Le Cinéma des Chutes, à Lévis
Le Cinéma des Chutes, à Lévis

Un mélange d’inquiétude et d’optimisme dans les cinémas de Québec

Sylvain Gilbert, propriétaire des cinémas Lido et des Chutes sur la Rive-Sud, est très ému de voir sa fidèle clientèle se réapproprier les salles de ses cinémas. Si l’achalandage augmente tranquillement, les cinémas de M. Gilbert roulent actuellement avec 87 % moins de visiteurs qu’à pareille date l’année dernière.

Pour les propriétaires de petites salles de cinéma, la situation est inquiétante malgré leur optimisme. Cette semaine, M. Gilbert a reçu, au total, un peu plus de 800 visiteurs dans ses salles alors que l’année dernière, à pareille date, 6900 cinéphiles franchissaient les portes de ses établissements.

Sylvain Gilbert, en tant que gestionnaire, doit s’assurer de garder la tête hors de l’eau malgré ses frais fixes qui frôlent les 150 000 $ par mois. «Les trois mois de revenus que nous avons perdu, on ne sera pas nécessairement en mesure de les récupérer. Notre objectif en ce moment c’est d’arriver à payer le loyer du mois d’août. […] Je suis de nature très économe, donc on a un coussin. Mais c’est sûr que si on arrive au mois d’octobre et qu’il n’y a pas plus de monde qu’aujourd’hui, on va être obligé de rendre les armes et on ne sera pas les seuls», confie M. Gilbert.

Selon des chiffres publiés dans La Presse, lors de la première fin de semaine de réouverture, les cinémas québécois ont fait un box-office de 184 366 $. À pareille date, en 2019, l’organisme Cinéac enregistrait plutôt, au Québec, un box-office de 2 183 023 $. Les chiffres globaux de la semaine se font toutefois plus encourageants que ceux de la première fin de semaine d’ouverture. Si les établissements et les distributeurs à qui a parlé Le Soleil n’ont pas souhaité donner leurs chiffres exacts, on assure que les ventes et l’achalandage auraient doublé.

Yvan Fontaine, propriétaire du cinéma Cartier, estime que les mesures sanitaires confuses et difficiles à prévoir pour les entrepreneurs représentent un défi majeur.

«Affluence presque désastreuse»

Pour Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec, il est impossible que les cinémas fassent le même chiffre d’affaires qu’en 2019. La COVID-19, les mesures sanitaires mises en place, la diminution d’offre de films et la température font en sorte que les cinémas doivent se battre contre beaucoup d’ennemis. «L’affluence est presque désastreuse. […] Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a ouvert la fin de semaine dernière», affirme avec optimisme M. Bouchard.

Afin de respecter les règles émises par la santé publique, les petites salles de cinéma opèrent avec 20 à 30 % de leur capacité en accueillant parfois seulement 6 à 30 personnes par représentation. Yvan Fontaine, propriétaire du cinéma Cartier, estime que les mesures sanitaires confuses et difficiles à prévoir pour les entrepreneurs représentent un défi majeur: «Les mesures sanitaires sont extrêmement complexes parce qu’elles varient souvent. Ce serait intéressant d’avoir des éléments qu’on peut projeter dans le temps [pour se préparer]. Là, en théorie, le 15 [juillet], ils vont augmenter à 250 le nombre de personnes pouvant se rassembler, mais rien n’est officiel.»

Le propriétaire s’encourage tout de même en se disant que la situation va s’améliorer graduellement si les mesures de distanciation tombent à un mètre et que la pandémie se calme. En attendant, M. Fontaine prévoit accueillir ce mois-ci 10 à 15 % de sa clientèle de juillet 2019.

Robin Plamondon, copropriétaire du Clap, observe de son côté la même chose que ses homologues. L’homme qui fête, cette année, les 35 ans de son entreprise se dit ravi de voir le retour de sa clientèle: «On est vraiment content parce que toutes nos clientèles sont de retour dans nos établissements de Sainte-Foy et de Loretteville, tant les familles que les personnes âgées ou les travailleurs».

Les films québécois et internationaux à l’honneur

En raison de la pénurie de films américains, les cinémas du Québec offrent actuellement une grande variété de films québécois, internationaux ou même des classiques du cinéma. En effet, puisque les cinémas américains sont toujours fermés en raison de la pandémie qui s’aggrave aux États-Unis, les superproductions ne nous parviendront pas au Québec avant d’avoir été vues par les Américains eux-mêmes.

Louis Dussault, président de K-Films Amérique, explique quant à lui que la décision de sortir ou non un film actuellement est complexe. Voulant offrir une nouvelle création à la réouverture des cinémas, M. Dussault admet carrément s’être posé la question: «Quel film vais-je sacrifier?»

Le distributeur présentera le 17 juillet Nos mères, un film guatémaltèque réalisé par César Diaz. Il estime que c’est le bon moment, pour les Québécois, de visionner autre chose que du cinéma américain: «C’est une occasion historique pour le public de découvrir son cinéma et les films du monde entier. Ce cinéma est entièrement distribué par des entreprises québécoises.»

Rempli d’espoir, Antoine Zeind, président d’AZ films, croit quant à lui que tout ira de mieux en mieux dans les semaines à venir si le public est au rendez-vous. «On écrit l’histoire ensemble. Il faut qu’on mette tous la main à la pâte», affirme-t-il tout en admettant que les distributeurs aient leur rôle à jouer dans l’équation. Afin de faire du bien aux Québécois, M. Zeind a décidé de distribuer, dès le 7 août, la comédie française Divorce Club qu’il qualifie lui-même comme étant «la comédie de l’été».

Selon M. Zeind, il est important de s’entraider et de stimuler la culture locale. «Les salles qui ferment ne rouvriront pas», souligne-t-il sombrement.