Les 50 ans de carrière du peintre Normand Boisvert ne sont qu’un début s’il n’en tient qu’à l’artiste trifluvien auquel le Musée Pierre-Boucher consacre une grande rétrospective jusqu’au 11 novembre prochain.

Cinquante ans de couleurs

TROIS-RIVIÈRES — Peu de peintres issus de la région peuvent revendiquer une carrière aussi florissante que celle de Normand Boisvert, sans doute le plus connu des peintres mauriciens auprès du grand public. Il célèbre ses 50 ans de peinture par une grande rétrospective présentée au Musée Pierre-Boucher situé au Séminaire de Trois-Rivières.

S’il est une chose dont le peintre accepte de se targuer, c’est de la fierté d’avoir fait son chemin à sa façon pendant toutes ces années. «J’ai exploré plusieurs styles au cours de toutes ces années et l’exposition en témoigne, mais chaque étape a marqué une étape de mon évolution pour m’amener où je suis aujourd’hui. À une époque, on a comparé mon style à celui du peintre de Québec Albert Rousseau. De retour à mon atelier, j’ai immédiatement travaillé dans un autre style pour qu’on ne puisse pas me comparer à d’autres.»

À travers pas moins de 91 oeuvres qui ornent toutes les salles du musée, on discerne le parcours de l’artiste. Depuis un tableau peint à 17 ans sur le bois du fonds d’une caisse de raisin, précise-t-il avec amusement, et dans laquelle il imite le style de Van Gogh jusqu’à de toutes récentes oeuvres, essentiellement de très grands formats représentant les paysages de la Mauricie ou des vues du Vieux-Québec, une avenue récente.

«Je n’aime pas trop l’idée de me pencher sur le passé parce que ce n’est tout simplement pas dans ma nature; moi, je regarde en avant. J’ai toutes sortes de projets en tête et beaucoup de peinture à faire encore. Mais quand même, en préparant cette rétrospective, j’avoue que j’ai ressenti une certaine fierté parce que j’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose. J’ai notamment trouvé le moyen de durer dans un domaine où, on le sait, ce n’est pas facile.»

Heureux

Sa carrière est l’histoire d’une passion qui n’a cessé de croître. «Encore aujourd’hui, à 68 ans, peindre demeure un besoin viscéral. J’ai ça dans le sang. Je n’ai qu’une seule phobie dans la vie: ne plus pouvoir créer. J’ai consacré beaucoup de temps à la préparation de la présente exposition sans toucher à mes pinceaux et ça me manque énormément. Quand je peins, j’entre dans une bulle à l’extérieur du monde. Je suis complètement absorbé par la création et je suis heureux. Je n’arrive pas à créer autrement qu’en étant heureux.»


« «Encore aujourd’hui, à 68 ans, peindre demeure un besoin viscéral. J’ai ça dans le sang. Je n’ai qu’une seule phobie dans la vie: ne plus pouvoir créer.» »
Normand Boisvert

Il soutient qu’en entreprenant un paysage, il ne sait même pas si ça représentera l’hiver ou l’automne. Il a ses palettes de couleurs devant lui et s’abandonne à leur appel. «Je suis un peintre de la couleur. Je joue avec les contrastes en juxtaposant les touches contrastantes et la toile prend vie. Je ne réfléchis pas: je me laisse emporter. Pour un grand format de quatre pieds par huit pieds comme ceux que je fais depuis quelque temps, j’en ai pour trois jours de travail. Le meilleur moment, c’est quand j’ai la toile vierge devant moi et que j’ai le défi d’en faire un tableau.»

On le connaît pour ses paysages mais il se laisse volontiers aller à des autoportraits ou des natures mortes qu’il peint pour son simple plaisir alors que les vingt galeries qui le représentent au Canada, aux États-Unie et en Europe lui réclament la nature mauricienne dont raffolent les collectionneurs. «Les paysages, ce sont des prétextes pour exprimer mon style. Je ne sais pas quelle voie je prendrai à l’avenir. Par contre, je constate que mes coups de pinceaux sont de plus en plus bruts, me rapprochant parfois même d’une forme de cubisme, que j’ai pratiqué dans mes premières années. C’est de plus en plus moderne, je dirais. Les couleurs n’ont jamais été si fortes et contrastantes et les formes sont plus épurées. Ce n’est pas le fruit d’une réflexion, c’est ce qui s’impose à moi.»

«Pourquoi les grands formats? Probablement parce que j’ai trop d’énergie! Ça m’oblige à des gestes plus amples, plus vigoureux. J’ai envie de ça.»

L’exposition n’est composée que de toiles qu’il conservait chez lui. Elle offre davantage d’oeuvres récentes dans ce style achevé que le grand public lui connaît et qui a fait son succès. Les visiteurs constateront avec plaisir que le peintre sera souvent sur place les après-midis pour les rencontrer. Normand Boisvert aime les gens. «J’ai récemment eu une offre d’une grande firme internationale qui voudrait assurer la gestion de ma carrière. C’est une proposition très intéressante mais je ne suis pas sûr que j’arriverais à me priver du plaisir de rencontrer les gens. J’ai besoin de ça aussi pour mon équilibre.»

L’exposition sera présentée jusqu’au 11 novembre. Le Musée est ouvert du mardi au vendredi de 10 h à 12 h et de 13 h à 16 h 30, les samedis et dimanches de 13 h à 16 h 30 ainsi que les vendredis et samedis soirs de 18 h 30 à 20 h 30. L’entrée est gratuite.