Avec son cinquième spectacle solo, Claudine Mercier estime être au sommet dans les différentes expressions de son art. Elle sera à la salle Thompson le 2 février prochain.

Claudine Mercier épanouie grâce à l'humour

TROIS-RIVIÈRES — Avec une discrétion qui n’est pas sans rappeler sa personnalité, Claudine Mercier n’en poursuit pas moins une très enviable carrière d’humoriste qu’elle ne semble nullement prête à abandonner. Et ce, même si l’idée de la retraite lui a passé par la tête. C’était avant d’entreprendre la création de Claudine, son cinquième spectacle solo, celui qu’elle présentera à la salle Thompson le 2 février prochain.

«En fait, confiait-elle en entrevue, je n’ai jamais été convaincue que je retournerais sur scène au terme de chacune de mes tournées. Je prends toujours environ un an de repos et je me pose des questions. Je me demande si j’ai encore quelque chose à dire parce que jamais je ne retournerai faire un spectacle pour la seule raison que je me sens obligée. Et à chaque fois, j’en arrive à la même conclusion: je ne pourrais pas me passer de la scène. C’est un métier qui peut être dur mais entendre rire le public à une blague en direct, c’est quelque chose d’assez extraordinaire.»

C’est une affirmation qui étonne venant d’une femme aussi timide et réservée. «Quand j’étais adolescente, j’étais vraiment très gênée et j’ai commencé à faire des imitations pour me faire accepter des autres. Une amie m’a convaincue de monter sur scène et j’ai vraiment aimé ça. J’ai été très chanceuse de m’épanouir grâce à l’humour.»

Elle se considère tout aussi choyée d’avoir un public fidèle qui la suit depuis vingt-cinq ans. «Je pense que ce dont je suis la plus fière, c’est d’avoir été capable de durer. C’est un milieu difficile, pas à cause du public, qui continue d’aller voir les spectacles d’humour, mais à cause du milieu lui-même où il y a de nombreux jeunes qui percent et qui sont vraiment excellents. Quand on vieillit, on peut être rapidement remplacée par de plus jeunes et moi, je suis encore là. Je ne tiens jamais rien pour acquis mais je vois que les salles sont pleines à 90 % depuis le début de la tournée et je n’en reviens pas.»

Pour ce qui est de son style d’humour, il a évolué au cours de sa carrière mais Claudine Mercier a trouvé son créneau depuis longtemps: celui de la variété. Elle est aussi connue pour ses imitations que pour ses blagues de stand-up, ses personnages et même le chant. «À 56 ans, il se peut bien que ce soit mon dernier spectacle et je dois l’avouer: j’adore chanter. Alors, j’ai décidé de me payer la traite et je présente un numéro de comédies musicales en rappel. On est plus dans la performance que dans l’humour à ce moment-là et le public semble beaucoup aimer le numéro, mais pas autant que moi!»

Tous ne savent pas qu’elle a fait des études en arts plastiques et qu’elle est une peintre très active. Or, dans ce cinquième spectacle, elle a mis toute l’étendue de son talent à contribution. «Pour moi, un spectacle, c’est un acte de création. J’ai eu mon mot à dire dans la mise en scène, j’ai fait des croquis du décor mais, surtout, c’est moi qui ai dessiné tous mes costumes. Ça fait partie du plaisir du spectacle de toucher à tous les aspects.»

Les Trifluviens auront par ailleurs un avantage que d’autres publics de la province n’ont pas eu: le spectacle aura un an en février et il sera parfaitement rodé. «On a travaillé très fort dès le début. Au cours du rodage, on avait une grille d’analyse et on cotait chaque blague du spectacle sur une échelle sur cinq points selon la réaction du public. On a enlevé celles qui marchaient le moins et on en a ajouté d’autres mais seulement celles qui obtenaient les meilleurs pointages.»

«Ça a l’air technique dit comme ça, mais écrire des blagues, c’est extrêmement ardu et délicat. Non seulement il faut trouver le bon angle, les bons mots mais il y a aussi le rythme, le ton, la mélodie des mots, les mimiques, le moment où il est présenté dans le spectacle, etc. Tout ça compte.»

Elle en a écrit la majeure partie mais a travaillé avec un jeune scripteur, Nicolas Boisvert, ainsi qu’avec Emmanuel Reichenbach à la mise en scène. «Avec le temps, le spectacle a beaucoup évolué même si le public ne s’en apercevrait pas forcément beaucoup. Tout s’est peaufiné de sorte que là, ça fonctionne vraiment bien. Les imitations sont aussi meilleures. Je fais Coeur de Pirate, Sia, Safia Nolin ou Charlotte Cardin et j’ai aussi monté une parodie d’En direct de l’univers avec Ginette Reno et, franchement, ça marche super bien.»

Même si elle reste à l’écart de la controverse, elle aime l’humour ayant une portée sociale. «Comme j’ai plusieurs gags sur l’actualité, je peux dire que je suis choyée: la matière est riche ces temps-ci! Je peux me permettre de rajouter beaucoup de blagues ponctuelles. J’aime beaucoup ce que fait Bill Maher aux États-Unis: il émet des opinions sur des sujets d’actualité qui le préoccupent. Je ressens aussi le besoin de parler des enjeux sociaux comme l’environnement, la politique, le terrorisme, par exemple.»

«Ce qui me fait le plus plaisir, c’est quand les gens me disent que mon humour est intelligent et pertinent. J’ai vraiment fait un effort pour garder les blagues au-dessus de la ceinture et éviter cette facilité-là. Et quand j’entends les gens rire à gorge déployée, je peux te dire que ça donne un high qui est dur à battre.»