Johnson ou Howlin’ Wolf. Quand vous chantez ça soir après soir, vous devez à chaque fois trouver le moyen de rendre l’intense émotion qui est le cœur même de cette musique. J’ai toujours adoré cet aspect du blues. Plus qu’un interprète, je suis d’abord et avant tout un fan fini du genre.»

«Je n’en écoute pas continuellement mais j’en ai écouté toute ma vie et j’en ai chanté à chaque jour pendant une grande partie de mon existence. Cela dit, je m’efforce d’écouter un peu de tous les genres musicaux pour m’inspirer de tout ce qui se fait mais il est clair que j’ai une histoire d’amour particulière avec le blues qui ne s’est jamais atténuée. Je sais aujourd’hui que ça, ça ne changera jamais.»

L’expérience

Quand on lui demande ce qu’il pense pouvoir apporter à cette musique aujourd’hui, la réponse lui vient immédiatement: «L’expérience, lance-t-il dans un éclat de rire qui masque à peine la dérision. Je pense que, Dieu merci, j’ai choisi un genre musical qui permet de vieillir avec une certaine grâce. C’est un style qui se nourrit énormément de l’expérience d’un interprète.»

C’est une prestation endiablée à laquelle le public de Trois-Rivières en Blues avait eu droit lors de la dernière visite de Colin James à Trois-Rivières en 2016.

Et de respect, également. «Quand j’approche les chansons de quelqu’un d’autre, raconte-t-il, je me fais toujours un devoir de m’assurer que je peux apporter quelque chose de nouveau à la chanson. Sinon, pourquoi la reprendre? Très honnêtement et sans prétention, reprendre une chanson de façon identique à l’original n’a pas vraiment d’intérêt pour moi. Déjà, il me faut trouver une chanson qui va avec ma voix et mon style de jeu à la guitare et là, je l’adapte un peu pour lui donner quelque chose de moi. C’est vraiment comme ça que j’ai approché les chansons de mes deux derniers albums.»

Cela dit, l’approche critique demeure bien présente tout au long du processus, même quand James choisit d’enregistrer une chanson qu’il s’estime capable de teinter d’une part de lui-même. «Je dirais que j’ai tendance à surenregistrer. Je réécoute l’enregistrement pour bien savoir si j’ai vraiment apporté quelque chose de nouveau et d’intéressant à la chanson. Pour les deux derniers, Blue Highways et Miles to Go, j’ai dû enregistrer 25 ou 30 chansons pour chacun des albums qui en contiennent 13 et 12 respectivement. Il a fallu faire un montage judicieux. À la base, il faut savoir être honnête avec soi-même et arriver à se dire que ce n’est pas assez bon pour se retrouver sur le produit final. Il ne me suffit pas de me dire qu’il s’agit là de ma version d’un classique: il faut qu’elle soit excitante, qu’elle ait du chien.»

L’approche étant teinté d’un très grand respect pour les créateurs. Cela lui vient peut-être de ses débuts dans les années 80 quand, à Regina, il a rencontré le grand Stevie Ray Vaughn qui l’a choisi pour assurer la première partie de quelques spectacles en sol canadien. «C’est comme ça que Stevie et moi on s’est lié d’amitié. Il connaissait la vie de chacun des interprètes des chansons qu’il aimait, incluant les musiciens qui les accompagnaient. Il m’a fait comprendre l’importance du respect pour les créateurs des chansons. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut rien apporter de nous dans l’interprétation qu’on en fait, mais simplement que ça doit être valable.»

Un bon groupe

Ce respect se manifeste également à l’égard des musiciens qui l’accompagneront lors de son spectacle trifluvien.

De son harmoniciste Steve Marriner, il dit qu’il est tout simplement un des meilleurs au monde à l’heure actuelle. Il n’est pas moins élogieux envers son batteur Geoff Hicks, qu’il estime être parfait dans toutes les nuances que permet l’instrument au même titre que le bassiste Steve Pelletier. «Je suis avec ce groupe depuis près de dix ans je dirais. Ils sont tout simplement fantastiques. On se connaît tellement bien et en blues, ça fait une énorme différence d’arriver à établir une véritable synergie. À Trois-Rivières, je serai aussi accompagné de deux cuivres pour donner du punch à la musique.»

Pour ce qui est du contenu. Colin James fera de la cueillette à travers son vaste répertoire qui se conjugue en près d’une vingtaine d’albums, fidèle en cela à l’idée qu’il aime véhiculer et qui veut que faire du blues, c’est être constamment en dialogue avec le passé. Il se lancera aussi dans les reprises issues de son dernier album par la magie de sa guitare Gibson ES-335 avec laquelle il a renoué ces dernières années et qui l’a amené à retrouver des chansons ayant marqué son passé musical.

Seulement, à 55 ans, le musicien compte sur une meilleure voix que celle de ses débuts. «Vous savez ce que c’est: quand on est jeune, on a toujours tendance à imiter quelqu’un qu’on admire. J’ai récemment réécouté certains de mes premiers albums et franchement, ma voix n’était vraiment pas bonne. Elle était toute logée dans la gorge. C’est à travers les années que j’ai trouvé ma vraie voix et je pense que c’est un processus normal.»

«La seule chose qui l’affecte parfois, ce sont les rhumes que je peux attraper pendant les tournées. Mais ne vous en faites pas, je suis présentement en excellente santé et j’ai bien hâte de retourner à Trois-Rivières. Je me souviens de votre amphithéâtre qui était tout neuf quand j’y ai joué en 2016. J’avais été très impressionné par la beauté de l’édifice et de l’emplacement. Et puis, j’aime le public du Québec qui est nettement plus expressif que ce qu’on voit dans le reste du Canada. Je l’ai encore expérimenté en juillet au Festival de jazz de Montréal: c’était fantastique. Je m’attends à ce que ça le soit chez vous également.»