Vendredi, Rosie Perez a comparu comme témoin et a indiqué avoir parlé à Annabella Sciorra, la nuit de son agression présumée.
Vendredi, Rosie Perez a comparu comme témoin et a indiqué avoir parlé à Annabella Sciorra, la nuit de son agression présumée.

Weinstein avait une «liste rouge» des femmes susceptibles de le dénoncer

Peter Hutchinson
Agence France-Presse
NEW YORK — Harvey Weinstein voulait recueillir des informations sur les femmes susceptibles de le dénoncer, a raconté vendredi à New York un détective privé, au troisième jour du procès pour agressions sexuelles du producteur de cinéma, emblématique du mouvement #MoiAussi.

Lors de son audition, le détective privé Sam Anson a expliqué avoir reçu un courrier électronique d’Harvey Weinstein mi-août 2017, un peu moins de deux mois avant la publication des révélations du New York Times et du New Yorker.

Le message contenait une «liste rouge» de personnes sur lesquelles l’ancien patron du studio Miramax demandait au privé d’enquêter. Il l’a également appelé pour préciser sa requête.

«Il disait qu’il s’inquiétait de la préparation d’articles évoquant son comportement sexuel de manière négative», a témoigné Sam Anson, qui a assuré ne pas avoir donné suite à cette demande.

Dans cette liste figuraient notamment, selon l’enquêteur, les noms des actrices Annabella Sciorra et Rose McGowan, qui affirment avoir été violées par Harvey Weinstein.

Annabella Sciorra a raconté jeudi avoir été violée par M. Weinstein à l’hiver 1993. Elle a également détaillé le harcèlement auquel il l’aurait soumise pendant des années.

«Il me détruira»

Bien qu’elle n’ait pas parlé publiquement de ce viol jusqu’en octobre 2017, Mme Sciorra avait témoigné jeudi en avoir parlé à une amie, l’actrice Rosie Perez.

Vendredi, cette dernière a comparu comme témoin et a bien indiqué avoir parlé à Annabella Sciorra, la nuit de son agression présumée.

À la demande de la procureure, Mme Perez a montré du doigt M. Weinstein, assis avec ses avocats. L’ex-magnat d’Hollywood lui a fait signe de la main.

«Annabella m’a dit : “Je crois que quelque chose de grave est arrivé. Je crois que c’était un viol”», a déclaré l’actrice nommée aux Oscars pour État second.

Quelques mois après, selon Mme Perez, Annabella Sciorra lui a révélé qu’Harvey Weinstein était l’agresseur.

«Je lui ai dit : “S’il te plaît, parle à la police”. Mais elle m’a dit : “Je ne peux pas, il me détruira”».

Démonter les «mythes»

Un avocat de la défense, Damon Cheronis, a cependant accusé Rosie Perez de se contredire : il a souligné qu’elle avait dit dans le passé, à un journaliste du New Yorker, que Mme Sciorra ne lui avait parlé du viol que longtemps après les faits.

Vendredi matin, le tribunal avait entendu un autre témoin de l’accusation, la psychiatre Barbara Ziv, qui avait témoigné au procès de la star de la télé américaine Bill Cosby, condamné pour agression sexuelle.

La procureure de Manhattan, Joan Illuzzi-Orbon, l’a citée pour démonter «certains mythes» sur les agressions sexuelles.

L’experte a notamment souligné que la plupart des agressions sexuelles étaient commises par une connaissance de la victime et non par un inconnu et qu’il était faux de penser que les victimes signalaient généralement leur agression à la police ou à des amis.

Contacts

Harvey Weinstein, 67 ans, longtemps figure vénérée d’Hollywood, risque la perpétuité pour avoir agressé sexuellement deux femmes, une ex-assistante de production en 2006 et une jeune actrice en 2013. Il affirme que ses relations sexuelles étaient toutes consenties. Son procès est censé durer jusqu’au 6 mars.

Les avocats de la défense ont cité de multiples échanges entre M. Weinstein et la femme supposément violée en 2013, Jessica Mann, montrant selon eux qu’ils avaient eu «une relation amoureuse» après le viol présumé, insinuant qu’elle n’avait pas pu être violée.

Ils ont aussi essayé jeudi de saper la crédibilité d’Annabella Sciorra en soulignant qu’elle avait tu son viol supposé pendant des années et qu’elle avait continué à croiser M. Weinstein après cela, sans le confronter.

«C’est la norme que de rester en contact» avec son agresseur, a souligné Mme Ziv. «Ces contacts peuvent aller de SMS ou courriels jusqu’à une relation qui continue».

Lors d’un contre-interrogatoire, l’avocat de la défense Damon Cheronis a demandé à Mme Ziv s’il était possible qu’avec les années, «par honte», des femmes qualifient de viol ce qui avait été un rapport sexuel consensuel.

«Tout est possible, [mais] ce n’est pas habituel,» a répondu Mme Ziv.