Le spectacle Dance Me, un hommage à la musique de Cohen sera présenté à l’Amphithéâtre Cogeco le 7 septembre prochain.

Cohen, à un autre niveau

TROIS-RIVIÈRES — L’œuvre de Leonard Cohen est diffusée sur la planète entière et l’artiste, pleuré partout. Une autre preuve, plus probante encore, de son universalité est offerte par les Ballets Jazz de Montréal qui présentent Dance Me, un hommage à la musique de Cohen qui trouve ici dans la danse un autre mode d’expression. Le spectacle sera présenté à l’Amphithéâtre Cogeco le 7 septembre prochain.

Le seul fait que la musique du grand auteur et compositeur serve de plate-forme au spectacle suggère des moments mémorables pour les spectateurs. Les ressources consenties par les Ballets Jazz de Montréal, l’approche des concepteurs et le succès que le spectacle remporte à travers le monde depuis décembre dernier le confirment.

Louis Robitaille, directeur artistique de BJM a agi comme idéateur de Dance Me. Il a demandé à trois chorégraphes internationaux, Andonis Foniadakis, Annabelle Lopez Ochoa et Ihsan Rustem de créer chacun un tableau à partir de chansons du maître qu’il a sélectionnées en compagnie du metteur en scène Éric Jean.

«On compte dix-sept chansons dans le spectacle en plus d’un poème récité par Cohen lui-même et d’un autre texte qui sera affiché sur écran, d’expliquer Éric Jean. On couvre l’ensemble de sa carrière. On a respecté le désir que Leonard Cohen a lui-même exprimé quand il a accepté qu’on monte le projet, à savoir qu’on puise aussi parmi ses chansons moins connues. On n’a pas pu passer à côté de grandes chansons comme Suzanne, Dance Me to the End of Love, Hallelujah ou Famous Blue Raincoat mais on est aussi allé chercher des chansons comme Nervermind qui n’est pas un de ses plus grands succès mais qui introduit du rythme dans le spectacle un élément majeur de sa musique même si on en parle moins.»

Les deux concepteurs ont donc imposé aux chorégraphes les chansons sur lesquelles ils devaient travailler tout en leur laissant exprimer leur vision propre mais en fonction d’un fil conducteur.

«Il était clair que nous n’allions pas toucher à la vie privée de Leonard Cohen parce qu’il me l’avait expressément demandé en acceptant le projet, de commenter Louis Robitaille, directeur artistique des BJM. L’idée, c’est de faire voyager les gens dans l’oeuvre et dans l’inspiration du créateur. On fait ainsi ressortir la profondeur des chansons mais aussi l’élégance et la simplicité de l’artiste qu’il était. Moi, je suis un fan inconditionnel mais pour avoir exploré en profondeur son répertoire depuis quatre ans, j’ai pu constater la sophistication de son écriture, son habileté dans le travail des mots. Après toutes ces années, je découvre encore des choses nouvelles en les écoutant.»

«C’est un homme très inspirant, une force tranquille et ses propos sont d’une sagesse inouïe, dit le metteur en scène. C’est vrai qu’il a un côté sombre mais je trouve qu’il faisait toujours ressortir la lumière profonde qui se cachait derrière la noirceur. Il avait un sens du verbe extraordinaire qu’il avait l’art de marier à une parfaite musique. Le plus grand défi pour nous aura été de trouver comment traduire cette force des mots par la danse et par l’émotion qui ressort.»

les saisons
Robitaille a conçu le spectacle sur le thème des saisons. Seulement, dans le monde de Cohen, on en compte cinq: le printemps, l’été, l’automne, l’hiver et... l’été des indiens. «Les saisons se présentent comme les différents cycles de la vie, explique Robitaille. La cinquième saison est celle du passage vers l’au-delà, quelque chose de mystérieux. Mon idée initiale était de n’avoir qu’un seul chorégraphe mais j’ai voulu éviter le pièce de n’offrir qu’une seule et unique vision du grand artiste qu’était Leonard Cohen. Trois chorégraphes, ce sont trois couleurs différentes, subjectives et surprenantes. Il est clair à mes yeux que chaque spectateur va y trouver ses moments forts personnels en fonction de sa propre expérience des chansons de Leonard Cohen.»

Bien sûr, les créateurs ont été un peu intimidés par l’immense artiste mais en intégrant une grande équipe de collaborateurs de toutes sortes, quatorze interprètes, et en se donnant corps et âme, ils sont convaincus d’avoir relevé le défi de lui rendre un juste hommage. «On propose une vision abstraite même si on suit une ligne dramatique, confie le directeur artistique. Ce n’est pas non plus strictement un spectacle de danse. Je voulais qu’il y ait un aspect théâtral important pour ajouter une nouvelle dimension, que tout ne repose pas que sur les gestes et le mouvement.»

«Chaque chorégraphie a été élaborée individuellement mais c’était mon rôle de conférer un sens global à Dance Me alors, je m’assurais de rappeler aux chorégraphes les lignes directrices, explique Éric Jean qui en était à sa première expérience du genre après de nombreuses années consacrée au théâtre. Cohen arrive au début du spectacle comme une sorte de fantôme, une âme errante qui donne un filon émotionnel sans pour autant qu’il raconte lui-même une histoire. J’ai eu à réunir toutes sortes de visions différentes que je devais amalgamer, à travers divers tableaux, en un tout cohérent et franchement, je suis extrêmement fier du résultat. C’est un voyage dans l’oeuvre de ce poète et un hommage extraordinaire à l’artiste.»

«Moi qui viens du théâtre, je suis encore impressionné par le travail des interprètes sur la scène: ils font des choses absolument éblouissantes. Mais ce que je trouve le plus merveilleux, c’est que la danse arrive à propulser la poésie de Cohen à un autre niveau et c’est sans doute la plus grande réussite de ce spectacle.»