Jean-Pierre Dardenne, Victoria Bluck, Idir Ben Addi et Luc Dardenne à leur arrivée pour la projection du «Jeune Ahmed» au 72e Festival de Cannes.

Xavier Dolan a de la compétition pour la Palme d’or

CANNES — C’est mercredi qu’on pourra enfin voir Matthias et Maxime, le huitième long métrage de Xavier Dolan. Je peux déjà vous dire que le réalisateur québécois a de la grosse compétition pour la Palme d’or.

Le Festival de Cannes ressemble à un marathon. Maintenant que le cap de la mi-distance est dépassé, on ressent une petite lassitude. Puis on se dit qu’on aura bientôt franchi la distance. Ça remet d’aplomb.

Jusqu’à maintenant, cette 72e édition remplit ses promesses — les grosses pointures ont su toucher le cœur des festivaliers. Ken Loach et Terrence Malick ont livré des films admirables, dans un registre très différent. De l’avis de tous, sauf moi, Pedro Almodóvar a ses chances, lui qui n’a jamais remporté la Palme d’or. Et il y a aussi l’agréable surprise des Misérables de Ladj Ly. On ne sait jamais.

Surtout qu’un jury, en son essence, a sa propre dynamique et est donc totalement imprévisible. Il reste aussi le Tarantino, qu’on verra mardi. Dolan a déjà dans sa besace un Prix du jury, l’équivalent de la médaille de bronze, pour Mommy (2014), et un Grand prix, l’argent, pour Juste la fin du monde (2016). Bien sûr qu’il espère la Palme d’or...

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Les frères Dardenne, eux, en ont déjà deux à leur palmarès (et d’autres prix à Cannes). Un tour du chapeau est-il possible avec Le jeune Ahmed? Je serais surpris même si leur 11e long métrage a bien des qualités, sur un sujet radioactif : la radicalisation d’un jeune de 13 ans.

Dans leur style épuré coutumier (caméra portée, plans séquence, pas de musique, etc.), le duo s’intéresse à la dynamique qui amène Ahmed (Idir Ben Addi) à vouloir tuer sa professeure «hérétique» (Myriem Akheddiou). Sa dérisoire tentative le conduit au centre de correction, mais il est déterminé à accomplir son œuvre coûte que coûte.

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Les cinéastes belges ne portent pas de jugement ni n’offrent d’indication psychologique sur ce qui pousse l’ado dans un zèle religieux presque compulsif. Le rendant encore plus terrifiant. Le jeune musulman refuse toutes les mains qui lui sont tendues, dont celle de sa mère, enfermé dans sa duplicité et une logique qui en fait une bombe à retardement, surtout dans le dernier tiers, qui prend des allures de suspense.

La fin ouverte, toutefois, m’est apparue plaquée, comme si la paire avait cherché une échappatoire plutôt que d’assumer leur courbe dramatique.

Le jeune Ahmed n’est pas dénué d’empathie. Et il aborde un sujet troublant. Un peu maladroitement, mais avec l’intelligence qu’on leur connaît.

+

LU

Dans le Hollywood Reporter que Todd Haynes (Carol) prépare un documentaire sur le Velvet Underground, groupe rock d’avant-garde new-yorkais mythique piloté par Lou Reed (et parrainé un temps par Andy Warhol). Le réalisateur américain a œuvré dans la fiction jusqu’ici, mais il est parfaitement qualifié vu qu’il s’est attaqué à Bob Dylan (I’m Not There, 2006) et à un groupe fictif de glam rock (Velvet Goldmine, 1998). Ce qui pourrait tout de même prendre un certain temps puisque Haynes est en postproduction pour Dry Run et doit aussi tourner un drame biographique sur la chanteuse Peggy Lee avec Reese Witherspoon.

VU

L’autre visage de Cannes. Pendant le Festival, on croise des femmes en tenue de soirée et des hommes en smoking, même en plein après-midi. Faut se faire beau pour monter les marches du tapis rouge… Mais en retrait du glamour et du bling-bling de la Croisette, avec ses devantures de marques de luxe, il y a aussi la pauvreté. Souvent des hommes et leurs chiens, installés près du Monoprix, qui quémandent discrètement. Des migrants qui tentent de vendre, dans un français approximatif, des parapluies ou des lunettes de soleil bas de gamme, selon la température. Ou cette jeune femme enceinte, réduite à demander la charité, assise sur le trottoir...

ENTENDU

Le hit disco Rasputin (1978) de Boney M dans Le lac des oies sauvages de Diao Yinan. C’est déjà assez weird dans un film chinois, mais en plus la chanson accompagne une séance de danse en ligne où les hommes ont des ficelles fluo autour des espadrilles… Sans parle du fait qu’il s’agit de flics, en infiltration, qui essaient de piéger un chef de gang de voleurs de motos. On a déjà vu pire. Reste que c’est un des bons moments bizarres de la première semaine du festival. Avoir vu ça dans un film québécois, ça se retrouvait direct aux Aurore d’Infoman.

On a vu

Le jeune Ahmed
Jean-Pierre et Luc Dardenne
*** 1/2

Diego Maradona (hors compétition)
Asif Kapadia
*** 1/2

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Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.