Jason Béliveau, directeur de la programmation, et Catherine Pelletier, directrice générale d’Antitube, qui offrira une nouvelle salle de diffusion dans la côte d’Abraham pour le cinéma d’auteur.

Un «vrai» cinéma de quartier dans le centre-ville de Québec

Une nouvelle salle de diffusion consacrée au cinéma verra le jour dans le centre-ville de Québec, un projet mené et désiré par Antitube depuis de nombreuses années. «Il y a un gros manque à combler au centre-ville de Québec, c’est une frustration pour les cinéphiles. On veut ramener le cinéma de quartier», entend le directeur de la programmation, Jason Béliveau.

Le Circuit Beaumont ouvrira dès l’hiver 2021, lorsque les travaux de réfection et de réaménagement dans la coopérative artistique Méduse seront achevés. Le nom du cinéma est d’ailleurs un clin d’œil à l’histoire de la diffusion en salle; Edmond Beaumont était propriétaire de plusieurs salles de cinéma à Québec dans la première moitié du XXe siècle.

«Il n’y a pas si longtemps, il y en avait dans tous les quartiers... On voulait rendre hommage à cette histoire riche. L’objectif d’Antitube a toujours été d’avoir une salle de cinéma, ça aura pris 25 ans», indique M. Béliveau.

Le Circuit Beaumont (640 côte d’Abraham) se trouve à mi-chemin entre le ciné-club et la salle de cinéma commerciale, sa vocation sera la même que celle d’Antitube : la défense du cinéma d’auteur. La salle présentera des projections de films récents comme des classiques, en majorité les œuvres de Québécois, mais provenant aussi de partout dans le monde.

«Le but n’est pas de limiter la programmation à une certaine forme. On veut s’adresser à la plus large clientèle possible. Ce qui frustre les cinéphiles, c’est que si un film ne fonctionne pas bien, il est déjà retiré des salles. Nous, si on considère que c’est un film de qualité, on va l’accompagner à long terme.»

Se distinguer

À Montréal, on trouve un ciné-club à tous les coins de rue; M. Béliveau croit que la demande est aussi là, à Québec, mais qu’il existe un manque de volonté. Le Clap est en pleine expansion, donc les affaires vont décidément bien. Est-ce que sa salle de cinéma pourra leur faire compétition, au Clap ou au petit cinéma de l’avenue Cartier?

«On prévoit les contacter pour les informer du projet, on les connaît personnellement. Le but n’est pas de devenir un compétiteur féroce, on veut développer notre niche... Cartier n’a pas le choix de présenter des blockbusters américains pour survivre et le Clap commence à être loin...»

L’équipe Antitube espère ajouter une offre alléchante pour les gens de Limoilou et des alentours, principalement pour ceux qui n’ont pas de voiture et qui veulent profiter de l’expérience de voir un film au cinéma. «On pense que c’est légitime et nécessaire, les gens, ça fait longtemps qui l’attendent. Ils pourront venir à pied ou à vélo.»

M. Béliveau aura entièrement le choix sur les films qu’il mettra à l’affiche, un avantage qui lui semble essentiel. «On veut choisir, faire une sélection. Certains films québécois ne sortent pas en cinéma. Notre expertise fait que l’on connaît le milieu, on veut faire sortir les nouvelles voix», exprime-t-il.

Intime

La salle aura une quarantaine de places, l’équipe n’a pas les moyens pour l’instant de faire plus gros, mais ne délaissera pas la qualité pour autant. Les spectateurs auront droit à du cinéma numérique à la fine pointe de la technologie.

«Ce ne sera pas un projecteur acheté sur Kijiji... On va avoir du matériel neuf, adapté à la grandeur de notre salle. On cumule l’expérience en salle de projection... c’est quelque chose qui nous passionne et qui nous intéresse, on n’allait pas laisser ça au hasard», ajoute M. Béliveau.

Pour le directeur de la programmation, terminé le temps où on imagine un gros Cineplex lorsqu’on pense au cinéma. Les ciné-clubs sont plus intimes, et font place à une discussion.

«Après le film, tu ouvres les lumières, tu mets de la musique, si tu veux discuter, on le fait. C’est ce qu’on veut créer comme ambiance. Créer une communauté et cet aspect de faire partie de son quartier. Je vais introduire le film, mettre en contexte. Il y aura un rapport humain», termine-t-il.

La salle se voudra aussi modulable afin d’accueillir d’autres types d’événements dans le cadre des multiples collaborations d’Antitube.